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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302591

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302591

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, M. D B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 11 mai 2023 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé la Guinée comme pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il est illégal à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- il méconnaît les article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. B, qui a développé les moyens exposés dans la requête

- les explications de M. B,

- et les explications de M. A, responsable de la communauté Emmaüs

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. B justifiant avoir formé une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne les considérations de droit sur lesquelles est fondée l'obligation de quitter le territoire français, que le préfet rappelle en détail le parcours de M. B, de nationalité guinéenne, en précisant qu'il est entré en France au mois de septembre 2006, qu'il a obtenu des titres de séjour étudiant entre 2007 et 2009, puis pour motif médical jusqu'au 5 juin 2015 et que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour le 31 décembre 2021. L'arrêté précise en outre que M. B est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. L'obligation de quitter le territoire français est ainsi suffisamment motivée et le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par conséquent, être écarté.

3. Il ressort de cette motivation que le préfet a apprécié la situation de M. B tant au regard de sa durée de présence en France que de la situation familiale de ce dernier. Le préfet a en outre apprécié l'état de santé de M. B en indiquant les pathologies dont il souffre, en constatant que celui-ci n'a pas déposé de demande de titre de séjour à ce titre et en précisant que la seule mention de pathologies, sans élément démontrant qu'un défaut de soins serait susceptible d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité ne permet pas de justifier une protection au sens du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle doit, dès lors, être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". L'article R. 611-1 du même code dispose que : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français (), l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ". Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire, recueillir préalablement l'avis prévu à l'article R. 611-1 de ce code.

5. La seule circonstance invoquée par M. B tenant à une opération au visage au niveau de l'œil droit au mois d'octobre 2022 ne suffit pas à établir qu'il serait susceptible de bénéficier des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

6. M. B, célibataire et sans enfant réside en France depuis le mois de septembre 2006 et a bénéficié de titres de séjour étudiant et pour motifs médicaux - qui ne lui donnent pas vocation à demeurer en France - jusqu'au 5 juin 2015, date à partir de laquelle il s'est maintenu en situation irrégulière et au cours de laquelle il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 décembre 2021. S'il est investi au sein de la communauté Emmaüs, cette seule circonstance ne démontre pas une insertion particulière en France. S'il fait valoir qu'une de ses demi-sœurs réside régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside notamment son fils. Il s'ensuit qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

7. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision sur la situation personnelle ou familiale de M. B doit également être écarté.

Sur le refus d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

9. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B s'est précédemment soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement et a clairement déclaré son refus de retourner en Guinée lors de son audition par les services de police le 11 mai 2023. Quelle que soit l'appréciation portée sur les garanties de représentation de M. B compte tenu de ses conditions actuelles d'hébergement, ces éléments suffisent à justifier que le préfet d'Ille-et-Vilaine puisse, sans commettre aucune erreur manifeste d'appréciation, n'assortir la mesure d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'aucun délai de départ volontaire.

Sur l'interdiction de retour :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, invoqué par voie d'exception, doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

12. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B s'est déjà soustrait à une mesure d'éloignement et ne justifie pas de liens personnels suffisants sur le territoire français. Il s'ensuit que la décision faisant interdiction à M. B de revenir en France pendant un an n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée.

Sur l'arrêté d'assignation à résidence :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, invoqué par voie d'exception, doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : () / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Il appartient toutefois au préfet d'apprécier, eu égard notamment aux antécédents de la personne assignée, l'intensité du contrôle qu'il entend mettre en place.

15. Il ressort des pièces du dossier que M. B se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que, justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustrait à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative. M. B soutient que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font en particulier obligation de remise de son passeport, de se présenter à la gendarmerie de Hédé-Bazouges les mardi et jeudi hors jours fériés et de demeurer à son domicile tous les jours entre 18 heures et 21 heures, sont entachées d'une erreur d'appréciation en raison de sa situation personnelle et de son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B est célibataire et sans enfant. En outre, aucune des pièces médicales produites à l'instance démontre une quelconque incompatibilité entre les mesures de surveillance dont fait l'objet M. B et son état de santé. Le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

N. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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