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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303140

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303140

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, M. A C, représenté par

Me Rochard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Rochard, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisamment sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

17 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Le Bourdais, substituant Me Rochard, représentant

M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 4 mai 1995, est entré en France le 4 août 2022 avec ses parents et ses deux sœurs. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 23 décembre 2022, notifiée le 7 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 23 mai 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pendant un an.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les conditions d'entrée de

M. C en France. II rappelle que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA.

Il fait état de la présence en France de ses parents et de ses deux sœurs et explicite les motifs pour lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui est dit au point précédent et des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation de M. C.

6. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le

4 août 2022, moins d'un an avant la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, avec ses parents et ses deux sœurs, dont l'une est majeure. Il ressort également des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de sa mère a été rejetée et qu'elle fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français examinée au cours de la même audience du tribunal. Une décision portant obligation de quitter le territoire français a également été édictée à l'encontre de son père, également examinée au cours de la même audience du tribunal. Par ailleurs, les demandes d'asile des sœurs de M. C ont été rejetées. Sa sœur Lika, majeure, a demandé à bénéficier de l'aide au retour et est retournée en Géorgie le

19 juillet 2023. En outre, M. C ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que M. C, qui n'a, au demeurant, pas vocation à résider nécessairement auprès de ses parents, puisse retourner en Géorgie. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de

M. C, garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si M. C fait valoir qu'il sera exposé à un risque pour sa vie en cas de retour en Géorgie en raison des dettes qu'il a contractées pour financer les soins dont sa mère a besoin et qu'il n'a pas été en mesure de rembourser, ce qui le soumet au harcèlement du groupe auquel son prêteur appartient, et ce alors qu'il ne sera pas protégé par les forces de police qui sont corrompues, ses allégations sont insuffisantes pour établir la réalité des risques dont il ferait personnellement l'objet. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par une ordonnance du 16 juin 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles

L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. En application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut, dans le respect des principes constitutionnels et conventionnels et des principes généraux du droit, assortir une obligation de quitter le territoire français pour l'exécution de laquelle l'intéressé dispose d'un délai de départ volontaire, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans, en se fondant pour en justifier tant le principe que la durée, sur la durée de sa présence en France, sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, sur la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et sur la menace à l'ordre public que représenterait sa présence en France.

14. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée précise que M. C est arrivé récemment en France, qu'il n'y a pas de liens privés ou familiaux, hormis la présence de sa famille et que malgré l'absence de menace pour l'ordre public et de précédente mesure d'éloignement, il y a lieu de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, mesure qui ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Il suit de là que la décision attaquée, qui met M. C à même d'en comprendre les motifs, est suffisamment motivée tant dans son principe que sa durée.

15. En second lieu, M. C, qui résidait en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, n'y justifie d'aucune insertion privée ou familiale. Il n'a de liens qu'avec les membres de sa famille qui font également l'objet de mesures d'éloignement du territoire. La CNDA a rejeté, par une décision du 16 juin 2023, sa demande tendant à l'annulation de la décision de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile. Par suite, en dépit de l'absence de menace à l'ordre public et de précédente mesure d'éloignement, l'interdiction de retour d'une durée d'un an édictée à l'encontre de M. C ne présente pas un caractère disproportionné.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023 du préfet du Finistère.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser () le renouvellement du titre de séjour () qui lui avait été délivré. / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (). ".

18. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

19. Il ressort des pièces du dossier que, par une ordonnance du 16 juin 2023, la CNDA a rejeté pour défaut d'éléments sérieux le recours de M. C tendant à l'annulation de la décision de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile. Alors même que cette décision n'a pas encore été notifiée à M. C, il n'apparaît donc pas nécessaire de lui permettre de se maintenir sur le territoire jusqu'à sa notification. Par suite, il n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement édictée à son encontre.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience publique du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Marie Thalabard, première conseillère,

Mme Caroline Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Grenier

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. B

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 1901371 7

N° 2303139

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