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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302624

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302624

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantSEMLALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2023, M. A B alors retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande demande au tribunal d'annuler dans toutes ses dispositions l'arrêté du 14 mai 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire et fixé notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, assorti d'une interdiction de retour de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté du 14 mai 2023 est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisante motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mai 2023, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- les observations de Me Semlali, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, se désiste du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué et soutient, en outre, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont illégales en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né en 1991, a déclaré être entré irrégulièrement en France en mars 2022. Il a fait l'objet le 13 mai 2023 d'une interpellation après avoir eu un accident de trottinette en état d'ébriété. Le préfet du Morbihan a alors, par arrêté du 14 mai 2023, décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination où il pourra être reconduit d'office, et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire national de deux ans. C'est l'arrêté attaqué. Placé en rétention le même jour, il a été mis fin à cette mesure par ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 17 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation personnelle et familiale de M. B. Le préfet n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre l'arrêté du 14 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire. Cette motivation révèle en outre que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

3. M. B soutient que le préfet du Morbihan aurait méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes duquel : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être célibataire et sans charge de famille et ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national, dès lors que, d'une part, il déclare seulement avoir travaillé quelques fois sur des marchés sans autorisation de travail et d'autre part il n'a pu présenter aucun document d'identité et n'a pas voulu communiquer son adresse, se déclarant sans domicile fixe. Par ailleurs, M. B n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il déclare entretenir des contacts avec ses parents, son frère et ses cousins. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, dès lors que M. B ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, M. B fait valoir que les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, dès lors que M. B ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. L'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à deux ans la durée de cette interdiction. M. B n'établit aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction, et a déclaré lors de son audition par les services de police de Vannes le 14 mai 2023, ne pas avoir de passeport ou tout autre document d'identité, être sans domicile fixe et ne pas souhaiter retourner en Tunisie de sorte qu'il appartenait au préfet d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. DescombesLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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