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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302708

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302708

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 19 mai, 2 et 6 juin 2023, M. C A, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreint à remettre l'original de son passeport et à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Vannes afin d'y indiquer les diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du même code ;

- le préfet porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Le Bourhis, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant afghan né en 1998. Entré en France le 25 mai 2021, il a sollicité son admission provisoire au titre de l'asile auprès de la préfecture de police le 3 juin 2021. Il est ressorti de la consultation du fichier EURODAC que Monsieur A avait été identifié auprès des autorités autrichiennes. Une demande de reprise en charge a été formulée auprès des autorités autrichiennes et un arrêté de transfert assorti d'un arrêté portant assignation à résidence ont été notifiés à Monsieur A. Le recours en annulation de M. A contre cet arrêté de transfert a été rejeté. Le 16 janvier 2023, M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 5 avril 2023, le préfet du Morbihan a rejeté cette demande, a refusé d'admettre l'intéressé exceptionnellement au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a astreint M. A à remettre l'original de son passeport et à se présenter régulièrement au commissariat de Vannes. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte, de manière exhaustive, l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Il indique, en particulier, que s'agissant de la vie commune du requérant avec Mme B, celui-ci a présenté des documents attestant seulement d'une vie commune d'un an et six mois. L'arrêté, en tant qu'il porte refus de séjour, satisfait dès lors aux exigences de motivation alors même que le préfet n'a pas visé la circulaire INTD0400134C du 30 octobre 2004, laquelle ne présente aucun caractère impératif. Il est, par ailleurs, également suffisamment motivé en tant qu'il fixe le pays de destination, le préfet ayant fait, à cet égard, de manière suffisante mention des éléments l'ayant conduit à estimer que l'intéressé ne justifiait pas de l'existence de craintes de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Afghanistan.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré très récemment en France. S'il invoque une relation sentimentale avec une ressortissante française, Mme B, avec laquelle il s'est ensuite pacsé le 5 juillet 2022, cette relation, qui a débuté en juin 2021, n'est cependant pas suffisamment ancienne pour la regarder comme stable. Si M. A invoque la circulaire INTD0400134C du 30 octobre 2004, il ne peut utilement s'en prévaloir dès lors que, comme indiqué précédemment, cette circulaire ne présente aucun caractère impératif. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer que le refus d'autoriser le séjour de M. A ne porterait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même qu'il poursuit un apprentissage de la langue française, qu'il fréquente régulièrement une salle de sport et que ses trois frères ont aussi quitté l'Afghanistan. M. A n'est pas fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que le préfet a pris son arrêté en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. A ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire et d'aucun motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A soutient qu'il est originaire de la province de Laghman qui se situe entre celles de Kapisa et Nangarhar où la situation sécuritaire s'est à nouveau dégradée, qu'il présente une situation de particulière vulnérabilité dès lors qu'il a travaillé dans une agence de télécommunications, que ses trois frères bénéficient d'une protection en Europe, qu'il a quitté l'Afghanistan pendant plusieurs années et est pacsé avec une ressortissante française. Il se prévaut enfin de ce que, par son idéologie et son mode de vie actuel, il présente une forme d'occidentalisation sévèrement réprimée par les talibans.

10. Au vu des différents éléments versés au dossier, M. A justifie qu'il serait personnellement et particulièrement exposé à des risques de persécutions de la part des talibans en raison, plus précisément de son mode de vie occidental et de sa vie commune avec une ressortissante française. Il s'ensuit que la décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'annulation de la décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et de délivrer, dans l'attente, à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de réexaminer la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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