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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303814

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303814

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantGOYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 23016328 du 13 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Rennes la requête, enregistrée le 11 juillet 2023, présentée par Mme C B, représentée par Me Goyon.

Par cette requête et des pièces, enregistrées les 17 juillet, 7 et 8 août 2023, Mme C B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet doit justifier de la compétence du signataire ;

- il appartient au préfet de police de démontrer l'existence de la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile et que celle-ci a bien été lue en audience publique ou notifiée à la requérante, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français contestée ;

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle ;

- le préfet n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de son enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle encourt des risques en cas de retour en Gambie.

Par mémoires, enregistrés les 20 juillet et 8 août 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante gambienne née en 1994 qui est entrée en France, selon ses déclarations, le 7 février 2021. Le 6 mai 2021, elle a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 juillet 2022. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 avril 2023. Le 9 juin 2023, le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. En ce qui concerne l'absence d'atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale, le préfet a indiqué, dans les motifs de son arrêté, qu'il convenait de tenir compte " des circonstances propres au cas d'espèce " sans autres précisions sur les liens familiaux de l'intéressée en France, alors que la fiche extraite de la base de données " Telemofpra ", relative à l'état des procédures de demande d'asile, produite par le préfet, révèle que Mme B avait pour conjoint, M. E A, que le préfet a lui-même indiqué, en cours d'instance, que celui-ci avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 9 juin 2023 et que la requérante établit qu'elle et M. A étaient les parents de deux enfants nés en 2018 et 2021. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée sur ce point et à demander, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, son annulation ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. L'exécution du présent jugement implique seulement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le réexamen, par le préfet de police de Paris de la situation de Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. L'État étant partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge le versement à Me Goyon d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous la double réserve que soit accordée, à titre définitif, l'aide juridictionnelle à la requérante et que son avocate renonce au bénéfice de la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris a obligé Mme B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État versera à Me Goyon une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous la double réserve que soit accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et que son avocate renonce à la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. D La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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