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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303287

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303287

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2023, Mme A B, représentée par Me le Verger, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de produire l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tourre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissant congolaise née en 1965, est entrée pour la dernière fois en France le 2 mars 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 août 2021. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 décembre 2021.

Le 29 mars 2022, Mme B a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 20 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine ayant produit en cours d'instance l'avis rendu le 29 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII, le moyen tiré de ce qu'à défaut d'une telle production, la décision refusant à Mme B un titre de séjour devrait être regardée comme entachée d'un vice de procédure ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à " l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

4. Pour l'application de ces dispositions, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis du 29 juin 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Cet avis précise également qu'au vu des éléments du dossier son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme B soutient qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement adapté en République démocratique du Congo et produit des pièces relatives à la prise en charge dont elle bénéficie sur le territoire français et dont il ressort qu'elle présente une hypertension artérielle avec céphalée. Les pièces médicales du dossier, et notamment

les deux certificats médicaux établis les 28 octobre 2021 et 20 avril 2023 par un médecin généraliste indiquant, sans plus de précisions, que l'état de santé de Mme B " justifie la prise d'un traitement au long cours non substituable " et qu' " elle présente une pathologie nécessitant un suivi régulier en France, incompatible avec toute situation stressante ", ne contredisent pas valablement l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII, puis par le préfet d'Ille-et-Vilaine, selon laquelle l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En estimant que la requérante ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a, dès lors, pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B soutient qu'elle justifie d'une bonne intégration et d'attaches familiales et amicales solides en France, telles qu'un éloignement du territoire serait de nature à porter atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée n'est présente en France que depuis mars 2020, que cette durée de présence s'explique, d'une part, par l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA,

et, d'autre part, par le délai d'instruction de son dossier par le préfet d'Ille-et-Vilaine. Si Mme B produit les actes de naissances, cartes d'identité françaises, carte de résident et titre de séjour de ses quatre frères et sœurs, elle ne démontre pas entretenir avec eux des liens affectifs réguliers. Par ailleurs, la possession d'un passeport suédois par son fils et d'une carte de séjour suédoise par sa petite-fille ne permet pas de démontrer que Mme B serait dépourvue de tout lien familial en République démocratique du Congo. La participation à des activités associatives de manière récente ainsi qu'une promesse d'embauche ne suffisent pas à établir l'intégration en France de la requérante. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elle a été prise. Par ailleurs, la situation médicale de Mme B ne permet pas de regarder comme établi qu'en obligeant l'intéressée à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Le moyen tiré de ce que l'obligation

de quitter le territoire français opposée à la requérante est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale et personnelle doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, la décision fixant le pays de destination indique que les craintes exprimées par Mme B en cas de retour dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo, ont été jugées infondées tant par l'OFPRA que par la CNDA et que compte-tenu de ces éléments et de ceux portés à la connaissance de l'administration préfectorale, l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

9. En cinquième lieu, compte-tenu de ce qui a été exposé au point 7, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui invoque la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de justifier de la réalité, de la nature et de la gravité des risques qu'il encourt personnellement dans le pays de renvoi. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. En se bornant, d'une part, à soutenir que le tribunal pourra constater le sérieux de sa demande d'asile au regard des écritures et preuves transmises à la CNDA et, d'autre part, à produire son recours devant la CNDA, Mme B n'établit pas être personnellement et actuellement exposée au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors que l'OFPRA et la CNDA ont jugé que ses déclarations étaient sommaires ou imprécises sur les faits allégués et sur ses craintes en cas de retour en République démocratique du Congo. Dès lors, la décision fixant le pays de renvoi n'a pas méconnu les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Tourre Le président,

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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