jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | LE BOURDAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, Mme D A Aba'a, représentée par Me Le Bourdais, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui a fait obligation de quitter le territoire français dans les trente jours à destination du Gabon ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation dans les trois jours de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation familiale et l'état de santé de l'un de ses enfants ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'un de ses fils ayant le statut de réfugié, cette décision méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme A Aba'a ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kolbert, président,
- les observations de Me Le Bourdais, représentant Mme A Aba'a, absente, et qui soulève également le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Mme A Aba'a justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Mme A Aba'a, ressortissante du Gabon née en 1992, est entrée en France le 18 juin 1999 sous couvert d'un visa valable jusqu'au 12 juillet suivant et s'y est maintenue après cette date. Elle a alors sollicité, le 28 août 2019 le bénéfice du statut de réfugié. Par décisions des 14 décembre 2021 et 6 mars 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté cette demande. Par arrêté du 10 mai 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Morbihan a alors décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le Gabon comme pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.
3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée () ".
4. D'une part, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
5. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 242-1 et L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration qui organisent les conditions dans lesquelles peuvent être abrogées ou retirées des décisions individuelles créatrices de droits, que c'est dès la prise ou l'édiction de telles décisions qu'elles doivent être regardées comme présentant ce caractère, nonobstant les conditions de leur notification laquelle, en vertu des dispositions de l'article L. 221-8 du même code, n'a pour effet, au regard des obligations qu'elles pourraient comporter à leur égard, que de les rendre opposables aux personnes qui en font l'objet.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'OFPRA avait déjà reconnu au fils aîné de la requérante, M. C B, né le 22 novembre 2019 à Lannion, la qualité de réfugié statutaire, par une décision du 4 mai 2023. La circonstance que cette décision ne lui ait été notifiée que le 25 mai 2023, est sans incidence sur le droit acquis de cet enfant à se prévaloir de la qualité de réfugié dès la date de son édiction, et par suite, sur le droit de sa mère à se prévaloir de la protection contre une mesure d'éloignement dont, eu égard à sa situation de se voir attribuer de plein droit une carte de résident en cette qualité, elle doit bénéficier conformément à ce qui a été dit aux points 3 et 4 ci-dessus.
7. Il résulte de ce qui précède, et alors que, dans cette configuration et contre toute attente, le préfet du Morbihan n'a pas cru devoir retirer son arrêté du 10 mai 2023 obligeant Mme A Aba'a à quitter le territoire français, cette dernière est fondée à demander l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique seulement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de justice administrative, le réexamen, par le préfet du Morbihan de la situation de Mme A Aba'a. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
9. L'État étant partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge le versement à Me Le Bourdais d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous la double réserve que soit accordée, à titre définitif, l'aide juridictionnelle à la requérante et que son avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A Aba'a est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Morbihan du 10 mai 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de réexaminer la situation de Mme A Aba'a dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'État versera à Me Le Bourdais une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous la double réserve que soit accordé à Mme A Aba'a le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et que son avocat renonce à la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A Aba'a, à Me Le Bourdais et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
Le président,
signé
E. KolbertLa greffière,
signé
Le Boëdec
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026