lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, M. D B, alors retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler dans toutes ses dispositions l'arrêté du 18 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire et fixé notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, assorti d'une interdiction de retour d'un an.
Il soutient que :
- l'arrêté du 18 mai 2023 est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une insuffisante motivation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 20 mai 2023, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- les observations de Me Semlali, avocate commise d'office, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins, et soutient, en outre que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont illégales en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et que, du fait de son état de santé, il aurait dû bénéficier d'un délai pour préparer son départ.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, né en juillet 1978, a fait l'objet le 17 mai 2023 d'un contrôle d'identité suite à une tentative de vol dans un magasin. La consultation des fichiers a révélé qu'il était déjà connu des services de police pour des faits de vol en réunion, vol à l'étalage à de nombreuses reprises, vol par ruse, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, détention de stupéfiant et ce dans différents départements de France. Il a également déclaré avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2021. Le préfet de la Seine-Maritime a alors, par arrêté du 18 mai 2023, décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination où il pourra être reconduit d'office, et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire national d'un an. C'est l'arrêté attaqué. Placé en rétention le même jour, il a été mis fin à cette mesure par ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 20 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, le signataire de l'acte attaqué, M. A C, sous-préfet du Havre, dispose d'une délégation à l'effet de signer les décisions attaquées, par arrêté préfectoral du 3 octobre 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation personnelle et familiale de M. B. Le préfet n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre l'arrêté du 18 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire. Cette motivation révèle en outre que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent être écartés.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
5. M. B produit des documents médicaux d'où il ressort notamment qu'il est connu pour une polytaxicodépendance sévère intra-veineuse de longue date (héroïne- cocaïne) qui a engendré une contamination par hépatite C, associée à une comorbidité somatique multiple. S'il fait état de document établi à Genève en 2017, selon lequel l'accès aux médicaments serait certainement très limité dans son pays d'origine pour un patient ayant, comme lui, une comorbidité multiple et sévère et présentant des troubles psychiatriques et addictologiques, il ressort toutefois des pièces du dossier que, ultérieurement, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), saisi de sa situation, a estimé dans un avis du 12 février 2021 que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier pouvait effectivement bénéficier d'un traitement et d'un suivi appropriés dans son pays d'origine et qu'il pouvait voyager vers ce pays sans danger. Ainsi, et alors qu'à eux seuls, les documents médicaux versés ne sont pas susceptibles de remettre en cause cet avis du collège des médecins de l'OFII, M. B n'établit pas que le préfet aurait méconnu les dispositions citées ci-dessus.
6. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes duquel : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Si M. B déclare être marié et père d'une fille, il n'établit ni que la communauté de vie avec son épouse serait encore effective, alors qu'un des documents médicaux produit fait état d'une séparation du couple, ni qu'il participerait à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national et, comme exposé au point 1, présente une menace à l'ordre public. Enfin, M. B n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
9. Aucune pièce du dossier permet d'établir que M. B contribuait effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, dès lors que M. B ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 à 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être rejetés.
En ce qui concerne les moyens propres aux décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, dès lors que M. B ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, M. B fait valoir que les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G. DescombesLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026