jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, la SCI La Roseraie, représentée par Me Bocquet, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 2023-464 du 6 avril 2023 du maire de la commune de Dinan portant mise en sécurité, en procédure d'urgence, de l'immeuble situé 11 place Saint-Sauveur, parcelle cadastrée section AP n° 176, en tant qu'il a ordonné le relogement des occupants ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023 du maire de la commune de Dinan portant mise en sécurité, en procédure d'urgence, de l'immeuble situé 11 place Saint-Sauveur, parcelle cadastrée section AP n° 176, en tant qu'il ordonne la réalisation de travaux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Dinan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie de son intérêt à agir contre les arrêtés en litige, qui prescrivent des travaux sur l'immeuble dont elle est propriétaire ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que les arrêtés préjudicient de manière grave et immédiate à ses intérêts et à sa situation financière ; ils prescrivent la réalisation, à bref délai, de travaux coûteux, notamment la réfection complète de la toiture, dans les quinze jours, outre le relogement des occupants de l'immeuble depuis le 6 avril 2023 ; sa situation financière ne lui permet pas d'assumer ces charges ; le bilan de l'année 2022 confirme son insolvabilité ; les travaux ne peuvent être réalisés dans les quinze jours ; les mesures prescrites ont au demeurant pour objet et effet de remédier de manière définitive au péril, de sorte qu'elles ne relèvent pas de la procédure d'urgence ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité des arrêtés en litige, dès lors que :
* ils ont été édictés au terme d'une procédure irrégulière, faute de consultation de l'architecte des Bâtiments de France, requise aux termes de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation ;
* les mesures sont basées sur des constatations de la police municipale qui sont contestables : seul le logement du rez-de-chaussée est régulièrement occupé ; tous les autres le sont sans droit ni titre et elle justifie des démarches accomplies pour obtenir l'expulsion de ces occupants irréguliers ; elle n'est notamment pas responsable de la fuite d'eau constatée dans l'appartement du deuxième étage, dont elle n'a jamais été prévenue ; elle n'est pas responsable du non-respect par les occupants de leurs obligations d'entretien ;
* les arrêtés ne justifient pas de l'existence d'un danger imminent et n'indiquent pas les mesures indispensables pour y remédier ; l'interdiction d'accès et d'habitation n'est ainsi pas justifiée, outre qu'elle ne l'est pas dans sa durée, non précisée ; les mesures susceptibles d'être légalement ordonnées doivent être strictement limitées à la cessation du danger, et ne peuvent avoir pour effet de remédier définitivement au péril ; en l'espèce, les mesures prescrites ne pouvaient l'être que dans le cadre d'une procédure de mise en sécurité ordinaire et non en urgence ; l'arrêté du 5 mai 2023 prescrit notamment la réfection totale de la cage d'escalier, alors même que l'expert n'a constaté l'instabilité de la volée de marches qu'entre le rez-de-chaussée et le premier étage ; il en est de même de la prescription de mise en conformité générale de l'installation électrique ; la réfection de la toiture n'est pas justifiée, son état général ne requérant pas de tels travaux, que l'expert n'a d'ailleurs pas préconisés ; une telle réfection ne peut en tout état de cause pas être réalisée sans avis préalable de l'architecte des Bâtiments de France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la commune de Dinan, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SCI La Roseraie de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 avril 2023, qui a été abrogé par l'arrêté du 5 mai 2023 ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; l'obligation de relogement n'est pas la conséquence des seules décisions en litige ; l'insalubrité caractérisée de l'immeuble et des logements fait obstacle à ce que les occupants réintègrent les lieux ; la SCI requérante est à l'origine de la situation dont elle se prévaut, du fait de sa carence à entretenir l'immeuble en cause ; les travaux prescrits ne sont pas assortis d'un délai, sauf s'agissant de la réfection de la toiture, dont aucun terme de l'arrêté du 5 mai 2023 n'indique qu'elle doit être totale ; les travaux ont été évalués à 693 euros TTC, ce qui ne saurait suffire pour caractériser une atteinte significative à sa situation financière ;
- aucun des moyens soulevés n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :
* l'architecte des Bâtiments de France doit seulement être informé de l'engagement d'une procédure de mise en sécurité d'un immeuble selon la procédure d'urgence, ce qui a été fait le 27 juin 2023 ; à supposer que cette information soit tardive, le vice doit être neutralisé, n'ayant pas privé la SCI propriétaire d'une garantie et n'ayant eu aucune influence sur le sens de la décision ;
* l'existence d'un danger imminent ressort des différentes constatations et rapports d'expertise dressés ; les mesures prescrites, s'agissant tant de l'évacuation des occupants de l'immeuble que des travaux prescrits, sont justifiées et proportionnées à la situation ;
* elles relèvent de celles, eu égard à leur nature et leur ampleur, qu'il était possible de légalement prescrire dans le cadre d'une procédure de mise en sécurité en urgence ; est prescrite la réfection de l'escalier, sans que cette prescription ne porte sur l'ensemble des étages de l'immeuble ; la SCI requérante ne saurait nier la nécessité de ces travaux, ayant sollicité un devis pour leur réalisation ; la mise en conformité de l'installation électrique est la seule mesure susceptible de remédier au désordre, en urgence ; les travaux de réfection de la toiture, tels qu'ils ont été prescrits, relèvent des mesures provisoires.
Vu :
- la requête au fond n° 2303013, enregistrée le 6 juin 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 juin 2023 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Bocquet, représentant la SCI La Roseraie, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* il y a toujours lieu de statuer sur le premier arrêté, dès lors qu'il a produit des effets, notamment en termes d'obligation de relogement des occupants ;
* l'urgence est caractérisée : les arrêtés mettent à sa charge la réalisation de travaux très coûteux, qu'elle ne peut financer, outre une obligation de reloger les occupants de son bien, alors même qu'ils sont, pour la plupart, non titrés ;
* la réfection prescrite de la toiture est totale et non partielle, contrairement à ce que fait valoir la commune ; la notion de réfection implique de déposer la couverture existante et de poser une nouvelle couverture, et non de seulement changer quelques tuiles éventuellement défectueuses ; le devis produit ne porte que sur le changement d'une ardoise, mais ne reflète pas le montant des travaux en cause ;
* les risques existants sont pour l'essentiel la conséquence du comportement des occupants de l'immeuble, dont elle n'est pas responsable ;
* l'un des occupants dont elle finance le relogement dégrade significativement le bien qu'il occupe, aujourd'hui ;
* la commune devait informer immédiatement l'architecte des Bâtiments de France de la procédure et des travaux prescrits ; elle ne peut réaliser la réfection de la toiture sans sa consultation préalable ;
* les mesures prescrites relèvent de la procédure de péril ordinaire ;
* les désordres existants sur la première volée de marches de l'escalier procèdent du bricolage réalisé par les occupants ; le devis de reprise de ce désordre a été sollicité avant la mise en œuvre de la procédure par le maire, ce qui confirme au demeurant sa volonté de réaliser les travaux strictement nécessaires ;
* aucun désordre ni problème n'a été relevé par l'expert, s'agissant de la toiture ; la prescription d'une réfection totale n'est absolument pas justifiée ; le délai de quinze jours est manifestement insuffisant pour réaliser de tels travaux ;
* la lettre de l'arrêté ne permet pas la réinterprétation avancée par la commune de la nature et de l'ampleur des travaux, qui portent bien sur la réfection totale tant de l'escalier que de la toiture ;
* les modalités d'occupation de son bien, par des squats ou occupation sans titre essentiellement, doivent être prises en considération ;
- les observations de Me Corillion, représentant la commune de Dinan, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :
* le bien est laissé à l'abandon par la SCI propriétaire, ce qui explique l'état de dégradation avancé de l'immeuble, sans que celle-ci ne puisse se défausser sur les occupants, ni justifier son désengagement dans son entretien ;
* l'urgence n'est pas caractérisée ; l'obligation de relogement ne procède pas des arrêtés en litige, mais du seul état de l'immeuble ; les travaux doivent être réalisés avant toute remise en location ;
* les travaux doivent au demeurant être réalisés sans délai, à l'exception de ceux sur la toiture, qui ne portent que sur la reprise des seules ardoises tombées ou susceptibles de tomber ; l'absence de délai confirme qu'il ne s'agit que de petits travaux, et non de la réfection totale de la toiture ;
* les travaux de sécurisation de l'escalier sont connus et admis, puisque la SCI La Roseraie avait sollicité un devis, avant le déclenchement de la procédure ;
* l'information de l'architecte des Bâtiments de France n'est pas nécessairement préalable à l'édiction des arrêtés ; en procédure urgente, cette information doit être faite en parallèle, sans être simultanée, dès lors qu'il n'a pas à se prononcer sur les travaux ; il doit juste être informé des travaux susceptibles d'être mis en œuvre, notamment pour les autorisations d'urbanisme à venir ; l'architecte des Bâtiments de France a été informé des arrêtés fin juin ; en tout état de cause, à supposer le vice de procédure constitué, il y a lieu de le neutraliser, dès lors qu'il n'a privé la SCI requérante d'aucune garantie et n'a pas davantage eu d'incidence sur le sens de la décision édictée ;
* les mesures prescrites ne sont pas excessives ni définitives : la sécurisation de l'escalier ne porte que sur la première volée de marches, et non sur une remise définitive en état général ; les travaux sur la toiture ne portent que sur sa sécurisation, ce qui est corroboré par le délai de réalisation ainsi que les motifs de l'arrêté, précisant qu'il faut prévenir la chute d'ardoises sur la voie publique ; les travaux de mise aux normes de l'électricité ne peuvent être, par nature, temporaires ou provisoires ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un premier arrêté n° 2023-464 du 6 avril 2023, le maire de la commune de Dinan a mis en sécurité, en procédure d'urgence, l'immeuble situé 11 place Saint-Sauveur, appartenant à la SCI La Roseraie, motifs pris des risques en termes de sécurité qu'il présentait pour ses occupants et a édicté une interdiction d'accès et d'habitation, jusqu'à nouvel ordre. L'expert commis par le tribunal en application des dispositions de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation a rendu son rapport le 20 avril 2023, concluant à l'existence d'un danger imminent, lié à l'instabilité de la première volée de marches de l'escalier d'accès aux étages et à la non-conformité quasi-générale de l'installation électrique.
2. Par un second arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023, le maire de la commune de Dinan a abrogé l'arrêté n° 2023-464 et de nouveau mis en sécurité, en procédure urgente, l'immeuble en cause. Il a, dans ce cadre, prescrit les mesures provisoires nécessaires à la mise en sécurité de l'immeuble et a, à ce titre, mis en demeure la SCI La Roseraie d'effectuer les travaux suivants : remise en état de l'escalier d'accès aux étages, mise en conformité générale de l'installation électrique et réfection de la toiture, dans un délai de quinze jours s'agissant de ces derniers travaux et sans délai fixé s'agissant des premiers travaux prescrits, compte tenu de l'inoccupation des lieux. Aux termes de cet arrêté, le maire de la commune de Dinan a réitéré l'interdiction d'accès et d'habitation et a rappelé à la SCI La Roseraie son obligation de respecter les droits des occupants. La SCI La Roseraie a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre ces deux arrêtés et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution, en tant qu'il a ordonné le relogement des occupants, s'agissant du premier, et en tant qu'il la met en demeure de réaliser des travaux, s'agissant du second.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Le cadre juridique applicable au litige :
4. Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ; / 2° Le fonctionnement défectueux ou le défaut d'entretien des équipements communs d'un immeuble collectif à usage principal d'habitation, lorsqu'il est de nature à créer des risques sérieux pour la sécurité des occupants ou des tiers ou à compromettre gravement leurs conditions d'habitation ou d'utilisation ; / () / 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique ". Aux termes de son article L. 511-4 : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, () / 2° Le représentant de l'État dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article ".
5. Aux termes de son article L. 511-9 : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre ".
6. Aux termes de son article L. 511-10 : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures () ". Aux termes de son article L. 511-11 : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. / L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 511-15, et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. / L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les travaux nécessaires à cette résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. / Lorsque l'immeuble ou le logement devient inoccupé et libre de location après la date de l'arrêté pris sur le fondement du premier alinéa, dès lors qu'il est sécurisé et ne constitue pas un danger pour la santé ou la sécurité des tiers, la personne tenue d'exécuter les mesures prescrites n'est plus obligée de le faire dans le délai fixé par l'arrêté. L'autorité compétente peut prescrire ou faire exécuter d'office, aux frais de cette personne, toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès et l'usage du lieu, faute pour cette dernière d'y avoir procédé. Les mesures prescrites doivent, en tout état de cause, être exécutées avant toute nouvelle occupation, remise à disposition ou remise en location, sous peine des sanctions prévues à l'article L. 511-22 ".
7. Aux termes de son article L. 511-15 : " I. - Lorsque les mesures et travaux prescrits par l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été exécutés dans le délai fixé et sauf dans le cas mentionné à la première phrase du dernier alinéa de l'article L. 511-11, la personne tenue de les réaliser est redevable d'une astreinte dont le montant, sous le plafond de 1 000 euros par jour de retard, est fixé par arrêté de l'autorité compétente en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. / () ". Aux termes de son article L. 511-16 : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. () ". Aux termes de son article L. 511-18 : " Lorsque l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité pris en application des articles L. 511-11 et L. 511-19 est assorti d'une interdiction d'habiter à titre temporaire ou lorsque les travaux nécessaires pour remédier au danger les rendent temporairement inhabitables, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer l'hébergement des occupants dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre II du présent livre. () ".
8. Aux termes de son article L. 511-19 : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / Lorsqu'aucune autre mesure ne permet d'écarter le danger, l'autorité compétente peut faire procéder à la démolition complète après y avoir été autorisée par jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond ". Aux termes de son article L. 511-20 : " Dans le cas où les mesures prescrites en application de l'article L. 511-19 n'ont pas été exécutées dans le délai imparti, l'autorité compétente les fait exécuter d'office dans les conditions prévues par l'article L. 511-16. Les dispositions de l'article L. 511-15 ne sont pas applicables ".
9. Aux termes de son article L. 521-1 : " Pour l'application du présent chapitre, l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale. / Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1. / () ". Aux termes de ces dernières dispositions : " I. - Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que les travaux prescrits le rendent temporairement inhabitable, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / À défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant. / () ". Aux termes de cet article L. 521-3-2 : " I. - () / Lorsque l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité mentionné à l'article L. 511-11 ou à l'article L. 511-19 comporte une interdiction définitive ou temporaire d'habiter ou que les travaux prescrits rendent temporairement le logement inhabitable, et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, l'autorité compétente prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger. / () ".
En ce qui concerne l'arrêté n° 2023-464 du 6 avril 2023 :
10. L'arrêté n° 2023-464 du maire de la commune de Dinan du 6 avril 2023, portant mise en sécurité et interdiction d'accès et d'habitation de l'immeuble dont est propriétaire la SCI La Roseraie, situé 11 place Saint-Sauveur, a été abrogé par l'arrêté n° 2023-604 du maire de la commune de Dinan du 5 mai 2023, prescrivant les mesures provisoires de mise en sécurité des lieux et réitérant l'interdiction d'accès et d'habitation. Dans ces circonstances, eu égard à l'office du juge des référés, qui ne peut prendre que des mesures provisoires et non rétroactives, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2023-464, en tant qu'il a ordonné le relogement des occupants de l'immeuble, étaient dépourvues d'objet, dès l'enregistrement de la requête. Elles sont donc irrecevables et doivent être rejetées comme telles, nonobstant la circonstance que cet arrêté a reçu exécution et a produit des effets avant son abrogation et que cette abrogation ne soit pas devenue définitive.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023 :
S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :
11. L'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023 prescrit à la SCI La Roseraie de procéder, sans délai fixé, à la remise en état de l'escalier d'accès aux étages et à la mise en conformité générale de l'installation électrique et, dans un délai de quinze jours, à la réfection de la toiture.
12. Si la commune de Dinan fait valoir, tant dans ses écritures en défense que dans le cadre de ses observations orales lors de l'audience publique, que les travaux prescrits ne portent, s'agissant de l'escalier et de la toiture, que sur la sécurisation des premières marches et sur le remplacement des seules ardoises susceptibles de chuter sur la voie publique, il ne résulte d'aucun des termes de l'arrêté en litige, pas davantage que du contexte de son édiction, que les travaux prescrits soient ainsi circonscrits. Il appartient au demeurant au maire, lorsqu'il édicte un arrêté de mise en sécurité d'un immeuble en procédure urgente, d'indiquer très précisément la nature et la consistance des mesures prescrites.
13. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que les travaux prescrits, de remise en état de l'escalier d'accès aux étages et de réfection de la toiture, ne présentent pas un caractère provisoire et ne pouvaient être ordonnés dans le cadre de la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
14. Par ailleurs, si l'arrêté en litige fait mention d'une toiture en mauvais état et de chutes d'ardoises sur la voie publique, il ne résulte ni du procès-verbal de constat de police municipale dressé le 6 avril 2023, ni du rapport de l'expert commis au titre de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, établi le 20 avril 2023, que la toiture de l'immeuble en cause présente un état de dégradation ou de fragilité susceptible d'entraîner la chute, sur la voie publique, d'ardoises ou autres composants, le rapport d'expert indiquant, au contraire, que les toitures du bâtiment principal et de l'annexe en fond de cour sont en bon état général, relevant seulement la présence d'une importante végétation dans la gouttière du versant Est du bâtiment principal. Aucune pièce du dossier ne corrobore non plus la mention, dans l'arrêté en litige, de ce que des chutes d'ardoises auraient été effectivement constatées. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que c'est au prix d'une erreur d'appréciation que le maire de la commune de Dinan a prescrit des travaux de réfection de la toiture, au surplus dans un délai de quinze jours, apparaît également propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
15. Il résulte enfin de la combinaison des dispositions précitées du 2° l'article L. 511-2 et de l'article L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation que les pouvoirs de police du maire, dans le domaine de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations, ne peuvent être mis en œuvre que pour remédier au fonctionnement défectueux ou au défaut d'entretien des équipements communs d'un immeuble collectif à usage principal d'habitation, lorsqu'il est de nature à créer des risques sérieux pour la sécurité des occupants ou des tiers ou à compromettre gravement leurs conditions d'habitation ou d'utilisation. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Dinan ne pouvait légalement prescrire, dans le cadre de la procédure de mise en sécurité en urgence, des travaux de mise en conformité générale de l'installation électrique, incluant également les équipements et l'installation de chaque logement, apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
S'agissant de l'urgence :
16. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
17. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023, la SCI La Roseraie fait valoir ses difficultés financières, s'apparentant à une situation d'insolvabilité, ainsi que les frais et charges très importants que l'arrêté en litige génère, à savoir le coût très élevé des travaux, notamment de réfection de la toiture, et les frais de relogement des occupants qu'elle expose, en pure perte.
18. Il résulte toutefois des dispositions précitées des articles L. 521-1 et L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation que l'obligation de relogement incombant au propriétaire d'un logement faisant l'objet d'un arrêté de mise en sécurité, ou à défaut à l'autorité compétente, ne concerne pas les occupants sans droit ni titre dudit logement. À cet égard, les termes de l'article 3 de l'arrêté en litige, qui rappellent que la SCI La Roseraie est tenue de respecter les droits des occupants dans les conditions précisées aux articles L. 521-1 à L. 521-3-2 dudit code, ne peuvent avoir pour objet, et ne sauraient avoir pour effet, d'imposer légalement le relogement de personnes qui ne sont pas visées par les dispositions précitées de l'article L. 521-1.
19. Dans ces circonstances, il n'existe pas d'obligation, à la charge de la SCI La Roseraie, de s'acquitter des frais de relogement des occupants de son immeuble qui ne disposaient pas d'un titre d'occupation valide et régulier. Il en résulte que la SCI La Roseraie ne peut utilement se prévaloir, pour justifier de l'urgence, des sommes exposées depuis le 6 avril 2023 pour le relogement des occupants de son immeuble, autres que celles concernant le seul occupant dont elle indique qu'il dispose d'un titre régulier d'occupation.
20. En revanche, l'arrêté en litige met à la charge de la SCI La Roseraie des travaux d'ampleur considérable, notamment de réfection de la toiture, dans un délai de quinze jours, ce qui l'expose au risque de voir ces travaux réalisés par la commune de Dinan, à ses frais, en cas de carence de sa part à les mener à terme. La SCI La Roseraie justifie par ailleurs de ses difficultés financières et établit ainsi que l'arrêté en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et à ses intérêts pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023 du maire de la commune de Dinan portant mise en sécurité en procédure d'urgence de l'immeuble situé 11 place Saint-Sauveur, parcelle cadastrée section AP n° 176, en tant qu'il ordonne la réalisation de travaux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 2023-604 du 5 mai 2023 du maire de la commune de Dinan portant mise en sécurité en procédure d'urgence de l'immeuble situé 11 place Saint-Sauveur, parcelle cadastrée section AP n° 176, en tant qu'il ordonne la réalisation de travaux, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Dinan présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI La Roseraie et à la commune de Dinan.
Fait à Rennes, le 13 juillet 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026