mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 et 20 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Blanchot, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans l'attente du jugement au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; en outre, du fait de la décision contestée, toutes les aides qu'elle percevait ont été interrompues de telle sorte qu'elle se trouve en situation de précarité ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de l'ensemble de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de fait sur les lieux de naissance de deux de ses enfants qui démontrent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et de la relation entre son enfant français et son père ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est, à tout le moins, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : le père de son enfant français participe financièrement à son entretien depuis leur séparation et respecte l'accord qu'ils ont conclu en 2015 prévoyant qu'il verse une contribution mensuelle de 50 euros , qu'il lui remettait en espèces ; cette contribution est effectuée désormais par virement mensuel de 100 euros depuis le mois d'août 2022 ; le père de nationalité française n'a pas à justifier de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance ou depuis deux ans ; l'enfant voit régulièrement son père qui réside en métropole ; la décision la prive de se maintenir légalement sur le territoire français alors qu'elle a à charge des enfants en bas âge dont deux ont leurs pères en métropole ; elle ne peut rejoindre ni la Réunion ni Mayotte, dès lors qu'elle est dépourvue de tout titre de séjour en cours de validité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision est motivée en fait et en droit : elle cite l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose la situation personnelle, familiale et économique de la requérante, qui a fait l'objet d'un examen particulier ;
- la décision ne méconnaît pas l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : Mme B n'apporte aucune preuve de vie commune avec le père de son enfant français et d'une contribution régulière du père de l'enfant à l'entretien et à l'éducation de cet enfant ni ne se prévaut d'une décision du juge aux affaires familiales ; elle ne justifie pas que des versements réguliers seraient intervenus avant 2022 depuis la naissance de l'enfant ou au moins depuis deux ans ; la requérante ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle ni qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine ; elle ne démontre pas l'intensité des liens entre son enfant français et son père et la décision n'a pas pour effet de la séparer de ses enfants.
Vu :
- la requête au fond n° 2303016 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Blanchot, représentant Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que le père de l'enfant français de la requérante participe à l'entretien et à l'éducation de cet enfant ;
- et les explications de Mme B.
Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, de nationalité comorienne née le 8 avril 1985, a rejoint en 2006 Mayotte, puis en 2010 l'île de la Réunion. Mère d'un enfant français né le 11 novembre 2009 à Mamoudzou, elle a bénéficié de titres de séjour temporaires en cette qualité, le dernier valable jusqu'au 7 novembre 2021. Ayant rejoint Brest avec ses cinq enfants au mois de décembre 2020 selon ses déclarations, elle a sollicité le 19 juillet 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 26 janvier 2023, le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour. Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Mme B justifiant avoir déposé, le 6 juin 2023, une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-8 du même code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le demandeur est le parent d'un enfant reconnu par un ressortissant français, il doit démontrer, conformément aux prescriptions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'auteur de cette reconnaissance de paternité contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à la date de la décision attaquée, sans que la condition de durée posée par l'article L. 423-7 du même code ne trouve à s'appliquer.
7. Mme B est la mère de six enfants, dont un né le 11 novembre 2009, reconnu par un ressortissant français, M. A, dont elle s'est séparée en 2015. Le préfet du Finistère a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfants français, au motif qu'elle ne justifiait pas d'une contribution effective du père de son enfant français à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, et que la mesure prise ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect de son droit à sa vie privée et familiale.
8. Mme B soutient que le père de son enfant contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de leur enfant. Si elle se prévaut d'un accord amiable conclu en décembre 2015 fixant la résidence de l'enfant chez elle et actant l'engagement du père de l'enfant à lui verser 50 euros par mois à compter du 5 décembre 2015, elle ne justifie d'aucun versement avant le mois de juillet 2022 et a indiqué aux services préfectoraux lors de son rendez-vous de dépôt de demande de titre de séjour, ce qu'elle ne conteste pas sérieusement, qu'elle n'avait plus de nouvelles de M. A. En outre, et alors que la légalité d'une décision administrative s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, Mme B ne produit comme documents antérieurs à la décision contestée la preuve que de quelques virements Moneygram de la part de M. A, à savoir 70 euros au mois de juillet 2022 ainsi que 100 euros mensuels entre août 2022 et janvier 2023. Enfin, Mme B ne produit aucune décision de justice relative à cette contribution. Eu égard au nombre limité de virements et en l'absence de toute pièce établissant l'existence de liens entre M. A et sa fille autre que des attestations rédigées par M. A de façon très générale postérieurement à la décision attaquée, le préfet du Finistère a pu considérer que les éléments produits étaient insuffisants pour justifier de la réalité de la participation effective de M. A à l'entretien et à l'éducation de sa fille.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante ne justifie pas, par les éléments qu'elle produit, entretenir des liens intenses, stables et anciens sur le territoire français. Elle n'allègue pas davantage être intégrée professionnellement. Enfin, la décision attaquée, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, n'a pas pour objet ni pour effet de la séparer de ses enfants ni de porter une atteinte à leur intérêt supérieur.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
11. En second lieu, aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est davantage propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
12. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme B.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026