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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302969

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302969

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2023, M. E D, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans les systèmes d'information Schengen.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le principe du respect des droits de la défense a été méconnu ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- il porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- les observations de Me Thebault, avocate commise d'office représentant M. D, absent, qui n'a pas d'éléments à ajouter ;

- et les observations de M. B, représentant le préfet du Finistère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais né en 1998 et entré en France le 26 juin 2022, a fait l'objet, le 13 avril 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retourner sur le territoire pendant un an. À la suite de son placement en retenue administrative à l'issue d'un contrôle routier le 1er juin 2023, le préfet du Finistère a assigné M. D à résidence par un arrêté du 2 juin 2023. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ". Aux termes de l'article 39 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, modifié par l'article 3 du décret n°2021-810 du 24 juin 2021 : " () Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide ".

3. Dès lors que M. D bénéficie de l'assistance d'une avocate commise d'office, cette dernière est dispensée de déposer une demande d'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées. Les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi dépourvues d'objet et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, le préfet du Finistère a, par un arrêté du 27 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à Mme A C, en sa qualité de cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son service et notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique notamment que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai et que la mise à exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de la décision permettent de vérifier que le préfet du Finistère a procédé à un examen complet et approfondi de la situation de M. D. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doit donc être également écarté.

6. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision. Si M. D soutient, sans plus de précisions, que le préfet du Finistère a méconnu le principe du respect des droits de la défense, il a été entendu le 2 juin 2023 lors de son audition par la gendarmerie de Plourin-les-Morlaix et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait eu des éléments nouveaux à faire valoir qui auraient conduit le préfet à prendre une décision différente à son égard. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe des droits de la défense doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

8. M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. D soutient que son assignation à résidence porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, il ne fait pas état de conséquences qu'aurait cette obligation sur sa vie privée ou sa vie familiale et ne met pas, ainsi, le tribunal à même de porter une appréciation sur l'atteinte invoquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. Tourre La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous huissiers commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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