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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302605

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302605

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

(I.) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 23 mai 2023 sous le n° 2302605, Mme A B, représentée par Me Le Verger, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 14 octobre 2022 portant refus de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer, sans délai, un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et immédiate à sa situation administrative et personnelle ; cette décision la maintient en situation de précarité administrative et fait obstacle à ce qu'elle puisse travailler et subvenir aux besoins de sa famille, alors qu'elle a quatre enfants, dont deux mineurs ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a déposé un dossier de demande de titre de séjour le 24 mai 2022, a obtenu une attestation de dépôt le 14 octobre suivant et a de nouveau sollicité la délivrance d'un récépissé, par courrier du 17 mars 2023, reçu le 22 courant ; son dossier de demande de titre de séjour est complet, et il est encore en cours d'instruction ;

- elle n'a jamais été informée de la convocation au rendez-vous en préfecture, auquel elle se serait bien évidemment rendue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a convoqué Mme B à un rendez-vous en préfecture le 20 avril 2023, auquel elle ne s'est pas rendue.

(II.) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 23 mai 2023 sous le n° 2302607, M. E, représenté par Me Le Verger, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 24 novembre 2022 portant refus de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer, sans délai, un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et immédiate à sa situation administrative et personnelle ; cette décision le maintient en situation de précarité administrative et fait obstacle à ce qu'il puisse travailler et donner suite à une promesse d'embauche, en contrat à durée indéterminée, pour un emploi d'opérateur polyvalent - monteur électricien au sein de l'entreprise Dalkia Electrotechnics ; il a quatre enfants, dont deux mineurs à charge ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a déposé un dossier de demande de titre de séjour le 21 avril 2022, a obtenu une attestation de dépôt le 24 novembre suivant et a de nouveau sollicité la délivrance d'un récépissé, par courrier du 17 mars 2023, reçu le 22 courant ; son dossier de demande de titre de séjour est complet, et il est encore en cours d'instruction ;

- il n'a jamais été informé de la convocation au rendez-vous en préfecture, auquel il se serait bien évidemment rendu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a convoqué M. D à un rendez-vous en préfecture le 20 avril 2023, auquel il ne s'est pas rendu.

Vu :

- les requêtes au fond n° 2302604 et n° 2302606, enregistrées le 15 mai 2023 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2023 :

- le rapport de Mme Thielen,

- les observations de Me Zaegel, substituant Me Le verger, représentant Mme B et M. D, qui conclut aux mêmes fins que les écritures, par les mêmes moyens, et précise notamment que Mme B et M. D ont contrôlé leur boîte mail et n'ont pas trouvé trace d'un courriel de convocation à un rendez-vous, y compris dans les courriels indésirables ;

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir qu'un nouveau rendez-vous devrait être fixé prochainement, pour remettre un récépissé aux requérants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. D, ressortissants arméniens de nationalité ukrainienne, respectivement nés le 5 août 1980 et le 1er décembre 1972, sont entrés en France en novembre 2015, accompagnés de leurs trois enfants, nés le 9 avril 2002, le 29 octobre 2003 et le 8 septembre 2006. Un quatrième enfant est né de leur union, à Brest, le 3 février 2017. Ils ont sollicité leur admission au séjour, par dossiers déposés en préfecture d'Ille-et-Vilaine respectivement les 24 mai et 21 avril 2022 et leur a été délivrée, le 14 octobre et le 24 novembre suivant, une attestation de dépôt ne valant pas droit au séjour. Ils ont sollicité, par courrier de leur avocat du 14 mars 2023, reçu le 22 courant, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. Mme B et M. D ont saisi le tribunal de deux recours en annulation contre les décisions de refus qu'ils estiment opposées par le préfet d'Ille-et-Vilaine et, dans l'attente du jugement au fond, demandent au juge des référés d'en suspendre l'exécution. Les deux requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions de droit et de fait et il y a par suite lieu d'y statuer par une seule ordonnance.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Mme B et M. D justifient avoir déposé, le 12 mai 2023, une demande d'aide juridictionnelle chacun. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour qu'ils estiment opposées par le préfet d'Ille-et-Vilaine, Mme B et M. D exposent qu'elles portent une atteinte grave et immédiate à leur situation administrative et personnelle, les maintenant en situation de précarité administrative et faisant obstacle à ce qu'ils puissent travailler, notamment, s'agissant de M. D, à ce qu'il puisse donner suite à une promesse d'embauche, en contrat à durée indéterminée, pour un emploi d'opérateur polyvalent - monteur électricien au sein de l'entreprise Dalkia Electrotechnics, alors même qu'ils ont quatre enfants, dont deux mineurs à charge.

7. Si l'absence de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour à un ressortissant étranger dont le dossier de demande a été enregistré et mis à l'instruction doit, en principe, être regardé comme affectant significativement, de manière suffisamment grave et immédiate, la situation administrative et personnelle de l'intéressé, il résulte en l'espèce de l'instruction que suite à la réception du courrier de leur avocat, le 22 mars 2023, le service instructeur de la préfecture d'Ille-et-Vilaine a convoqué, le 4 avril 2023, Mme B et M. D a un rendez-vous fixé au 20 courant, qu'ils n'ont pas honoré. Si les intéressés exposent à cet égard qu'ils n'ont jamais reçu les convocations en cause, il résulte toutefois de l'instruction que celles-ci leur ont été transmises par l'application dédiée du service instructeur, à l'adresse courriel qu'ils ont indiquée. Ils ne peuvent donc être regardés comme justifiant d'un motif légitime à ne pas s'être rendus à ce rendez-vous.

8. Dans les circonstances de l'espèce, les intéressés doivent être regardés comme étant à l'origine, par leur comportement, de la situation d'urgence actuelle dont ils se prévalent, le préfet d'Ille-et-Vilaine ayant entendu leur délivrer les récépissés sollicités. En tout état de cause, il ressort des échanges lors de l'audience publique, notamment des informations transmises par le représentant du préfet d'Ille-et-Vilaine, qu'ils doivent être prochainement convoqués à un nouveau rendez-vous. La condition tenant à l'urgence ne peut, par suite, être regardée comme satisfaite.

9. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme B et M. D tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant non délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail doivent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B et M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B et M. D demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B et M. D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à M. E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 26 mai 2023.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

Nos 2302605, 2302607

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