vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, le préfet du Finistère demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme B D et M. A C du logement, relevant du dispositif PRADHA Adoma de Landivisiau, qu'ils occupent 4, passage Jean-Bart (appartement n° 32 - 3ème étage) à Landivisiau ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du PRADHA Adoma afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et M. C à défaut pour eux de les avoir emportés.
Le préfet soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de l'expulsion sollicitée sont satisfaites, le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile étant saturé tant à l'échelle régionale que départementale ;
- sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse, les demandes d'asile de Mme D et M. C ayant été définitivement rejetées et ces derniers ne disposant plus du droit de se maintenir dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, Mme D et M. C, représentés par Me Blanchot, concluent :
1°) à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, au sursis à statuer à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) à la mise à la charge de l'État de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous réserve de la renonciation de celle-ci à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le dispositif d'hébergement spécifique des demandeurs d'asile ne présente pas un niveau de saturation alors que chaque mois des familles quittent leur logement et que l'offre disponible doit s'apprécier au niveau national ou régional ;
- ils justifient de circonstances exceptionnelles, en raison de leur état de santé mentale dégradé, de la présence de leurs deux enfants qui sont scolarisés et de leur intention de voir leurs demandes d'asile réexaminées, et d'une contestation sérieuse, en raison de l'incompétence de l'auteur de la mise en demeure ;
- subsidiairement, en vertu des dispositions du code de procédure civile rendues applicables à leur situation par l'article L. 613-1 du code de la construction et de l'habitation, ils doivent bénéficier d'un sursis de six mois, le temps que le réexamen de leurs demandes d'asile aboutisse et que leurs démarches pour trouver un hébergement d'urgence aboutissent également.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Met, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juillet 2023 :
- le rapport de M. Met,
- et les observations de Me Douard, substituant Me Blanchot, représentant Mme D et M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens qu'il développe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgences, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. Mme D et M. C justifient avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Dès lors, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de son article L. 551-11 : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de son article L. 542-1 : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de son article R. 552-15 : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / () Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. Mme D et M. C, ressortissants géorgiens, sont entrés irrégulièrement en France le 19 mai 2022. Ayant sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile, ils ont bénéficié d'un hébergement temporaire dans un logement relevant du dispositif du PRAHDA Adoma de Landivisiau, à compter du 11 juillet 2022. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 31 août 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile par décisions du 15 février 2023, notifiées respectivement les 20 et 21 suivants à M. C et à Mme D. Par un courrier du 1er mars 2023, qui leur a été notifié le 22 suivant, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a signifié à Mme D et M. C la fin de leur prise en charge et leur a demandé de prendre toutes les dispositions utiles pour quitter le logement qu'ils occupaient, avant le 31 mars 2023. Les intéressés n'ayant pas libéré les lieux, le préfet du Finistère les a mis en demeure, par un courrier du 5 mai 2023, notifié le 11, de quitter et libérer leur logement dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure est restée infructueuse.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère, a reçu, par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022 régulièrement publié, délégation permanente de signature, en toutes matières, de tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de certains d'entre eux, au nombre desquels les mises en demeure prises sur le fondement de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne figurent pas. Par ailleurs, Mme D et M. C, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, ne bénéficient plus du droit d'être hébergés dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. Leur intention de solliciter le réexamen de leurs demandes d'asile ne saurait en tout état de cause justifier leur maintien dans le logement qu'ils occupent. Enfin, ni la scolarisation de leurs deux enfants, ni la prise en charge de leur dépression ne constituent, en l'espèce, des circonstances particulières de nature à faire obstacle à leur expulsion. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expulsion présentée par le préfet du Finistère ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à la date du 30 avril 2023, 99,70 % des places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile et 99,50 % des places en hébergement temporaire relevant du dispositif d'HUDA/PRAHDA et du programme d'accueil des demandeurs d'asile étaient occupées en région Bretagne, ces taux s'élevant pour ces deux catégories de structure à 99,70 % dans le département du Finistère. Le dispositif d'hébergement et d'accueil des demandeurs d'asile doit donc être regardé comme saturé tant en région Bretagne que dans le département du Finistère. En outre, à la même date, 74 familles ayant présenté une demande d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département du Finistère. Par suite, le maintien dans les lieux de Mme D et M. C fait obstacle à l'accueil d'autres familles ayant vocation à bénéficier de ce dispositif. Ainsi, l'expulsion des intéressés présente un caractère d'urgence et d'utilité.
9. Si, au soutien de leur demande d'octroi d'un délai de six mois pour quitter le lieu d'hébergement, les requérants se prévalent des dispositions de l'article L. 613-1 du code de la construction et de l'habitation et celles des articles L. 412-3 et L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution régissant le sursis à l'exécution des décisions d'expulsion, ces dispositions ne sont pas applicables aux décisions prononcées sur le fondement des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point 4. En tout état de cause, les intéressés ont déjà pu bénéficier d'une période d'hébergement supplémentaire d'un peu plus de deux mois, et les circonstances qu'ils invoquent ne sont pas de nature, en l'espèce, à justifier que le délai qu'ils sollicitent leur soit accordé.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Finistère tendant à l'expulsion de Mme D et M. C ainsi que de leurs biens du logement qu'ils occupent 4, passage Jean-Bart (appartement n° 32 - 3ème étage) à Landivisiau. Faute pour les intéressés et toute personne les accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du PRAHDA Adoma de Landivisiau, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et M. C, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions susvisées de Mme D et M. C ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D et M. C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme D et M. C de libérer le logement, relevant du PRAHDA Adoma de Landivisiau, qu'ils occupent 4, passage Jean-Bart (appartement n° 32 - 3ème étage) à Landivisiau et d'évacuer leurs biens.
Article 3 : À défaut pour Mme D et M. C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2, le préfet du Finistère pourra faire procéder d'office à leur expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de huit jours à compter de la notification de cette ordonnance.
Article 4 : Le préfet du Finistère est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du PRAHDA Adoma, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et M. C, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par Mme D et M. C est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme B D et M. A C et à Me Blanchot.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 28 juillet 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Met
La greffière d'audience,
signé
V. Le Boëdec
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026