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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303465

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303465

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin et 27 août 2023, M. B C, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivée et entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- et les observations de Me Delagne, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né en 2002, est entré en France le 30 décembre 2017 accompagné de sa mère, alors qu'il était mineur, sous couvert d'un visa de type C. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. C demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité à la préfecture du Morbihan, en vertu d'une délégation qui lui a régulièrement été donnée par un arrêté du préfet du 29 août 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 août 2022.

Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.

3. En deuxième lieu, M. C fait valoir que l'arrêté attaqué omet de mentionner qu'il a vécu hors de son pays d'origine depuis plus de dix ans, qu'il n'a plus aucune connaissance ni attaches au Gabon car il vivait en Côte-d'Ivoire avant son entrée en France, que son père l'a abandonné à la naissance et qu'il n'a jamais entretenu de lien avec ce dernier, que sa mère est titulaire d'une carte de résident en qualité de parent d'enfant français et que sa sœur et son beau-père, avec lequel il vit depuis plus de dix ans et qui l'a élevé avec sa mère, possèdent la nationalité française. Toutefois, d'une part, la régularité en la forme d'une décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs. D'autre part, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle la présence en France de M. C depuis cinq ans, qu'il est célibataire et sans enfants, que sa mère est titulaire d'une carte de résident et qu'il ne justifie pas de son insertion dans la société française. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C et l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne garantissent pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en décembre 2017 à l'âge de quinze ans, réside habituellement depuis lors chez sa mère et le compagnon de sa mère, M. A de nationalité française, avec sa demi-sœur, Maëlys A, née en 2015 et de nationalité française. Si l'intéressé soutient qu'il vivait en Côte-d'Ivoire avant son entrée en France auprès de sa mère, de son beau-père et de sa demi-sœur et qu'il a donc vécu hors du Gabon depuis dix ans, il établit seulement qu'il a été scolarisé en 2016-2017 en Côte-d'Ivoire, que sa demi-sœur y est née en 2015 et que sa mère y a bénéficié d'un titre provisoire de séjour valable du 6 mai 2017 au 23 mars 2024. Par ailleurs, si M. C affirme qu'il vit avec sa mère et son beau-père depuis dix ans, il ne verse aucune pièce au dossier de nature à l'établir. En tout état de cause, la présence régulière de sa mère, son beau-père et sa demi-sœur sur le territoire français ne confère à M. C aucun droit particulier au séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a, compte tenu de son âge, vocation à créer sa propre cellule familiale. Enfin, M. C se prévaut du suivi d'une scolarité professionnelle " Gestion-Administration " de 2018 à 2021, mais il ressort des pièces du dossier que ses résultats scolaires sont tout juste satisfaisants du fait d'un fort absentéisme expliquant son décrochage scolaire et qu'il n'a pas obtenu son baccalauréat. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, quand bien même l'intéressé âgé de 21 ans à la date de la décision attaquée, déclare une adresse chez sa mère et a une demi-sœur de nationalité française, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

Mme Tourre, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Tourre Le président,

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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