mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | PAULET-PRIGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 16 mai 2023 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités croates et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert aux autorités croates est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les dispositions du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Me Paulet-Prigent, commise d'office, bénéficie de la rétribution mentionnée à l'article 19-1 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les observations de Me Paulet-Prigent, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle produit en outre des pièces complémentaires ;
- les explications de M. A, assisté d'un interprète ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant russe né le 19 octobre 2000, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 5 avril 2023. Il a sollicité l'asile le 17 avril 2023. À la suite du relevé de ses empreintes digitales, il a été constaté dans le fichier Eurodac que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. À la suite de leur saisine le 18 avril 2023, les autorités croates ont explicitement accepté le 2 mai 2023 de reprendre en charge M. A. Par deux arrêtés du 16 mai 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités croates et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités croates :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort notamment de cette motivation que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris en compte la circonstance que M. A avait déclaré que son frère résidait en France, le préfet ayant précisé que ce dernier ne relevait en tout état de cause pas de la qualification de membre de la famille au sens du g) de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen particulier et suffisant de sa situation en l'état des éléments d'information dont il est établi qu'il disposait, y compris au regard des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de M. A doivent, par suite, être écartés.
3. En second lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Éat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
4. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
6. D'une part, la Croatie, dont les autorités ont explicitement accepté de reprendre en charge M. A le 2 mai 2023, est un État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans ce pays est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si une telle présomption n'est pas irréfragable, M. A, en se bornant à mentionner " le rapport du comité contre la torture de 2021 et le rapport de la commissaire aux droits de l'homme du mois de mars 2022 " sans les produire ni même en reproduire des extraits, n'apporte aucun élément précis de nature à établir qu'il existerait en Croatie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraineraient un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. D'autre part, si un frère ne peut être considéré comme un " membre de la famille " au sens de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et ne peut permettre à l'intéressé de bénéficier des dispositions de l'article 9 du même règlement, des circonstances particulières peuvent cependant justifier la mise en œuvre de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du même règlement. Cependant, en l'espèce, les seules circonstances que le frère de M. A réside en France, y a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 mars 2019 et a établi une attestation datée du 18 mai 2023 selon laquelle il hébergerait le requérant durant la procédure de demande d'asile ne sauraient suffire à établir une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet d'Ille-et-Vilaine en ne faisant pas usage de cette clause discrétionnaire, alors que M. A, notamment, ne justifie pas de l'intensité et de la stabilité des relations qu'il entretiendrait avec son frère, ni n'établit que les risques pour sa vie ou sa liberté auxquels il serait exposé en cas de retour en Russie seraient liés à ceux justifiant la reconnaissance par la Cour nationale du droit d'asile de la qualité de réfugié à son frère. Enfin, si M. A a fait valoir lors de l'audience qu'en cas d'exécution de la décision de transfert en litige, il existerait un risque de renvoi, par ricochet, en Russie, l'arrêté contesté du préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressé vers son pays d'origine, où il ne démontre au demeurant pas que sa vie ou sa sécurité serait menacée, mais seulement de prononcer son transfert en Croatie.
8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les stipulations précitées des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qu'il aurait méconnu l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du même règlement.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités croates doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
10. Le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités croates. Il n'a par ailleurs soulevé aucun moyen dirigé contre l'arrêté du 16 mai 2023 l'assignant à résidence, y compris lors de l'audience. Il s'ensuit que les conclusions de la requête à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. RenéLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026