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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303445

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303445

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juin et 4 juillet 2023, M. B A, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Salin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la requête est recevable ;

- sur le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité habilitée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- elles n'ont pas été rendues à l'issue d'une procédure régulière dès lors que le collège des médecins de l'OFII devait être saisi ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé.

- sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Vu :

- l'ordonnance du 29 juin 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. A pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les observations de Me Salin, représentant M. A : il explique que M. A est originaire d'Haïti, qu'il se rend en France régulièrement depuis 2017 et qu'il s'agit de sa première rétention en centre de rétention administrative, à l'occasion de laquelle il a appris l'existence de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet ; il considère que la requête n'est pas tardive dès lors que la dernière adresse connue de M. A n'a pas été prise en compte, qu'il a été entendu le 12 août 2022 et a indiqué résider avec un ami, ce dont la préfecture n'a pas tenu compte pour notifier l'arrêté contesté, que son ex-compagne atteste n'avoir reçu aucun avis de passage à son domicile, que les mentions de la capture d'écran du site de suivi des lettres recommandés de la Poste comportent des incohérences et qu'il appartient à l'administration de prouver que l'enveloppe a été présentée et comporte les mentions suffisantes pour faire partir le délai ; il explique que depuis le 3 novembre 2022, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) appelle à suspendre tout renvoi de ressortissant haïtien vers leur pays en raison de la situation sécuritaire notamment ; il ajoute que l'avis médical au dossier décrit les difficultés du système de santé haïtien et atteste de la nécessité pour M. A de bénéficier d'un suivi médical en France,

- La parole a été donnée à M. A qui n'a rien ajouté.

Le préfet des Yvelines n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

1. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

2. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté attaqué du 24 février 2023 doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Rennes en tant qu'elles concernent la décision de refus de titre de séjour. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que des conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de la légalité externe :

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Yvelines a donné délégation de signature à M. C D, directeur des migrations, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son bureau. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. En outre, pour prendre cette décision, le préfet des Yvelines a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. A soutient que son état de santé nécessitait la consultation du collège des médecins de l'OFII avant que soit prononcée à son encontre une obligation de quitter le territoire français, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il avait produit des éléments ou informé le préfet de sa situation médicale, de sorte que le préfet, dont la légalité de la décision s'apprécie à la date de son édiction, n'était pas tenu de solliciter un tel avis médical. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A fait valoir qu'il est atteint d'une pathologie psychiatrique (schizophrénie) nécessitant une prise en charge médicale et produit à ce titre une ordonnance et un avis médical faisant état de la nécessité d'une prise en charge dont le défaut serait susceptible d'emporter des conséquences d'une particulière gravité pour M. A, et qui est insusceptible d'être garantie de manière adéquate en Haïti. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces documents ont été édictés le 5 juin et le 3 juillet 2023, soit postérieurement à la décision attaquée. En outre, l'avis médical produit par M. A fait état en des termes généraux, tout comme les articles de presse produits par le requérant, des difficultés du système de santé haïtien et ne démontre pas que l'intéressé serait insusceptible de bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Par ailleurs, le communiqué du Haut-commissariat aux réfugiés du 3 novembre 2022 appelant à suspendre les expulsions vers Haïti en raison d'un climat d'insécurité généralisé ne fait pas état d'éléments de nature à démontrer que M. A ne pourra bénéficier d'une prise en charge adaptée de sa pathologie. Dans les circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué, dont la légalité s'apprécie à la date du son édiction, ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel M. A serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, le préfet des Yvelines s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté attaqué contient les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, notamment de son exposition à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Haïti. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. Si M. A soutient que son renvoi en Haïti aura pour effet de l'exposer à des traitements inhumains et dégradants en raison de sa santé et de la situation d'insécurité généralisée dans le pays, il ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit, qu'il est insusceptible de faire l'objet d'une état de santé adaptée à sa pathologie dans ce pays de sorte qu'il ne démontre pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à ce titre. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A n'apporte, au soutien de ses allégations relatives aux risques qu'il encourt en raison de l'insécurité en Haïti, un récit peu circonstancié et des articles de presse qui ne sont pas de nature à démontrer la réalité des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour en Haïti. Dans ces conditions, le moyen doit, dans les circonstances de l'espèce, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Yvelines, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1911 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A, dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 24 février 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Lu en audience publique le 4 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. DayonLa greffière,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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