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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302940

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302940

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2023 à 10h30, M. B A, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination porte également atteinte à ce droit ;

- il dispose de garanties de représentation et ne présente aucun risque de fuite ;

- l'interdiction de retour porte aussi une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet n'a pas tenu compte de tous les critères pour édicter cette interdiction.

Des pièces complémentaires ont été présentées le 5 juin 2023 pour M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 2 juin 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. A pour une durée maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- les observations de Me Berthet-Le Floch, avocate commise d'office, représentant M. A qui fait valoir, en outre, que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et de réexaminer sa situation,

- les explications de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a décidé d'éloigner M. A, ressortissant guinéen né en 1994, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été titulaire d'un document de circulation pour étrangers mineurs valable du 19 décembre 2009 au 2 février 2013 et que celui-ci a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 18 décembre 2018 au 18 décembre 2019. Le préfet de Maine-et-Loire admet, en outre, dans son mémoire en défense, qu'il est constant que " M. A est entré sur le territoire français en 2000 alors qu'il était âgé de six ans et a suivi une scolarité en France entre 2000 et 2011 ". M. A justifie par ailleurs que sa mère réside régulièrement en France et que ses huit frères et sœurs sont de nationalité française. Enfin, la compagne de M. A présente une grossesse dont le terme est prévu le 13 août 2023. Dans ces conditions, M. A, qui a été incarcéré en France pendant une période de quatre années et neuf mois, est fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que les décisions du 31 mai 2023 du préfet de Maine-et-Loire faisant à M. A obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'interdisant de retour sur le territoire français doivent être annulées.

6. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 31 mai 2023 du préfet de Maine-et-Loire faisant à M. A obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'interdisant de retour sur le territoire français sont annulées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Maine-et-Loire.

Lu en audience publique le 6 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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