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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303352

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303352

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, M. B A, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours suivant le présent jugement ou à défaut de réexaminer sa situation et de le munir, durant cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A, ressortissant albanais né le 17 août 2001, soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- dès lors qu'il suit un enseignement en France et que le secteur de la logistique connaît des difficultés de recrutement, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;

- dès lors qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux, l'arrêté méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté viole l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, la décision portant refus de séjour, de même que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elles sont donc suffisamment motivées.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est allégué, le préfet a procédé, préalablement à l'adoption des mesures litigieuses, à un examen particulier de la situation du requérant.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Il ressort seulement des pièces du dossier que le requérant a suivi durant l'année scolaire 2018-2019 une formation en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) dans la spécialité " installateur thermique " puis a validé en 2020 deux " blocs de compétences " nécessaires à l'obtention du CAP dans la spécialité " employé de commerce multi-spécialités " et a suivi des cours de français, langue étrangère, ce qui lui a permis d'obtenir le niveau A1. Or, d'une part, ceci n'est pas de nature à révéler qu'il aurait suivi, de manière effective et suffisamment pérenne, un enseignement en France, au sens des dispositions précitées. D'autre part, il ne justifie pas disposer de moyens d'existence suffisants. Ainsi, en ne lui accordant pas la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le préfet n'a, en tout état de cause, commis ni erreur de droit, ni erreur de fait, ni erreur manifeste d'appréciation.

4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Il est constant que le requérant, né en 2001, célibataire et sans enfant, est entré en France, en qualité de mineur accompagnant, à l'âge de 15 ans et s'est maintenu sur le territoire durant l'examen de la demande d'asile de ses parents, puis au-delà. Toutefois, les demandes d'asile présentées par ses parents et par son frère ont été rejetées définitivement. Ses parents ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement, demeurée inexécutée. Il ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à révéler des attaches personnelles en France d'une particulière intensité, hors les membres de sa famille précités, qui peuvent légalement se réinstaller en Albanie. En refusant de lui délivrer la carte de séjour qu'il avait sollicitée sur le fondement de l'article L. 423-23 précité et en l'obligeant à quitter le territoire à destination de l'Albanie, le préfet n'a donc commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation, ni n'a apporté une restriction disproportionnée au droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En l'espèce, il ressort d'une attestation de la banque alimentaire de Rennes datée du 3 février 2022 qu'à cette date, le requérant travaillait bénévolement à raison de 5 demi-journées par semaine pour cette organisation depuis le 25 octobre 2021. Il ressort par ailleurs d'une attestation de la Croix-Rouge française datée du 2 février 2022 qu'à cette date, il travaillait également à titre bénévole depuis octobre 2021 pour cette organisation. Toutefois, ni ces circonstances, pour remarquables qu'elles soient, ni celles mentionnées aux points précédents ne sont, à elles seules, de nature à constituer des considérations humanitaires ou à révéler des motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées. En refusant de lui délivrer la carte de séjour qu'il avait sollicitée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité et en l'obligeant à quitter le territoire à destination de l'Albanie, le préfet n'a donc commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le recours de M. A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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