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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303223

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303223

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantVAYSSIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer aux autorités allemandes ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence.

Il soutient qu'il conteste ces décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- les observations de Me Cohadon, avocat commis d'office, représentant M. A, absent, qui indique que l'arrêté de transfert est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors que cette décision a été prise dès le 15 juin 2023, soit peu après sa demande d'asile du 15 mai 2023, ce qui n'a pas permis au requérant d'apporter la preuve de ses difficultés médicales, alors qu'il ne peut avoir accès facilement à un médecin étant hébergé à Langueux. Elle ajoute que le transfert immédiat de M. A n'est pas envisageable dès lors qu'il est atteint de tuberculose et qu'il a été orienté d'urgence vers un centre antituberculeux. Enfin, elle fait valoir que l'assignation à résidence et l'obligation de pointage ne sont pas compatibles avec son état de santé.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né en 1987, est entré irrégulièrement en France le 30 avril 2023. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 15 mai 2023. La consultation du fichier Visabio a permis de révéler que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités allemandes préalablement à sa demande d'asile en France. Les autorités allemandes, saisies le 16 mai 2023 d'une demande de prise en charge de M. A sur le fondement de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont explicitement donné leur accord le 17 mai 2023. Par des arrêtés du 15 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé le transfert de M. A aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté de transfert aux autorités allemandes :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dont le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait application pour décider le transfert de M. A aux autorités allemandes. Il précise que ces autorités ont été saisies le 16 mai 2023 d'une demande de prise en charge de l'intéressé sur le fondement de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, pour laquelle elles ont donné leur accord le 17 mai 2023. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen particulier de sa situation, en l'état des informations dont il est établi qu'il disposait à la date de sa décision.

3. En second lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

4. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

6. D'une part, l'Allemagne est un État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans ce pays est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si une telle présomption n'est pas irréfragable, M. A ne produit aucun élément à l'appui de son allégation selon laquelle son transfert vers l'Allemagne n'est pas envisageable dès lors qu'il est atteint de tuberculose et a été orienté d'urgence vers un centre antituberculeux, alors qu'un mois et demi s'est écoulé entre la date de son arrivée en France et celle de l'édiction de l'arrêté attaqué et qu'il ne démontre pas qu'il aurait demandé un délai aux services préfectoraux pour apporter des pièces médicales. Par suite, l'intéressé n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier de soins appropriés en Allemagne ni ne démontre que son état de santé ferait obstacle à son transfert vers ce pays, et notamment qu'il l'exposerait à une interruption de soins induisant un risque réel et avéré de détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Au vu de ces éléments, M. A n'établit pas qu'en ne mettant pas en œuvre la procédure dérogatoire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités allemandes doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre État en application de l'article L. 621-1 () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".

9. D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

10. L'arrêté attaqué prévoit l'assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours, avec interdiction de sortir du département des Côtes-d'Armor sans autorisation, et obligation de remettre l'original de son passeport contre récépissé et de se présenter les lundis et mercredis non fériés et non chômés au commissariat de police de Saint-Brieuc.

11. L'interdiction faite à M. A de sortir du département des Côtes-d'Armor sans autorisation et l'obligation pour l'intéressé de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Saint-Brieuc apparaissent nécessaires et adaptées pour s'assurer du respect de la mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de production d'éléments médicaux, que M. A serait dans l'impossibilité de se rendre deux fois par semaine au commissariat de police. En tout état de cause et ainsi que le précise l'arrêté attaqué, il lui est loisible de faire connaître à l'autorité administrative toute raison de force majeure de nature à l'empêcher de satisfaire à cette obligation. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'assignation à résidence dont il fait l'objet.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. Tourre La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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