vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Transfert 15j |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, M. A E, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert aux autorités lituaniennes et l'arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative moyennant la renonciation de l'avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert est entaché d'incompétence ;
- méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 7 du même règlement et l'article 2 du règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;
- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vergne,
- les observations de Me Le Bihan, qui reprend et développe les moyens de la requête et qui fait valoir que : il a été victime en Lituanie de mauvais traitements constitutifs d'atteintes caractérisées aux droits fondamentaux des demandeurs d'asile ; il a été placé en détention - et non en rétention - dans deux camps successifs où il a été privé de soins, de nourritures suffisantes, d'accès au droit, et privé de la liberté d'aller et venir tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de ces camps ; ces conditions d'existence systématiquement imposées aux demandeurs d'asile sont dénoncées dans de multiples rapports comme celui d'Amnesty International communiqué dans le cadre de la procédure, et, surtout, elles ont donné lieu à une condamnation par la Cour de justice de l'Union européenne de la Lituanie en raison de la non-conformité de la loi de cet État au droit de l'Union ;
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui conclut aux mêmes fins que les écritures et qui fait valoir que : l'article produit dénonçant la situation en Lituanie dénonce une situation qui date de plus d'un an, dans un contexte ponctuellement très particulier correspondant à l'arrivée de réfugiés en provenance de Biélorussie ; le requérant n'apporte pas la preuve de mauvais traitements dont il aurait été personnellement victime en tant que demandeur d'asile ; il n'y a pas actuellement de suspension des procédures de transfert vers la Lituanie comme cela a pu être le cas pour la Grèce ; si le requérant est transféré en Lituanie, il le sera en tant que demandeur d'asile repris en charge et ne court pas le risque d'être incarcéré ; les problèmes de santé allégués ne sont corroborés par aucun document médical ;
- et les déclarations de M. E, qui expose que : à son arrivée en juillet 2021, il a été enfermé pendant trois mois dans un camp, mal logé et privé de nourritures suffisantes ; il a été transféré ensuite dans une " brousse ", où, avec d'autres, il a été gardé par des militaires, torturé, obligé de dormir dans des camions malgré le froid ; il a été par la suite envoyé dans une autre ville où il a été enfermé, soumis à des actes violents, contraint par la force de déposer une demande d'asile sous la menace, s'il ne le faisait pas, d'être directement expulsé vers son pays d'origine ; Amnesty International, présente sur place a fait des rapports sur ces situations ; il souffre du dos et de problèmes respiratoires nécessitant de faire des analyses et des radios, ces problèmes de santé qui n'ont aucunement été pris en charge en Lituanie, ce qui explique qu'il ne puisse pas produire de documents médicaux ; libéré après quatorze mois en prison sans possibilité de téléphoner et sous la surveillance permanente de caméras, il ne pouvait rester davantage en Lituanie compte tenu de la manière dont il avait été traité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né en 1997 à Kinshasa ressortissant de la République démocratique du Congo, pays dont il a la nationalité, est entré en France irrégulièrement le 24 janvier 2023. Il a sollicité son admission au séjour, au titre de l'asile, le 28 février 2023, auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. La consultation du fichier Eurodac a toutefois révélé qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités lituaniennes antérieurement à sa demande en France. Le 28 mars 2023, les autorités françaises ont adressé aux autorités lituaniennes une requête aux fins de prise en charge de la demande d'asile de M. E sur le fondement de l'article 18.1 b) du règlement UE n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013. Le 29 mars, les autorités lituaniennes ont explicitement donné leur accord sur le même fondement. Par l'arrêté attaqué, du 31 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. E à destination de la Lituanie.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. E ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.
Sur le moyen commun :
4. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 23 mars 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à M. B D, en sa qualité de chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, pour signer notamment les arrêtés de transfert et d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
Sur l'arrêté de transfert :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de l'instruction de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a attesté par sa signature, le 28 février 2023, d'une part, avoir validé les termes du compte-rendu d'entretien individuel en préfecture, réalisé en langue lingala, langue qu'il a déclaré comprendre, d'autre part, avoir reçu communication, en langue lingala, de l'information sur les règlements communautaires constitués de la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et de la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". En outre, il ressort du formulaire du résumé de son entretien individuel réalisé le 28 février 2023 que M. E s'est vu communiquer l'information sur les règlements européens et qu'il a compris les éléments de la procédure d'asile qu'il a engagée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile garanti par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des mentions figurant sur le formulaire signé par M. E qu'il a bénéficié le 28 février 2023, soit avant l'intervention de la décision contestée, d'un entretien individuel tel que prévu par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé en lingala, langue qu'il a déclaré comprendre. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées et de faire valoir toutes observations utiles au cours de l'entretien. En outre, alors que le compte-rendu d'entretien mentionne qu'il a été conduit par un agent de préfecture, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que ce même entretien individuel n'aurait pas été mené dans le respect du principe de confidentialité ou par une personne " qualifiée en vertu du droit national " au sens et pour l'application de l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. () ". L'article 2 du règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 précise qu'" une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs des requêtes et les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquelles elle se fonde ".
10. M. E fait valoir qu'il est impossible de savoir si la requête aux fins de prise en charge adressée aux autorités lituaniennes répondait aux exigences des dispositions citées au point précédent et si notamment elle exposait la nature et les motifs de la requête ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 sur lesquelles elle se fondait. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a toutefois produit à l'instance le formulaire de requête qu'il a adressé aux autorités lituaniennes ainsi que son accusé de réception du 28 mars 2023. Cette requête expose le fondement textuel de la demande de prise en charge de M. E, à savoir l'article 18 paragraphe 1, point b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et apporte des précisions sur la situation personnelle de l'intéressé. La demande de prise en charge comporte ainsi les motifs et la nature de cette demande. Les autorités lituaniennes ont d'ailleurs, le 29 mars 2023, donné leur accord à la prise en charge de M. E sur le même fondement juridique. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision de transfert attaquée méconnaît les dispositions des articles 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 2 du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014.
11. En quatrième lieu, aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".
12. M. E fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Lituanie et dont lui-même aurait été victime. Cependant, la Lituanie, État membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces trois conventions internationales, cette présomption pouvant toutefois être renversée s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain et dégradant. Sur ce point, le requérant se borne à produire un article publié le 10 juillet 2022 par l'association Amnesty International, relatif à la situation des demandeurs d'asile en Lituanie, et faisant référence à l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-72/22 du 30 juin 2022 concluant à la contrariété avec le droit de l'Union de la loi lituanienne permettant de refuser l'asile à une personne demandant une protection internationale et de la placer en détention automatique au seul motif qu'elle a franchi illégalement à la frontière. D'une part, il n'est ni établi par les documents produits ni même allégué que la situation de fait et de droit ayant justifié cette condamnation serait toujours actuelle. D'autre part, ni par ses écritures, ni par son seul récit à l'audience, qui n'est accompagné d'aucun document ni témoignage le concernant personnellement, le requérant ne démontre avoir subi un accueil et des traitements l'ayant empêché de demander l'asile, alors qu'une demande d'asile est actuellement enregistrée à son nom en Lituanie. Il n'a d'ailleurs pas exposé, au cours de son entretien individuel, les mauvais traitements dont il fait état oralement à l'audience, même s'il a mentionné lors de cet entretien être arrivé en Lituanie à partir de la Biélorussie et avoir " donné ses empreintes sous la contrainte sans solliciter l'asile ". Alors que sa demande d'asile est bien enregistrée en Lituanie et qu'il n'y a pas encore été statué, M. E n'établit pas que, dans la situation particulière qui est la sienne de demandeur d'asile faisant l'objet d'une décision de transfert et donc d'un accord de reprise en charge par l'État responsable de sa demande, actuellement toujours en cours d'instruction, il ne sera pas traité par les autorités lituaniennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni qu'il sera exposé en Lituanie à un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant, à l'instar des personnes non admises au séjour, franchissant illégalement la frontière lituanienne depuis l'extérieur de l'Union, dont l'association Amnesty International et la Cour de justice de l'Union européenne ont estimé la situation contraire au droit de l'Union. Par ailleurs, le requérant, qui avait déclaré lors de son entretien individuel ne pas être en bonne santé, sans toutefois en justifier, se borne à soutenir dans sa requête qu'il " rencontre des problèmes de santé importants ". L'état de vulnérabilité dont il se prévaut n'est démontré, au jour de l'audience, par aucun justificatif. Sur ce point, si l'intéressé explique par l'intermédiaire de son avocat qu'en l'absence de tout soin prodigué en Lituanie, il ne peut produire aucune pièce médicale, il doit être relevé qu'il ne produit pas davantage de documents attestant de soins en France, où il est présent depuis janvier 2023.
13. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance par l'autorité administrative des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent être accueillis.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D ÉC I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G.-V. VergneLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026