jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023 à 17h02, M. C B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été pris par une autorité habilitée ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il justifie de garanties de représentation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors qu'elle ne se prononce pas sur l'ensemble des critères ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon ;
- les observations de Me Fleck, avocat commis d'office, représentant M. B : elle explique qu'il est fils d'une mère algérienne vivant au Maroc et d'un père marocain, aujourd'hui décédé, qu'il a quitté le Maroc très jeune, y est retourné à la suite d'une obligation de quitter le territoire français puis est retourné en France, qu'il a utilisé différentes identités en raison de sa crainte d'être arrêté, qu'il a eu une première femme au Maroc avec laquelle il a eu des enfants, qu'il est actuellement en couple avec une française d'origine marocaine par ailleurs mère de trois enfants, rencontrée au Maroc et qu'il connait depuis longtemps, qu'ils ont vécu ensemble trois mois avant son incarcération à Nantes et qu'il a refusé qu'elle vienne le voir en parloir mais qu'ils sont toujours en contact et souhaitent poursuivre un projet de vie ; elle précise que contrairement à ce qui ressort des pièces du dossier il vit avec elle depuis deux ans ; elle abandonne le moyen tiré de l'incompétence et rappelle les moyens invoqués tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire en raison de l'existence de garanties de représentation
- les explications de M. B, assisté d'une interprète : il explique souhaiter aller à l'adresse de sa compagne avec laquelle il est marié religieusement.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fonde sur la circonstance que M. B déclare être entré sur le territoire français en 2017 puis être revenu en 2021 en situation irrégulière, qu'il est défavorablement connu des services de police en raison de multiples condamnations, qu'il ne justifie d'aucune ressource préalablement à son incarcération, qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident des membres de sa famille et où il a résidé jusqu'à l'âge de 19 ans, qu'il ne maîtrise pas la langue française et n'établit pas détenir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France, qu'il est marié avec une ressortissante marocaine résidant au Maroc, qu'il n'établit pas d'un état de santé qui s'opposerait à son éloignement vers son pays d'origine, ni de l'exposition à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, que sa situation justifie que la mesure d'éloignement soit exécutée sans délai en application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation entre dans les cas de figure prévus par les 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, que l'ensemble de ces circonstances justifient que soit prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dans ces conditions, en prenant l'arrêté attaqué, qui contient les motifs de droit et de fait en constituant le fondement, le préfet a suffisamment motivé son arrêté. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Si M. B, qui déclare être entré sur le territoire français en 2017 puis être revenu en 2021, fait valoir qu'il est en couple avec une ressortissante française, Mme E, cette seule circonstance, au soutien de laquelle M. B produit seulement une attestation de domicile de Mme E indiquant héberger une personne dénommée M. A D, qui constitue une des fausses identités de M. B, n'est pas de nature à démontrer que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. En outre, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le requérant est marié à une ressortissante marocaine résidant au Maroc et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc et en Algérie où résident sa mère, son frère et ses trois sœurs et où il a résidé jusqu'à l'âge de 19 ans. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que si M. B a indiqué lors de l'audition du 5 juin 2023 être titulaire de deux passeports algérien et marocain, il n'a pas été en mesure de présenter de documents d'identité en cours de validité dès lors qu'il précise que ces documents se trouvent en Algérie. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a de manière répétée fait usage de fausses identité, ainsi qu'il ressort des procédures pénales dont il a fait l'objet et de l'attestation de domicile rédigée par sa compagne, qui mentionne une personne dénommée M. A D et non M. B. À ce titre, si M. B soutient qu'il présentait des garanties suffisantes au regard du 8° de l'article L. 612-3 précité au motif qu'il avait indiqué résider chez sa compagne avant son incarcération, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer ce point, seule l'attestation de domicile précitée mentionnant une communauté de vie dans des termes imprécis. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que M. B ne présentait pas de garanties suffisantes au regard du 8° de l'article L. 612-3 précité. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () "
7. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
8. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B d'une telle interdiction.
9. D'autre part, eu égard aux circonstances indiquées au point 3 du présent jugement et dont il résulte que M. B ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France, et de la circonstance que M. B est défavorablement connu des services de police, bien que le préfet de la Loire-Atlantique n'ait pas reconnu qu'il constituait une menace pour l'ordre public, cette autorité, en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
10. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Lu en audience publique le 6 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
signé
C. DayonLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026