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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303072

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303072

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 10 juin 2023, M. A se disant Abderezaq B, initialement placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), a demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023, par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de sa reconduite d'office et lui fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que sa notification, opérée par voie postale, méconnaît les dispositions applicables ;

- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français ne mentionne pas l'état de santé du requérant ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du même code en ce que le requérant présente des garanties de représentation ;

- l'interdiction de retour prononcée à son encontre méconnaît les dispositions des articles L. 612-9 et L. 612-10 du même code en ce que le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement.

Par ordonnance du 9 juin 2023, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. B.

Par un arrêté du même jour, le préfet du Finistère a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a soumis à diverses mesures de contrôle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Kolbert, président,

- les observations de Me Thébault, avocate commise d'office, représentant M. B, absent.

Le préfet du Finistère n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Abderezaq B, et connu également sous l'alias Nasreddine Jabri, déclare, en dernier lieu, être né à Oran le 25 mai 1994 et de nationalité algérienne et il serait entré en France à une date récente de manière irrégulière. Interpellé en marge d'une enquête de police diligentée dans le cadre d'un trafic de stupéfiants, il a été entendu par les services du commissariat de police de Brest et, l'irrégularité de sa situation au regard de l'entrée et du séjour ayant été constatée, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Finistère du 7 juin 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination de tout pays dans lequel il sera déclaré légalement admissible, et lui interdisant tout retour pendant un délai de deux ans. C'est l'arrêté attaqué.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué, pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 27 janvier 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer les décisions relatives à l'éloignement des étrangers, dont celles qui concernent la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support alors en particulier qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait fait valoir des éléments relatifs à son état de santé ou aurait sollicité un titre de séjour lié à cet état de santé. Cette motivation révèle en outre que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre sa décision, en l'état des informations dont il est établi qu'il disposait à la date de cette dernière.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans influence sur la légalité de cette dernière. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L.512-1 et L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont d'ailleurs plus en application, et de celle des dispositions du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative relatives à la notification par voie administrative de certaines décisions d'éloignement, présentent un caractère inopérant.

5. En dernier lieu, enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. Il est constant que l'obligation de quitter le territoire français décidée à l'encontre du requérant est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de l'irrégularité de son entrée et de son séjour sur le territoire français et non sur le 5° du même article, les considérations d'ordre public avancées par le préfet dans l'arrêté attaqué n'ayant servi qu'à apprécier la durée de la mesure d'interdiction de retour également décidée contre lui. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

8. Si le requérant fournit une attestation d'hébergement, cette seule circonstance ne suffit pas à estimer que le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 n'est pas établi alors que le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France, n'a fait aucune démarche visant à régulariser sa situation et est connu sous plusieurs alias, ayant déclaré en outre explicitement son intention de ne pas vouloir se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Le préfet du Finistère pouvait donc légalement en application des dispositions combinées des 1° et 4° de l'article L. 612-3 et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile, priver le requérant du bénéfice d'un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ", l'article L. 612-9 du même code soulevé par le requérant n'étant pas applicable à son cas d'espèce.

10. D'une part, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision le privant de délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, une telle illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour.

11. D'autre part, nonobstant l'absence de précédente mesure d'éloignement, eu égard aux conditions irrégulières du séjour en France de l'intéressé, de la faible durée de sa résidence en France et de ses faibles liens avec la France, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Finistère a décidé d'édicter à son encontre la mesure d'interdiction de territoire et en a fixé la durée à deux ans.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A se disant M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Abderezaq B et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 13 juillet 2023.

Le président,

signé

E. Kolbert La greffière,

signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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