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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303224

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303224

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, Mme E D, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français, a fixé le Mali comme pays de destination et l'a soumise à diverses mesures de contrôle ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la même convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Vaillant substituant Me Le Bourhis, représentant Mme D, absente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme D, ressortissante malienne, née en 1985, est entrée en France le 22 avril 2022 et elle a demandé l'asile le 9 juin 2022. Par décision du 10 octobre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a, par décision du 2 mai 2023, rejeté le recours formé par Mme D. Le préfet du Morbihan a, par arrêté du 22 mai 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision l'obligeant à quitter le territoire français dans les trente jours, fixant le Mali comme pays de destination et l'astreignant à diverses mesures de contrôle. C'est l'arrêté attaqué.

3. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 29 août 2022 dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme A C, attachée d'administration au bureau de la nationalité et des étrangers, pour signer les décisions relevant de l'attribution de ce bureau en cas d'absence de ses supérieurs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme D ne résidait en France, à la date de la décision attaquée, que depuis treize mois et n'établit pas y avoir créé quelque lien que ce soit, alors qu'il n'est pas contesté que son époux et ses deux filles résident toujours au Mali. Les craintes alléguées liées aux pressions de son beau-frère pour faire exciser ses filles ne suffisent pas à établir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français vers le Mali porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'elle aurait au moins pour effet précisément de la rapprocher du reste de sa famille. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Mme D n'établit pas, par le seul récit et les pièces et témoignages qu'elle a déjà présentés devant les autorités en charge de l'asile, la réalité voire la seule vraisemblance des risques qu'elle soutient personnellement encourir en cas de retour au Mali où elle aurait subi des menaces et violences pour s'être opposée à la volonté de son beau-frère de faire exciser ses filles, alors que, comme elle le reconnaît elle-même, son époux partage avec elle cette position. Alors en outre qu'il n'est pas établi que le préfet se serait estimé lié par l'appréciation portée sur sa situation par les autorités en charge de l'instruction de sa demande d'asile, la requérante ne démontre donc pas se trouver dans le cas d'une méconnaissance par l'arrêté attaqué en tant qu'il fixe le pays de renvoi de la mesure d'éloignement prise à son encontre, des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire vers le Mali et fixant diverses mesures de contrôle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme D tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet du Morbihan doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de Mme D de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le13 juillet 2023.

Le président,

signé

E. BLa greffière,

signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. "

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