vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, M. B A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert aux autorités allemandes et l'arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative moyennant la renonciation de l'avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert est entaché d'incompétence ;
- méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 7 du même règlement et l'article 2 du règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;
- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement n° 2003773 du 8 septembre 2020 du tribunal administratif de Rennes et l'arrêt n° 20NT03900 du 20 juillet 2021 de la cour administrative d'appel de Nantes ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vergne,
- les observations de Me Le Bihan, qui, après avoir souligné que l'état de santé de M. A, accompagné à l'audience par une infirmière du Centre Louis Guilloux, est particulièrement précaire et pourrait justifier une hospitalisation après l'audience, reprend et développe les moyens de la requête et fait valoir que : M. A s'est conformé à la première décision de transfert vers l'Allemagne, prise à son encontre en 2020, mais son état de santé s'est dégradé dans ce pays où il a été pris en charge mais a bénéficié de soins inadaptés qui n'ont pas permis une amélioration ; M. A, qui se souvenait avoir été bien traité à Rennes au Centre Louis Guilloux est donc revenu en France il y a quelques mois ; il n'avait pas eu le temps de déposer une demande de titre étranger malade quand il a fait l'objet d'un contrôle d'identité à la gare de Rennes ; malgré ses problèmes de santé, il ne s'est pas vu proposer un rendez-vous en préfecture lui permettant de déposer une demande de titre pour raisons de santé ; dans le cadre de la procédure de transfert, une seule brochure lui a été délivrée et il n'y a pas eu de d'entretien individuel ; la procédure applicable, qui devait être entièrement reprise, n'a donc pas été respectée ; la préfecture a préjugé de l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable, et ne lui a posé aucune question sur son parcours ; l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a donc été méconnu ; compte tenu de l'état de santé dont il est attesté par le certificat médical du 1er juin 2023, faisant état d'un risque de complications d'une exceptionnelle gravité à court ou moyen terme en cas de transfert en Allemagne ou de retour au Togo, la préfecture devait examiner la situation de M. A avec un soin particulier, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée, M. A étant réadmis en Allemagne sur le fondement du d) de l'article du règlement applicable ; le problème n'est pas celui d'une prise en charge ou d'un accès aux soins insuffisants en Allemagne, mais celui des conséquences du transfert lui-même, qui induit un risque de décompensation massive et de suicide ; il est à noter aussi qu'aucune demande officielle de protection internationale en bonne et due forme n'a été enregistrée en France postérieurement à celle de 2020 à l'origine de la première décision de transfert ; la réadmission en Allemagne au vu de cette première demande ancienne est impraticable, car hors délai ; de deux choses l'une : soit une demande d'asile a été formulée, et alors la procédure applicable n'a pas été respectée, M. A ayant été privé d'un entretien individuel en préfecture, ayant subi une audition par la police sans garantie, faute de compte rendu individuel qu'il aurait relu et signé, et ne s'étant pas vu remettre les deux brochures ; soit aucune demande d'asile n'a été formulée, auquel cas il n'y avait aucune raison de mettre en œuvre la procédure Dublin, et l'arrêté de transfert est dépourvu de base légale, seule une obligation de quitter le territoire étant envisageable dans ce cas de figure ; enfin, dès lors que M. A est réadmis en Allemagne sur le fondement de l'article 18.1 d) du règlement applicable, il court un risque effectif d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants et de retourner au Togo où il a vu ses parents assassinés sous ses yeux ;
- les observations de M. E, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui conclut aux mêmes fins que les écritures et qui fait valoir que : il n'était pas nécessaire que la brochure A soit remise à M. A, qui en avait déjà été destinataire ; M. A, ainsi que le reconnaît son avocate, n'a pas demandé à nouveau en France le bénéfice de la protection internationale ; si un entretien individuel était requis, M. A a bien été auditionné et rien n'interdisait que cet entretien se déroule ailleurs qu'en préfecture ; contrairement à ce que soutient l'avocate de M. A, il n'est pas établi que sa demande d'asile aurait été rejetée en Allemagne ; s'agissant de l'état de santé de l'intéressé, le transfert ne fait pas obstacle au traitement et à ce que M. A bénéficie de soins adaptés en Allemagne ;
- et les explications de M. A, qui, en réponse à la question qui lui est posée par le magistrat désigné sur le fait qu'il a déclaré lors de son audition par la police que sa demande d'asile était toujours en cours en Allemagne, explique que, lors de cette audition, il n'a rien pu dire, il se sentait mal, et n'a pu que répéter à plusieurs reprises, en réponse aux questions des policiers, qu'il ne se sentait pas bien. Il expose ne pas se souvenir d'avoir dit que sa demande d'asile était toujours en cours en Allemagne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant togolais, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 5 mars 2020. Le 8 juin 2020, il a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. La consultation du fichier Eurodac ayant alors révélé qu'il avait sollicité précédemment l'asile auprès des autorités allemandes, celles-ci ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 27 juillet 2020. Après accord exprès de reprise en charge de l'intéressé par les autorités allemandes le 31 juillet 2020, sur le fondement de l'article 18-1 d) du règlement (UE) n° 604/2013, la préfète d'Ille-et-Vilaine a, par des arrêtés du 2 septembre 2020, décidé son transfert vers l'Allemagne, État responsable de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département d'Ille-et-Vilaine. Les recours de l'intéressé contre ces décisions ont été rejetés le 8 septembre 2020 par le tribunal administratif de Rennes, puis le 20 juillet 2021 par la cour administrative d'appel de Nantes, et M. A a été effectivement transféré le 4 novembre 2020 vers l'Allemagne, où il aurait déposé une nouvelle demande d'asile le 23 novembre 2020. Ultérieurement, toutefois, à une date indéterminée, M. A est revenu en France. Contrôlé et entendu le 1er juin 2023 par la police aux frontières à Rennes dans le cadre d'une procédure de retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour, il a exposé qu'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade avait été déposée pour lui en octobre 2022 par son assistante sociale et qu'il était suivi médicalement en Allemagne, où il avait fait une demande d'asile toujours en cours. Par des arrêtés du 28 juin 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine après s'être assuré de l'accord de reprise en charge des autorités a ordonné le transfert de M. A aux autorités allemandes et prononcé son assignation à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
4. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 23 mars 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à M. C F, en sa qualité de chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, pour signer notamment les arrêtés de transfert et d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
Sur l'arrêté de transfert :
5. En premier lieu, si le requérant fait valoir qu'il n'est pas justifié par la préfecture de ce qu'il a bénéficié de l'entretien individuel et de la remise des informations prévus par les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ces obligations de recueil et de remise d'informations s'appliquent aux étrangers qui présentent une demande de protection internationale. Or, au cas d'espèce, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des déclarations à l'audience de M. A que celui-ci aurait déposé une nouvelle demande de protection internationale en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce qu'il aurait dû être reçu en entretien individuel à fin de détermination du pays responsable de sa demande d'asile, et se voir remettre la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", brochures qui lui avaient au demeurant déjà été remises antérieurement, ne peuvent, en tout état de cause être accueillis .
6. En deuxième lieu, l'avocate du requérant fait valoir oralement à l'audience le moyen nouveau tiré de ce que la procédure de transfert ne pouvait être mise en œuvre à l'encontre de M. A dès lors que celui-ci n'avait pas demandé l'asile en France, l'intéressé en relevant dans cette hypothèse que de la procédure de l'obligation de quitter le territoire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, M. A rentrait dans les prévisions des dispositions, qui lui ont été appliquées, de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 aux termes duquel " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ". Le moyen tiré de l'erreur de droit ou de procédure analysé ci-dessus en peut, par suite, qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. () ". L'article 2 du règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 précise qu'" une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs des requêtes et les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquelles elle se fonde ".
8. M. A fait valoir qu'il est impossible de savoir si la requête aux fins de prise en charge adressée aux autorités allemandes répondait aux exigences des dispositions citées au point précédent et si notamment elle exposait la nature et les motifs de la requête ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 sur lesquelles elle se fondait. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a toutefois produit à l'instance le formulaire de requête qu'il a adressé aux autorités allemandes ainsi que son accusé de réception du 5 juin 2023. Cette requête expose le fondement textuel de la demande de prise en charge de M. A, à savoir l'article 18 paragraphe 1, point b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et apporte des précisions sur la situation personnelle de l'intéressé. La demande de prise en charge comporte ainsi les motifs et la nature de cette demande. Les autorités allemandes ont, le 7 juin 2023, donné leur accord à la reprise en charge de M. A sur le fondement l'article 18 paragraphe 1, point d) du règlement, repris par le préfet pour motiver sa décision de transfert, et correspondant à la situation de l'étranger dont la demande d'asile a été rejetée par le pays requis. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision de transfert attaquée méconnaît les dispositions des articles 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 2 du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014.
9. En quatrième lieu, aux termes des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".
10. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'accord de reprise en charge des autorités allemandes et de la décision de transfert elle-même que, contrairement à ce qui est inexactement soutenu en défense, M. A est transféré en Allemagne sur le fondement l'article 18 paragraphe 1, point d) du règlement et correspondant à la situation de l'étranger dont la demande d'asile a été rejetée par le pays requis, la décision litigieuse n'a elle-même pas pour objet ni pour effet de renvoyer le requérant au Togo, mais de le transférer en Allemagne, État responsable de sa demande de protection internationale et tenu à ce titre de les reprendre en charge, et pour lequel il n'est ni établi ni réellement soutenu qu'il existerait des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Si M. A soutient que l'Allemagne a d'ores et déjà rejeté sa demande d'asile, information corroborée, malgré ce que le requérant a déclaré en audition à la police aux frontières le 1er juin 2023, par le motif retenu par cet État pour le réadmettre sur son territoire, soit le d) de l'article 18.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il n'est ni démontré ni même allégué que cette décision serait sans recours possible et il ne peut être considéré comme établi, en l'état du dossier, ni que le requérant ferait d'ores et déjà l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire exécutoire prescrivant son éloignement vers le Togo, ni que, ces mesures d'éloignement étant intervenues et étant définitives, leur exécution d'office ne pourrait plus être empêchée par l'exercice d'aucun recours. Il n'est pas non plus établi que les autorités allemandes n'évalueraient pas d'office, au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales les risques réels de mauvais traitements qui pourraient naître pour l'intéressés d'un éventuel retour au Togo au regard des informations disponibles actualisées relatives à la situation de sécurité dans ce pays ou d'une éventuelle incompatibilité de l'état de santé du requérant avec tout retour dans son pays d'origine. Au surplus, le requérant se borne, pour établir d'éventuelles craintes de subir au Togo des traitements contraires aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne à soutenir oralement par la voix de son avocat qu'" il a vu ses parents assassinés sous ses yeux ", sans autre précision .
11. D'autre part, le requérant se prévaut d'un certificat établi par le docteur D, médecin généraliste du centre médical Louis Guilloux de Rennes, attestant du suivi de M. A par ce centre mais également par le Centre médico-psychologique (CMP) Saint-Exupéry lors de son arrivée en France en 2020 puis après son retour d'Allemagne. Ce certificat, établi le jour même et dans le contexte de la retenue administrative de M. A le 1er juin 2023, atteste en premier lieu " que l'état de santé mentale de M. A n'est pas compatible avec un maintien en détention " et insiste sur des vulnérabilités majeures et un risque de passage à l'acte suicidaire élevé du patient pour lequel celui-ci est suivi. Il énonce en conclusion qu'" un transfert en Allemagne ou un retour au Togo font courir le risque de complications d'une exceptionnelle gravité à court ou moyen terme. " Toutefois, ce document communiqué dès le 1er juin 2023 au services préfectoraux et pris en compte par le préfet dans sa décision n'a pas été complété et conforté par d'autres éléments médicaux postérieurs émanant de médecins ou de services spécialisés. Il ne peut donc être considéré, en l'état du dossier, alors que surplus que cet argument avait déjà examiné et écarté par le tribunal administratif de Rennes et la cour administrative d'appel de Nantes dans leurs décisions susvisées de 2020 et 2021, que l'autorité administrative aurait entaché son arrêté d'erreur d'appréciation en estimant que la pathologie de M. A ne faisait pas obstacle à son transfert en Allemagne, pays où il avait déjà été pris en charge et où i n'est pas établi qu'il ne pourrait l'être à nouveau. Et si M. A a déclaré à la police le 1er juin 2023 qu'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade avait été déposée pour lui en octobre 2022 par son assistante sociale, l'existence d'une telle demande n'est pas établie et il ne peut être fait grief à l'administration de ne pas l'avoir enregistrée.
12. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance par l'autorité administrative des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent être accueillis et les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert doivent être rejetées.
13. Toutefois, ainsi que l'a jugé le Conseil d'État notamment dans un arrêt du 7 avril 2006 (n° 274713), des circonstances survenues ou révélées postérieurement à la décision administrative contestée peuvent, le cas échéant et alors même que cette décision serait légale, s'opposer à une exécution d'une mesure d'éloignement telle qu'une décision de transfert. M. A, francophone, s'est présenté avec son avocate à l'audience, où il s'est exprimé et a répondu de façon confuse aux questions du magistrat désigné. Il était accompagné d'une personne se présentant comme une infirmière du centre Louis Guilloux et son avocate a exposé qu'une hospitalisation à la sortie de l'audience était imminente. Ces circonstances, à rapprocher de la teneur alarmante du certificat médical récent établi le 1er juin 2023, faisant état de vulnérabilités majeures et d'un risque de passage à l'acte suicidaire élevé, peuvent être de nature à faire obstacle à l'exécution de la décision de transfert prononcée à l'encontre du requérant tant que le préfet ne s'est pas assuré, au besoin en consultant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'état de santé de l'intéressé est compatible avec l'exécution d'une telle mesure.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
14. Il résulte des motifs retenus aux points précédents que le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence est illégal en conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée. Toutefois, l'arrêté du 28 juin 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine ne pourra recevoir application que dans les conditions rappelées au point 13 du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G.-V. VergneLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026