LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303380

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303380

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantPAULET-PRIGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, M. G E, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 27 juin 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. E pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vergne,

- les observations de Me Paulet-Prigent, avocate commise d'office représentant M. E, qui maintient et développe les moyens contenus dans la requête écrite, à l'exception du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qu'elle abandonne, et demande en outre que l'État soit condamné à lui verser la somme de 500 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soutient que : entré régulièrement en France, M. E a immédiatement tenté de régulariser sa situation en demandant l'asile ; la décision d'éloignement dont il fait l'objet a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a séjourné en France de 2018 à 2021, mais il doit être tenu compte du fait qu'il avait passé en France auparavant une partie importante de sa jeunesse avant que ses parents décident malgré lui, en 2010, de rejoindre la Géorgie ; sa langue maternelle est le français et repartir en Géorgie, où il n'a aucun lien, est comme partir à l'étranger ; c'est à tort que lui a été refusé un délai de départ volontaire, alors qu'il justifie d'une attestation d'hébergement et d'une quittance de loyer ; l'interdiction de retour sur le territoire est trop sévère, alors qu'il a été présent en France très longtemps et compte tenu des liens culturels et linguistiques qu'il entretient avec la France ;

- les explications de M. E qui déclare que sa demande d'asile a été mal traitée dès lors qu'il n'a pas reçu sa convocation pour être entendu devant l'OFPRA et que, devant la CNDA, son dossier a été égaré, puis retrouvé grâce à ses démarches insistantes, mais complètement négligé ; il est plus français que géorgien dès lors qu'il a passé une partie importante de sa vie en France, où il a été scolarisé à Nantes, du CP à la 4ème, et où il compte de nombreux amis.

- et les observations de M. A, représentant le préfet des Côtes-d'Armor, qui maintient et développe les moyens contenus dans ses écritures et qui fait valoir que : aucune atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est établie dès lors que M. E, dont il convient de souligner qu'il a été interpellé et placé en garde à vue pour des violences conjugales, son épouse et ses enfants ont vocation à repartir ensemble en Géorgie où la cellule familiale sera reconstituée et où les enfants pourront être scolarisés ; M. E n'a pas respecté les multiples mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et n'a pas non plus demandé un titre de séjour permettant sa régularisation ; le refus de délai de départ volontaire est justifié alors que, comme l'a estimé le juge des libertés et de la détention, M. E ne justifie pas d'une adresse stable ; l'interdiction de retour sur le territoire est justifiée au regard des quatre critères applicables, qui ont bien été examinés par le préfet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 17 juillet 1995 à Tbilissi (Géorgie), ressortissant géorgien, est entré en France le 22 janvier 2019, muni de son passeport géorgien, valable du 17 janvier 2019 au 17 janvier 2020, accompagné de son épouse, Mme F C, et de leurs deux enfants mineurs, B et D. Sa demande d'asile, enregistrée le 1er avril 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), a été rejetée par cette instance par une décision du 23 mars 2020, qui lui a été notifiée le 2 juillet 2020. Un recours présenté le 22 mars 2021 devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été jugé irrecevable pour absence d'éléments sérieux et rejeté par une ordonnance du 31 mai 2021, notifiée le 9 juin 2021. M. E a fait l'objet le 7 septembre 2020 d'un premier arrêté du préfet des Côtes-d'Armor l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours, qu'il n'a pas exécuté. Interpellé le 6 janvier 2021, pour divers délits routiers, il a été assigné à résidence par le préfet pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 7 septembre 2020, sans toutefois que la mesure d'éloignement soit exécutée. Il a par la suite été interpellé à nouveau le 12 juin 2022 et placé en garde à vue pour des violences conjugales, à la suite de quoi une obligation à quitter le territoire sans délai a été prise à son encontre le 13 juin 2022, assortie d'une interdiction de retour de deux ans et d'une assignation à résidence qui n'a pas été respectée. En dernier lieu, M. E a été interpellé par la gendarmerie de Saint-Brieuc le 24 juin 2023 et placé en garde à vue pour conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance et sous l'emprise de stupéfiants. Il demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2023 du préfet des Côtes-d'Armor l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant la Géorgie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé, et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant trois ans

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. Le moyen d'incompétence de l'auteur des décisions attaquées invoqué dans sa requête écrite par le requérant ayant été expressément abandonné à l'audience par son avocate commise d'office, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les autres moyens :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o; () ". L'article L. 613-1 du même code dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (). ".

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, notamment les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui le fondent, et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il reprend l'ensemble des éléments d'information rappelés ci-dessus au point 1, précise la situation personnelle et familiale de l'intéressé, dont l'épouse est elle-même en situation irrégulière et dont les enfants ont vocation à retourner avec leurs parents en Géorgie, et expose l'ensemble des démarches des membres de cette famille pour obtenir une protection internationale, ce qui leur a été refusé par les instances compétentes par des décisions définitives. Si M. E expose dans ses écritures qu'il a passé en France les années 2000 à 2010, avant de repartir en Géorgie avec sa famille, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une insuffisance de motivation, ne faire état que des éléments les plus récents concernant le requérant et postérieurs à son retour en France avec sa compagne et leurs enfants en 2019. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont serait entaché l'arrêté contesté doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si le requérant soutient être présent sur le territoire français 2018, soit depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, il n'apporte pas la preuve d'une entrée en France antérieure à la date du 22 janvier 2019 retenue par le préfet des Côtes-d'Armor. Il ressort de la chronologie rappelée au point 1 que la durée de son séjour s'explique par la durée d'instruction de sa demande de protection internationale, puis par son refus de se soumettre aux mesures d'éloignement prises à son encontre les 7 septembre 2020 et 13 juin 2022, ainsi qu'aux mesures de surveillance prises pour leur exécution. Si le requérant, qui n'a pas demandé la régularisation de sa situation administrative, fait valoir qu'il a longtemps vécu, entre 2000 et 2010, en France, où il a été scolarisé à Nantes du cours préparatoire à la classe de quatrième, et où il compte de nombreux amis, il ne l'établit pas aucune pièce probante. En tout état de cause, il est constant qu'il est retourné en Géorgie où il a vécu de 2010 à 2018, donc jusqu'à l'âge de 28 ans, et où il a fondé une famille. Il n'est pas non plus rapporté la preuve d'une quelconque insertion en France, au plan social ou professionnel, de l'intéressé, qui a été interpellé à de nombreuses reprises par les forces de police ou de gendarmerie pour divers délits. M. E a déclaré lors de sa dernière audition par la police qu'hormis un oncle domicilié à Blois, il n'a pas de famille en France. Il ne dispose ni de moyens de subsistance ni d'un logement autonome, étant hébergé à Saint-Brieuc dans un appartement loué par un ami. Sa conjointe est elle-même en situation irrégulière en France. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, que le préfet des Côtes-d'Armor, en décidant à nouveau d'obliger M. E à quitter le territoire, comme il en avait la faculté en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnu les stipulations citées au point 9.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il n'est pas établi que les deux enfants de M. E et Mme C en âge scolaire, âgés de 8 ans et 5 ans à la date de la décision attaquée et scolarisés en France, ne pourront poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants au sens des stipulations précitées.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que le préfet des Côtes-d'Armor aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. E doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()".

12. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-2, ainsi que le 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. Elle expose que M. E, présent irrégulièrement en France, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il ne dispose d'aucune ressource licite et d'aucun logement propre, qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement auxquelles il ne s'est pas conformé, et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Dès lors, le moyen tiré par le requérant de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

13. En second lieu, M. E ne conteste pas valablement que, pour les motifs indiqués ci-dessus, il rentrait dans le champ d'application des dispositions précitées qui lui ont été appliquées. S'il fait valoir qu'il dispose à Saint-Brieuc d'un logement loué au nom d'une tierce personne, il ne s'agit pas, ainsi que l'a d'ailleurs estimé le juge des libertés et de la détention qui a prolongé son maintien en rétention, d'une garantie de représentation alors qu'il s'est, par deux fois déjà, soustrait à des mesures d'éloignement et aux mesures de surveillance prises pour l'exécution de celles-ci. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré avoir perdu son passeport géorgien et qu'il refusait de retourner dans son pays d'origine ou dans tout autre pays où il serait légalement admissible. Les moyens tirés par le requérant de ce que le préfet des Côtes-d'Armor, en décidant de lui refuser un délai de départ volontaire, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'un étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est en principe éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, rappelle la nationalité géorgienne de M. E et les démarches infructueuses engagées par celui-ci devant l'OFPRA et la CNDA, et énonce que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision est ainsi suffisamment motivée et révèle que le préfet des Côtes-d'Armor a examiné s'il existait un obstacle à ce que le requérant soit renvoyé en Géorgie. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit donc être écarté.

16. En second lieu, M. E n'invoque aucun risque qu'il encourrait personnellement et actuellement en cas de retour en Géorgie. Compte tenu également de ce qui a déjà été dit ci-dessus au point 7, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays vers lequel il est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

19. En premier lieu, la décision attaquée vise et cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile posant le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français assortissant la décision portant obligation de quitter le territoire français lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Il ressort des termes mêmes de cette décision que, pour déterminer la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Côtes-d'Armor a tenu compte de la durée de la présence de M. E en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, du fait qu'il s'était soustrait à plusieurs mesures d'éloignement, et il a également estimé dans son arrêté que la présence de l'intéressé, interpellé pour des violences conjugales, et, à quatre reprises, pour des délits routiers, constituait une menace pour l'ordre public. Il a donc examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché d'insuffisance de motivation sa décision de fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour prononcée contre l'intéressé.

20. En second lieu, d'une part, M. E, qui fait valoir pour l'essentiel les liens linguistiques et culturels qui le lient à la France depuis son enfance, n'invoque aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire. D'autre part, pour lui interdire de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans, le préfet des Côtes-d'Armor a pu considérer que, malgré une présence en France depuis quatre ans et demi, le requérant ne justifiait pas pour autant de liens en France pouvant être qualifiés d'anciens, intenses et stables. Le requérant, qui n'a pas de famille en France hormis un oncle, et qui ne s'est pas conformé à des mesures d'éloignement prise à son encontre et assorties de mesure de surveillance qu'il n'a pas respectées, ne justifie pas d'une insertion amicale ou sociale en France. Au contraire, ainsi que le fait valoir le préfet en défense sans qu'il lui soit répliqué, les renseignements recueillis auprès du parquet de Rennes révèlent que l'intéressé a été condamné pénalement cinq fois entre 2019 et 2022. Dans ces conditions, il ne peut être considéré qu'en décidant d'assortir son obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour et en fixant à trois ans la durée de cette interdiction le préfet des Côtes-d'Armor aurait commis une erreur d'appréciation ou méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens, invoqués par le requérant, ne peuvent qu'être écartés.

21. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet des Côtes-d'Armor.

Lu en audience publique le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303380

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions