mardi 22 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SOCIETE DAVOCATS SEBAN ARMORIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 26 juillet et 4 et 16 août 2023, la SCI Rocher Portail, représentée par Mes Bonnat et Costard, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre aux communes de Maen Roch et des Portes du Coglais et/ou au préfet d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de faire réaliser, avant tous travaux, un diagnostic géotechnique complet de la structure de la digue et du pont supportant la voie communale n° 87, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre à ces maires et/ou à ce préfet d'interdire définitivement la circulation sur le pont et de réaliser une déviation pour désenclaver les propriétés de la SCI Rocher Portail et de la SCEA Deroyant dès la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Maen Roch, de la commune des Portes du Coglais et du préfet d'Ille-et-Vilaine la somme de 2 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie s'agissant de la réalisation de l'étude géotechnique préalable avant travaux, la sécurité des usagers de la digue et du pont étant menacée, compte tenu des indications contenues dans le rapport d'expertise du 26 juin 2023 selon lesquelles l'effondrement de la digue et du pont était en cours et les désordres présentaient un caractère évolutif ; les communes défenderesses ne peuvent faire valoir un défaut d'urgence à réaliser une étude préalable alors qu'elles ont attendu plus de deux années avant d'envisager des travaux de confortement du pont ;
- la réalisation de cette étude présente un caractère d'utilité conformément aux indications du rapport d'expertise selon lesquelles il n'est pas certain que l'ouvrage, compte tenu de la complexité de sa maçonnerie, supporte les sollicitations vibratoires attendues pour les forages envisagés pour l'installation d'une passerelle métallique, alors qu'il n'est pas établi que la digue, qui supporterait cette passerelle, serait en capacité de supporter également le passage de poids-lourds ;
- l'étude géotechnique dont le rapport a été rendu le 31 juillet 2023 ne concerne que le pont et non la digue ; de l'aveu même du bureau d'étude, son diagnostic n'est ni complet ni suffisant, ne remplit pas les attendus de l'entreprise chargée de réaliser les travaux de confortement du pont, n'a été effectué qu'à l'Eurocode 7 et ne tient pas compte de la présence de la canalisation présente à l'intérieur de l'ouvrage ; la réalisation de nouveaux forages destructifs dans la digue risque de créer de nouveaux désordres, notamment des voies d'eau ;
- les travaux envisagés par les deux communes de Maen Roch et des Portes du Coglais méconnaissent les dispositions du code du patrimoine relatives aux ouvrages classés monument historique ;
- l'interdiction de circulation sur le pont et la réalisation d'une déviation présentent également un caractère d'utilité, cette mesure ayant été initialement sollicitée par les services de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine d'Ille-et-Vilaine et de la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne puis préconisée par l'expert et l'étude géotechnique du 31 juillet 2023 ; les arrêtés adoptés par les deux maires concernés ne sont ni respectés ni suffisants ;
- une déviation pour désenclaver les deux propriétés concernées sera, dans ce cas, indispensable ; des extensions du réseau routier sont possibles, notamment entre l'exploitation de la SCEA Deroyant, vers l'exploitation de l'EARL La Brance ou le lieu-dit La Championnière ou par restauration de l'ancienne route de La Cordionnais vers le lieu-dit Pichonnais, ou encore en traçant une liaison directe depuis la route départementale 17 ;
- les mesures sollicitées ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ; les ouvrages concernés sont des ouvrages publics ; l'abstention des communes à agir est constitutive d'une faute susceptible d'engager leur responsabilité ; le préfet n'a pas fait usage des pouvoirs de police qu'il tient des articles L. 2215-1, 1° et 3° et L. 2215-3 du code général des collectivités territoriales ; les communes ne sont pas opposées, par principe, à la réalisation de travaux, ayant conclu une convention de co-maîtrise d'ouvrage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'est pas compétent s'agissant des études géotechniques dont la réalisation est demandée ; en application des articles L. 115-1, L. 141-8, L. 141-9 et L. 141-10 du code de la voirie routière, il n'appartient qu'aux maires concernés de faire réaliser cette étude, aux frais de leurs deux communes, les services de l'État n'assurant, au titre du classement de l'ouvrage aux monuments historiques, qu'un contrôle scientifique et technique et son concours à l'aide de subventions, sans aucunement assurer ni la maîtrise d'œuvre, ni la maîtrise d'ouvrage ;
- la police spéciale de la circulation sur les voies communales relevant de la compétence exclusive des autorités communales, il ne dispose d'aucun pouvoir de substitution, et ne peut, sans excéder ses compétences, rapporter les arrêtés de police pris par les maires concernés ;
- la demande présentée par la société requérante ne présente pas un caractère d'urgence, seuls les travaux de sécurisation provisoire du pont, prévus en concertation par les services de l'État et des deux communes concernées, présentant un caractère d'urgence permettant de gagner du temps, pour réaliser ensuite un diagnostic complet et trouver la solution pérenne conciliant l'ensemble des contraintes en présence.
Par un mémoire, enregistré le 15 août 2023, la commune de Maen Roch et la commune des Portes du Coglais, représentées par Me Manhes, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint à la réalisation d'un diagnostic géotechnique complémentaire permettant d'assurer l'absence de désordres des fondations du château aux seuls frais de la SCI Rocher Portail et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- elles s'efforcent de réaliser conjointement et dans les plus brefs délais les travaux nécessaires à la consolidation de la voute du pont, sous contrainte du code de la commande publique, de la position de l'architecte des Bâtiments de France, de la période estivale et des limites de la co-maîtrise d'ouvrage entre deux personnes publiques ;
- elles ne sont pas liées par l'avis de la conservatrice régionale des monuments historiques pour l'exercice de leurs pouvoirs de police de circulation sur les voies communales ; leurs arrêtés concilient, dans le respect du principe de proportionnalité, les intérêts divergents en présence ; ces arrêtés n'ont pas été contestés, en temps utile, par la société requérante ;
- rien ne les obligeait à prendre une mesure de police identique, tant qu'elles sont harmonisées ;
- elles déplorent que des véhicules lourds continuent à circuler sur le pont et que leurs arrêtés respectifs ne soient pas respectés, mais en minimisent les conséquences compte tenu du confortement adéquat que constitue la pose de plaques en acier sur la route ; en tout état de cause, le litige éventuel et distinct relatif au non-respect de leurs deux arrêtés de police relève de la répression pénale au titre de l'article R. 610-5 du code pénal ;
- la prescription par le juge d'une étude géotechnique complète n'a pas le caractère d'une mesure conservatoire, dès lors qu'en cours d'instance, l'étude sollicitée a été produite le 31 juillet 2023 ;
- la demande de la société requérante de faire réaliser une étude " avant tous travaux " est antinomique de la condition d'urgence, l'urgence consistant plutôt à conforter l'ouvrage et de réaliser sa mise en sécurité, alors que le site a déjà fait l'objet d'un rapport de l'Apave en janvier 2021, du rapport de constat de l'expert désigné par le tribunal rendu le 26 juin 2023, et, en cours d'instance, d'une étude géotechnique relative à la structure de la digue et du pont, complétée de forages, topographie, lithologie, caractéristiques mécaniques des sols et hydrogéologie ;
- pour les mêmes motifs, la demande de la société requérante est dépourvue d'utilité ;
- la demande de la société requérante tendant à l'interdiction définitive de la circulation sur le pont est irrecevable, d'une part, à défaut pour la mesure sollicitée de présenter un caractère provisoire et, d'autre part, car la société requérante aurait pu obtenir les mêmes résultats par la voie d'un référé-suspension assorti d'une demande d'injonction ;
- une étude géotechnique complète qui comprendrait également l'examen des risques encourus par les fondations du château ne servirait que les seuls intérêts de la société requérante et ne peut qu'être mise à la charge de la société requérante ;
- la demande tendant à l'interdiction définitive de la circulation sur le pont fait obstacle à l'exécution de leurs deux arrêtés municipaux ;
- la satisfaction d'une telle demande se heurte à une contestation sérieuse car un arrêté de police interdisant définitivement toute circulation sur le pont présenterait un caractère d'interdiction générale disproportionnée, alors que les plaques en acier posées sur la route permettent déjà de mieux répartir les charges roulantes sur le pont ;
- la déviation provisoire demandée par la société requérante ne présente pas un caractère provisoire ;
- la demande de création d'une telle déviation se heurte à un obstacle majeur que constitue l'absence de maîtrise foncière des communes défenderesses.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code du patrimoine ;
- le code pénal ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Desbourdes, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 août 2023 :
- le rapport de M. Desbourdes ;
- les observations de Me Bonnat, représentant la SCI Rocher Portail, qui a :
- rappelé le contexte de la saisine du juge des référés, en particulier notamment le passage sur le pont, à l'heure actuelle, de camions jusqu'à 38 tonnes, selon une fréquence de l'ordre d'une dizaine de fois par jour, la circonstance que la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne a refusé la démolition-reconstruction de l'ouvrage et la prévision de forages destructifs à réaliser par l'entreprise Quelin sur la digue maçonnée classée au titre des monuments historiques ;
- contesté la position des défendeurs quant à l'absence d'urgence à faire réaliser des travaux alors que les risques d'effondrement du pont résultent de leur inertie à intervenir depuis la première alerte faite en décembre 2020 ;
- insisté sur l'insuffisance de l'étude réalisée le 31 juillet 2023, qui ne porte que sur le pont et n'a pas permis de déterminer avec certitude les caractéristiques géologiques et techniques des fondations de cet ouvrage et préconise en conséquence plusieurs méthodes d'intervention différentes pour sa consolidation ;
- précisé que ses conclusions à fin d'injonction à la réalisation d'une étude géotechnique portent sur le pont et la digue et non sur les fondations du château ;
- précisé ses conclusions à fin d'interdiction de circulation sur le pont, pour que soit ordonné, à tout le moins, une interdiction temporaire de circulation en fonction du tonnage, y compris pour les besoins de l'exploitation Deroyant ;
- et soutenu que les décisions prises jusqu'ici par les acteurs publics tendent à contourner les dispositions du code du patrimoine pour les seuls besoins de l'exploitation agricole voisine ;
- les commentaires et réactions de M. C, gérant de la SCI Rocher Portail ;
- les observations de Me Rasamoelina, représentant les communes de Maen Roch et des Portes du Coglais, qui a :
- soutenu que le juge des référés mesures utiles n'avait pas à statuer sur l'insuffisance de l'étude géotechnique dont le rapport a été rendu le 31 juillet 2023 ;
- il n'y a pas d'urgence à ordonner les mesures sollicitées dès lors que les communes se sont pleinement engagées à faire réaliser les travaux de confortement du pont, ayant notamment d'ores-et-déjà fait poser des plaques en acier sur le pont afin de mieux répartir les charges de roulement des camions, une réunion de concertation avec l'État étant prévue la semaine du 21 août 2023 pour valider le dernier devis de l'entreprise Quelin et fixer le calendrier d'intervention ;
- les décisions qui ont déjà été prises par les communes sont définitives ;
- les précisions de M. B, maire de Maen Roch ;
- les précisions de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a notamment apporté à l'instance une copie du dernier devis présenté par l'entreprise Quelin en mai 2023, et, pour le surplus, s'est rapporté au mémoire en défense du préfet et aux observations formulées au nom des communes défenderesses ;
- et de Mme E, architecte des Bâtiments de France, qui a confirmé que la direction régionale des affaires culturelles privilégiait désormais la création d'une passerelle métallique pérenne permettant la conservation du pont classé.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 27 septembre 1961, les façades et toitures du château du Rocher-Portail, les façades et toitures du petit pavillon du parc, le parc lui-même, la grande avenue qui conduit au château, son jardin potager, ses douves et son étang ont été classés au titre des monuments historiques. Par un arrêté du 20 décembre 2018, ce classement a été étendu à l'ensemble du château et de ses communs, à l'ensemble du petit pavillon, au parc avec ses cours, aux jardins, terrains, douves, étang, grande avenue et leurs éléments architecturaux. À l'intérieur de cet ensemble, la digue artificielle - qui sépare l'étang classé, en amont, de la partie sud-ouest du ruisseau des Échelles, en aval - est composée d'un pont qui, classé au titre des voies communales et se trouvant à cheval sur les territoires des communes de Maen Roch et des Portes du Coglais, constitue la seule desserte routière de l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant.
2. En décembre 2020, un premier constat de l'affaissement de la clef de voute de l'arc aval du pont a été constatée par le gérant de la SCI Rocher Portail, société propriétaire du château. En février 2023, il a été constaté que cette clef de voute avait chuté et que les reins de voute commençaient à se détacher. À la demande des services de l'État en charge de la protection du patrimoine, sans toutefois satisfaire totalement à cette demande, par un arrêté du 23 février 2023, d'une part, le maire des Portes du Coglais a limité le passage des véhicules sur le pont sauf pour l'accès exclusif des véhicules du riverain et des véhicules indispensables à son exploitation et interdit le passage des véhicules de plus de 3,5 tonnes sauf ceux nécessaires à l'exploitation agricole et, par un arrêté concurrent du 1er mars 2023, le maire de Maen Roch a temporairement interdit la circulation de tout véhicule terrestre à moteur et d'animaux sur le pont jusqu'à la réalisation de travaux de confortement et de consolidation mais, par exception, a autorisé : une fois par jour, le passage de véhicules d'un tonnage inférieur à 1,5 tonne pour les seuls et stricts besoins de l'exploitation agricole voisine ; sans limite, les véhicules d'incendie et de secours en intervention ; et la circulation piétonne si elle est nécessaire pourvu qu'elle se réalise sans arrêt sur la portion signalée.
3. Alors que dans un comité de pilotage, auquel participent les services de l'État, les deux communes concernées auraient décidé de confier la réalisation de travaux en urgence à la société Quelin Nord Ouest consistant en la réalisation d'une passerelle métallique destinée à décharger le pont maçonné et d'un étaiement de sauvegarde du pont, par une ordonnance du 22 mai 2023 prise sur demande de la SCI Rocher Portail, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise au contradictoire de ces deux communes, du préfet d'Ille-et-Vilaine et de la SCEA Deroyant, en donnant pour mission à l'expert de se rendre sur les lieux, de constater et décrire l'état du pont et de la digue-barrage supportant la voie communale n° 87, sur toute sa longueur, d'entendre tout sachant et de se faire communiquer tous documents et renseignements propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal.
4. Après une visite des lieux organisée par l'expert le 9 juin 2023, ce dernier a rendu son rapport le 26 juin 2023, lequel préconise notamment la mise en sécurité du pont et la réalisation d'une étude géotechnique préalable destinée à vérifier les caractéristiques des sols de la digue et de s'assurer de l'absence de désordres sur les fondations du château en cas d'abaissement du niveau de l'étang. Sur la base de ce rapport, et constatant que la SCEA Deroyant continue de faire circuler quotidiennement des semi-remorques et autres engins agricoles sur le pont, la SCI Rocher Portail demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une part, d'enjoindre aux communes de Maen Roch et des Portes du Coglais et/ou au préfet d'Ille-et-Vilaine de faire réaliser, avant tous travaux, un diagnostic géotechnique complet de la digue et du pont dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, d'autre part, de leur enjoindre également d'interdire définitivement la circulation sur le pont et de réaliser une déviation permettant le désenclavement de sa propriété et de l'exploitation de la SCEA Deroyant, sans délai, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la réalisation d'une étude géotechnique complète de la digue et du pont :
6. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier, pour prévenir ou faire cesser un dommage dont l'imputabilité à des travaux publics ou à un ouvrage public ne se heurte à aucune contestation sérieuse, le juge des référés peut, sur le fondement des dispositions de cet article, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou à mettre un terme aux dangers immédiats présentés par l'état de l'immeuble.
7. Il est constant que le pont est entré en phase active d'effondrement et nécessite une intervention d'urgence consistant en son confortement, au moins provisoire, dans l'attente de la réalisation de travaux de réparation pérennes et conformes aux règles de l'art, selon les préconisations de l'architecte des Bâtiments de France en charge de l'ouvrage. Si, dans ces conditions, dans l'hypothèse où ces travaux n'auraient pas été prévus, il aurait pu appartenir au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3, d'enjoindre à leur réalisation à titre de mesure conservatoire, il ne lui appartient, en revanche, ni de se prononcer sur les moyens nécessaires à leur mise en œuvre, ni sur leurs modalités techniques d'exécution. Or, si la société requérante émet de sérieux doutes quant à la qualité, à la faisabilité et à la soutenabilité des travaux actuellement prévus par le comité de pilotage vis-à-vis de la viabilité plus globale de l'ouvrage, pont et digue, cette société ne fait, par la présente requête, que contester les modalités suivant lesquelles des travaux d'urgence vont être réalisés.
8. Par suite, les conclusions présentées par la SCI Rocher Portail tendant à ce que le juge des référés enjoigne aux autorités compétentes de faire réaliser un diagnostic géotechnique complet du pont et de la digue préalablement à tous travaux doivent être rejetées.
9. En tout état de cause, bien que le maire de Maen Roch, dans son courrier en date du 11 juillet 2023 adressé au conseil de la SCI Rocher Portail, a informé ce dernier de la volonté des membres du comité de pilotage de ne réaliser une étude géotechnique plus complète qu'après la réalisation des travaux de sauvegarde déjà décidés, il résulte de l'instruction que la société Quelin Nord Ouest, dont le concours semble avoir été retenu pour la réalisation de ces travaux, a proposé deux devis successifs imposant, à titre de prérequis, la " réalisation d'une étude géotechnique préalable, à la charge de la maîtrise d'ouvrage, pour vérifier les hypothèses prises en compte sur la nature des sols ". Les défendeurs ne sauraient sérieusement contester qu'une telle étude est destinée à dresser un état précis des fondations et de la structure mécanique du pont et de la digue permettant de tirer des conclusions utiles quant à la détermination des travaux nécessaires et à leurs modalités d'exécution. À cet égard, le rapport d'étude du 31 juillet 2023, qui ne réalise pas de diagnostic précis et définitif de la nature des fondations du pont, ne saurait satisfaire le prérequis imposé par la société Quelin Nord Ouest. Dans ces conditions, alors que les communes défenderesses et le préfet d'Ille-et-Vilaine n'ont pas sérieusement contesté l'insuffisance de ce premier diagnostic géotechnique, les travaux qu'ils entendent confier à la société Quelin Nord Ouest implique encore, nécessairement, la réalisation de l'étude géotechnique requise en préalable aux travaux de confortement de l'ouvrage. Partant, alors qu'il apparaît que cette étude devra être réalisée avant les travaux prévus, conformément aux devis proposés, il n'apparaît pas utile, pour le juge des référés, d'en ordonner la réalisation avant l'exécution des travaux.
En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'interdiction définitive de circulation sur le pont :
10. À titre liminaire, il importe de relever que, à l'audience, la société requérante a minoré l'ampleur de ses prétentions en précisant qu'elle demandait, à tout le moins, une interdiction temporaire de circulation en fonction du tonnage, y compris pour les besoins de l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant.
11. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. À cet égard, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
12. Par leurs arrêtés respectifs des 23 février et 1er mars 2023, les maires de Maen Roch et des Portes du Coglais peuvent être regardés comme ayant manifesté, chacun, une décision de ne pas interdire totalement la circulation des véhicules nécessaires à l'exploitation de la SCEA Deroyant. À cet égard, le maire de Maen Roch a encore implicitement soutenu sa décision par son courrier du 11 juillet 2023 en y indiquant que la réalisation d'une déviation n'était pas considérée comme envisageable. Toutefois, il convient cependant de rechercher si la carence des autorités de police pourrait être à l'origine d'un péril grave.
13. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, il est constant que le pont est entré en phase active d'effondrement et nécessite une intervention d'urgence consistant en son confortement, au moins provisoire, dans l'attente de la réalisation de travaux de réparation pérennes. Le rapport de M. A, expert désigné par ordonnance du juge des référés du tribunal du 22 mai 2023, dont les constatations et explications quant à l'origine des désordres ne sont pas discutées par les parties, expose que les désordres affectant actuellement le pont trouvent leur origine dans la circulation de poids lourds de plusieurs dizaines de tonnes, l'effondrement de la clef de voute n° 5 et la mise en console des reins de voute situés en aval de l'ouvrage s'expliquant en particulier par le rayon de braquage des semi-remorques, ces derniers ne pouvant franchir le pont sans se déporter le long du parement aval et en dehors des zones d'enrobés. Si l'expert a indiqué que les plaques métalliques apposées en urgence sur l'ouvrage diminuent le risque d'effondrement complet de l'ouvrage dès lors qu'elles permettent un report de charges plus important sur les culées, l'expert n'a pas, ce faisant, exclut totalement la réalisation d'un tel risque et n'a, en rien, écarté l'hypothèse d'un effondrement partiel du pont, qui pourrait survenir à l'occasion du passage d'un véhicule de fort tonnage. À cet égard, le rapport d'expertise, qui conclut au caractère déraisonnable de la tolérance accordée aux semi-remorques, préconise une interdiction stricte de la dérogation surcharge, une limitation drastique de vitesse de franchissement et une obligation du non franchissement, même partiel, des plaques métalliques. Il n'envisage pas, en revanche, une interdiction totale et définitive de circulation des véhicules nécessaires à l'exploitation agricole voisine.
14. Il résulte ainsi de l'instruction, d'une part, que l'effondrement de la partie aval du pont est en cours de réalisation et que le pont est ainsi en situation de péril grave et imminent, en dépit de la pose, sur celui-ci, de plaques métalliques de répartition des charges et, d'autre part, que les passagers des véhicules lourds empruntant le pont sont, de surcroît, directement exposés à la réalisation complète ou partielle de cet effondrement. Dans ces conditions, la circonstance que les maires des deux communes concernées auraient déjà, chacun, pris une décision réglementant la circulation du pont, ne peut faire obstacle à l'exercice, par le juge des référés, des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
15. Si les maires des deux communes pouvaient légitimement, afin de proportionner leur mesure de police, autoriser le passage de certains véhicules au profit de la desserte de l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant, ils se devaient néanmoins d'adopter, conjointement, un arrêté limitant la circulation des véhicules lourds, y compris pour les besoins de cette exploitation, ce qui n'est pas le cas de l'arrêté du maire des Portes du Coglais du 23 février 2023 qui autorise, sans condition, le passage des véhicules de plus de 3,5 tonnes nécessaires à l'exploitation agricole voisine.
16. Dans l'attente de la réalisation des travaux prévus par la société Quelin Nord Ouest, consistant en le confortement du pont et la réalisation, au-dessus de celui-ci, d'une passerelle métallique destinée à la circulation pérenne des véhicules lourds, compte tenu de la situation de péril grave dans laquelle se trouve l'ouvrage en dépit de la pose de plaques métalliques de répartition des charges, une telle mesure de police présente un caractère d'utilité.
17. Si cette mesure de police conduirait à perturber le fonctionnement de l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle en compromettrait la viabilité, présenterait un caractère disproportionné et se heurterait, par conséquent, à une contestation sérieuse.
18. Par ailleurs, l'effondrement du pont étant en cours de réalisation, ainsi qu'il a déjà été dit à plusieurs reprises, la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence.
19. Par conséquent, il y a lieu d'ordonner aux maires de Maen Roch et des Portes du Coglais de prendre un arrêté conjoint réglementant la circulation de la partie de la voie communale n° 87 supportée par le pont, à charge pour un tel arrêté de prévoir une limitation appropriée de la circulation des véhicules, y compris ceux qui circulent pour les besoins de l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant, dans l'attente de l'achèvement des travaux permettant la reprise d'une circulation normale des véhicules lourds, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
20. Alors que l'expert ne préconise pas l'arrêt total de la circulation sur le pont, en particulier s'agissant de véhicules de faible tonnage et, compte tenu de l'absence de voie de contournement actuellement existante, il n'y a pas lieu, en revanche, sans se heurter à une contestation sérieuse, d'enjoindre à interdire totalement et définitivement l'accès des véhicules nécessaires à l'exploitation agricole concernée.
En ce qui concerne les conclusions tendant à ce que soit ordonné la réalisation d'une déviation destinée à désenclaver l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant :
21. Dès lors qu'il n'y a pas lieu d'interdire définitivement ni, même temporairement, totalement la circulation des véhicules nécessaires à l'exploitation agricole de la SCEA Deroyant, la demande tendant à ce que le juge des référés enjoigne à la réalisation d'une déviation permettant le désenclavement de la SCEA Deroyant ne présente pas un caractère d'utilité et doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la SCI Rocher Portail, la commune de Maen Roch et la commune des Portes-du-Coglais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint aux maires des communes de Maen Roch et des Portes du Coglais de prendre un arrêté conjoint réglementant la circulation routière sur la partie de la voie communale n° 87 supportée par le pont ayant pour objet de limiter la circulation des véhicules, y compris ceux qui circulent pour les besoins de l'exploitation de la SCEA Deroyant, dans l'attente de l'achèvement des travaux permettant la reprise d'une circulation appropriée des véhicules lourds, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCI Rocher Portail est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Maen Roch et la commune des Portes du Coglais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Rocher Portail, à la commune de Maen Roch, à la commune des Portes du Coglais et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information à la ministre de la culture et au préfet d'Ille-et-Vilaine, préfet de la région Bretagne.
Fait à Rennes le 22 août 2023.
Le juge des référés,
signé
W. DesbourdesLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026