vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, M. B, représenté par Me Béguin, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Morbihan du 10 mars 2023 portant refus d'admission au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 48 h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est présumée et satisfaite, dès lors que la décision en litige porte refus de renouvellement de son titre de séjour ; cette décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et professionnelle ; il ne peut plus travailler ni, par suite, contribuer à l'entretien et l'éducation de son fils, de nationalité française ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen complet et particulier de sa situation ;
* elle est entachée d'erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il est dispensé de solliciter l'autorisation spéciale délivrée par le préfet de Mayotte, dès lors qu'il est lié par un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est père d'un enfant de nationalité française, à l'entretien et l'éducation duquel il contribue depuis sa naissance ; il rend régulièrement visite à son fils, qui réside à Pau, il le récupère durant les vacances scolaires et s'acquitte de la contribution financière mise à sa charge par le juge aux affaires familiales, d'un montant de 100 euros mensuels, ayant au demeurant versé tous les mois une somme oscillant entre 50 et 100 euros, avant ce jugement ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dans la mesure où M. A se prévaut d'une atteinte à sa situation professionnelle, irrégulièrement constituée : l'intéressé ne disposait d'aucune autorisation de travail sur le territoire métropolitain ;
- M. A ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* son auteur bénéficie d'une délégation de signature régulière et publiée ;
* elle est motivée et procède d'un examen complet de la situation de l'intéressé ;
* les conditions pour être admis au séjour en France métropolitaine ne sont pas remplies, faute pour l'intéressé de bénéficier de l'autorisation spéciale qui doit être délivrée par le préfet de Mayotte ; le refus ne méconnaît pas le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, pas davantage que l'intérêt supérieur de son enfant.
Vu :
- la requête au fond n° 2302515, enregistrée le 9 mai 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2023 :
- le rapport de Mme Thielen,
- les observations de Me Béguin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'elle développe.
Le préfet du Morbihan n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant comorien né le 2 avril 1979, s'est vu délivrer par le préfet de Mayotte, le 15 décembre 2020, un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable jusqu'au 14 décembre 2021. Il est entré sur le territoire métropolitain le 11 août 2021 et a sollicité son admission au séjour auprès du préfet de Gironde. Il s'est vu délivrer, le temps de l'instruction de sa demande, un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, régulièrement renouvelé jusqu'au 16 février 2023. Ayant déménagé à Pontivy, il a sollicité son admission au séjour auprès du préfet du Morbihan, le 18 janvier 2023, rejetée par décision du 10 mars 2023. M. A a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et demande au juge des référés, dans l'attente du jugement au fond, d'en suspendre l'exécution.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. Il résulte à cet égard de l'instruction que M. A, qui a été autorisé à travailler aux termes du récépissé qui lui a été délivré par le préfet de Gironde, régulièrement renouvelé jusqu'au 16 février 2023, a effectué, à compter du mois de février 2022, une mission d'intérim stable chez un client de la société ADECCO, cette société ayant pour projet de lui proposer un contrat à durée indéterminée à temps complet et que la décision en litige fait obstacle à ce qu'il poursuive cette relation de travail et puisse exercer une quelconque activité professionnelle et contribuer à l'entretien de son enfant. Cette décision préjudicie ainsi de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle, professionnelle et familiale pour que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité puisse être regardée comme remplie, sans que le préfet du Morbihan puisse utilement faire valoir que le titre de séjour délivré par le préfet de Mayotte ne l'autorisait pas à régulièrement travailler hors de ce département, la relation de travail de M. A ayant été nouée, ainsi qu'il a été dit, sous couvert de l'autorisation de travailler délivrée par le préfet de Gironde, assortissant le récépissé de demande de titre de séjour.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A, le préfet du Morbihan a opposé comme unique motif la circonstance qu'il serait entré sur le territoire métropolitain sans l'autorisation spéciale devant être délivrée par le préfet de Mayotte, en application des dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Aux termes de ces dispositions : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département () doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte après avis du représentant de l'État du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / () / Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article ".
8. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant comorien, était titulaire à Mayotte d'un titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de père d'un enfant français, et qu'il s'est pacsé, le 28 juillet 2021, soit trois semaines avant son départ vers la métropole, avec une ressortissante française. Il est ainsi fondé à soutenir qu'il était dispensé de l'obligation de solliciter une autorisation spéciale en vue d'entrer en France métropolitaine.
9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander que l'exécution de la décision du préfet du Morbihan du 10 mars 2023 portant refus d'admission au séjour soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
11. La suspension de l'exécution de la décision du 10 mars 2023 du préfet du Morbihan portant refus d'admission au séjour de M. A implique seulement mais nécessairement que, dans l'attente d'un jugement par une formation collégiale du tribunal sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision, le préfet du Morbihan réexamine sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de ce réexamen, lui délivre, dans un délai de cinq jours, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros, à verser à Me Béguin, avocate de M. A, au titre des frais exposés à raison de la présente instance et non compris dans les dépens, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
14. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de cette même notification.
Article 4 : L'État versera à Me Béguin la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Béguin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Morbihan.
Fait à Rennes, le 26 mai 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026