vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 26 juillet 2023, 10 novembre 2023 et 26 juin 2024, l'association RBH56a, représentée par la SARL Antigone, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le maire de la commune de Ploërmel a délivré un permis de construire à la société Ocean Invest en vue de la démolition d'un bâtiment existant et de la construction d'un bâtiment à usage de restaurant et d'un bâtiment destiné à l'accueil de quatre cellules commerciales sur la parcelle cadastrée section ZK n° 502, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 26 mai 2023 du maire de la commune de Ploërmel refusant d'abroger le règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ploërmel la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir, dès lors que son objet social inclut la préservation des bâtiments d'intérêt patrimonial implantés sur le territoire de la commune de Ploërmel ;
- son recours a été présenté dans le délai de recours contentieux ;
- en ce qui concerne le permis de construire, le recours administratif et le recours contentieux ont été notifiés à la commune de Ploërmel et à la société Ocean Invest, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- la contestation de l'arrêté du 17 février 2023 et de la décision portant refus d'abrogation du plan local d'urbanisme présentent entre elles un lien suffisant pour faire l'objet d'une même requête ;
- en ce qui concerne l'arrêté du 17 février 2023 portant délivrance d'un permis de construire :
- il est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'inexactitudes et d'insuffisances dès lors que l'intérêt patrimonial du bâtiment à démolir n'est pas suffisamment exposé dans la notice du projet architectural, en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, que les photographies jointes au dossier sont insuffisantes au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du même code, que la date approximative du bâtiment à démolir n'est pas indiquée, en méconnaissance de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme, que les constructions avoisinantes ne sont évoquées que très succinctement dans la notice, que cette notice indique à tort que le terrain d'assiette se trouve au sein d'un secteur commercial, qu'aucun projet de constitution d'une association syndicale n'est joint au dossier, en méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme et, enfin, qu'aucune notice décrivant les commerces projetés dans les bâtiments à édifier n'accompagne la demande de permis de construire, en méconnaissance de l'article R. 431-27-1 ;
- le projet méconnaît l'article UE 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Ploërmel ;
- il méconnaît l'article UE 6 du même règlement ;
- il méconnaît l'article UE 11 du même règlement ;
- il méconnaît l'article UE 12 du même règlement ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué est illégal en conséquence de l'illégalité du classement du terrain d'assiette en zone UEc ;
- en ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation du règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2023 et 14 novembre 2023, la société Ocean Invest, représentée par la SELARL P. et A., conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant délivrance du permis de construire sont irrecevables dès lors que le recours gracieux ne lui a pas été notifié, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- elles sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas intérêt à agir ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus d'abrogation du règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas intérêt à agir ;
- la requête est irrecevable dès lors que les deux décisions attaquées ne présentent pas entre elles un lien suffisant ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2023 et 26 septembre 2024, la commune de Ploërmel, représentée par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, ainsi qu'à la mise à la charge de la requérante de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant délivrance du permis de construire sont irrecevables dès lors que le recours gracieux n'a pas été notifié au pétitionnaire, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- elles sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas intérêt à agir ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus d'abrogation du règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas intérêt à agir ;
- la requête est irrecevable dès lors que les deux décisions attaquées ne présentent pas entre elles un lien suffisant ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blanchard,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Geffroy, substituant la SARL Antigone, représentant l'association RHB56a, de Me Nadan, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant la commune de Ploërmel et de Me Dietsch, de la SELARL P. et A., représentant la société Ocean Invest.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 février 2023, le maire de la commune de Ploërmel a délivré un permis de construire à la société Ocean Invest en vue de la démolition d'un bâtiment existant et de la construction d'un bâtiment à usage de restaurant et d'un bâtiment destiné à l'accueil de quatre cellules commerciales sur la parcelle cadastrée section ZK n° 502. Ce permis de construire autorise également la division de cette parcelle en deux parcelles. L'association RBH56a a, par un courrier du 16 avril 2023, formé un recours gracieux contre cette décision et a demandé, par le même courrier, l'abrogation du règlement du plan local d'urbanisme de Ploërmel en tant qu'il classe en zone UEc la parcelle cadastrée section ZK n° 502. Le maire de la commune de Ploërmel a rejeté ces demandes le 26 mai 2023. L'association RBH56a demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 du maire de la commune de Ploërmel délivrant un permis de construire et autorisant la démolition d'un bâtiment existant et d'autre part, d'annuler la décision du 26 mai 2023 refusant d'abroger le classement de la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 17 février 2023 portant délivrance d'un permis de construire :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 425-3 du même code : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. () ". Selon l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. () / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 122-7 du même code : " L'autorisation de construire, d'aménager ou de modifier un établissement recevant le public prévue à l'article L. 122-3 est délivrée au nom de l'Etat par : a) Le préfet, lorsque celui-ci est compétent pour délivrer le permis de construire ou lorsque le projet porte sur un immeuble de grande hauteur ; b) Le maire, dans les autres cas ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, adjoint au maire de Ploërmel, commune couverte par un plan local d'urbanisme, a reçu de ce dernier, par arrêté du 26 mai 2020, délégation en vue de signer tous les documents relatifs à l'urbanisme et notamment les permis de construire valant autorisation d'un établissement recevant du public. Cet arrêté a été transmis au représentant de l'Etat le 28 mai 2020 et publié au recueil des actes administratifs de la commune le 10 juillet 2020. Il est par ailleurs constant que le projet litigieux ne porte pas sur la construction d'un immeuble de grande hauteur, de sorte que le permis de construire délivré vaut, en application de l'article R. 122-7 du code de la construction et de l'habitation, autorisation au titre de la réglementation sur les établissements recevant du public. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté d'alignement du 4 janvier 2023 et du courrier du président du conseil départemental du Morbihan du 24 novembre 2023, que l'avenue Georges Pompidou, bordant au sud le terrain d'assiette, appartient à la voirie communale et non, comme le soutient la requérante, à la voirie départementale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, en ce que le projet prévoit la modification d'un accès sur l'avenue Georges Pompidou sans que le conseil départemental du Morbihan ait été consulté, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". L'article R. 431-8 prévoit : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. () ".
7. En outre, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés ". Par ailleurs, l'article R. 431-27-1 du même code prévoit : " Lorsque la construction porte, dans une commune de moins de 20 000 habitants, sur un projet d'équipement commercial dont la surface est comprise entre 300 et 1 000 mètres carrés, la demande est accompagnée d'une notice précisant la nature du commerce projeté et la surface de vente ".
8. Enfin, aux termes de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de démolir précise : () c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ".
9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. En l'espèce, les photographies jointes au dossier de demande de permis de construire ainsi que la notice du projet architectural présentent avec une précision suffisante le bâtiment existant pour permettre au service instructeur d'apprécier les caractéristiques de ce bâtiment et l'intérêt patrimonial s'y attachant, le cas échéant. Si la date approximative de construction de ce bâtiment n'est pas mentionnée dans le dossier de demande de permis, cette omission n'a pas faussé l'appréciation de l'administration dès lors que les photographies rendent compte du caractère très récent du bâtiment en cause. Par ailleurs, la notice descriptive indique que les abords du terrain d'assiette sont constitués d'un tissu urbain hétérogène constitué d'habitats pavillonnaires, dont les caractéristiques en termes de volumétrie sont décrites, et d'une zone artisanale et commerciale. A cet égard, la seule présence de la voie Georges Pompidou entre le terrain d'assiette et cette zone artisanale et commerciale ne permet pas de regarder comme inexacte l'indication selon laquelle ce terrain appartient à un secteur dédié aux activités commerciales.
11. Il apparaît en outre qu'aucun espace commun aux deux parcelles issues de la division de la parcelle ZK n° 502 n'est prévu et que seule une servitude d'accès permettant à la parcelle située au nord d'emprunter la voie se trouvant sur la parcelle située au sud est créée. Dès lors, faute de voies ou d'espaces communs, aucun projet de constitution d'une association syndicale n'avait à être joint au dossier de demande en application de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme. Enfin, la notice du projet architectural indique que l'un des bâtiments objet du permis de construire a vocation à accueillir un établissement de restauration rapide et que l'autre bâtiment abritera trois cellules d'activités commerciales et un local pour l'exercice du sport en salle. Cette notice précise également la surface des locaux en cause. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire est entaché d'inexactitudes ou d'omissions, en méconnaissance des articles R. 431-8, R. 431-10, R. 451-1, R. 431-24 et R. 431-27-1 du code de l'urbanisme, doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article Ue 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique () Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies publiques ou privées doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir. () ".
13. En l'espèce, les deux bâtiments commerciaux érigés sur le terrain d'assiette, qui supportera également un parking de 120 places et un espace de service au volant pour les clients de l'établissement de restauration rapide, sont desservis par un accès principal au sud, débouchant sur l'avenue Georges Pompidou, et un accès secondaire au nord-ouest, aboutissant au chemin des Diligences. Si la requérante fait valoir que cet accès secondaire présente une dangerosité, elle n'apporte aucune précision de nature à l'établir, alors que cet axe est dédié aux seules livraisons, que la circulation s'y fait en sens unique dès lors que les véhicules de livraison quitteront ensuite le terrain en empruntant l'accès au sud et, enfin, que le chemin des Diligences n'est pas une voie marquée par une grande fréquentation. De même, il n'apparaît pas que les voies de circulation prévues sur le parking présentent, par leur configuration ou leurs caractéristiques, des conditions de sécurité insuffisantes pour les usagers de ces voies et les piétons, contrairement à ce que soutient l'association requérante, sans apporter d'éléments à l'appui de son allégation.
14. Enfin, si l'accès sur l'avenue Georges Pompidou se trouve à proximité immédiate d'un carrefour giratoire à forte circulation dans le prolongement d'une route départementale, le projet prévoit la modification de l'accès sur l'avenue Georges Pompidou, tel qu'il était auparavant aménagé, en remplaçant l'accès à 90 degrés par un virage plus doux, afin de prévenir le brusque ralentissement sur l'avenue des véhicules entrant sur le parking. En outre, l'arrêté attaqué prévoit le versement par la pétitionnaire d'une somme au titre de la participation pour équipement public exceptionnel, en vue de la réalisation par la commune d'un plateau ralentisseur, d'une bordure au milieu de la chaussée afin d'éviter que les voitures entrant sur le parking coupent la voie en sens inverse, et d'un aménagement de la piste cyclable afin de sécuriser le passage des vélos. Dans ces conditions et alors même que l'arrêté ne précise pas la date exacte à laquelle les travaux en cause seront réalisés, la décision attaquée ne méconnaît pas l'article Ue 3 précité.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article Ue 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Ploërmel : " () Les constructions liées aux activités artisanales, industrielles ou commerciales devront présenter des volumes simples et s'intégrer dans leur environnement. () ". Ces dispositions ont pour objet de régir, non les démolitions, mais les constructions, le cas échéant s'accompagnant des démolitions nécessaires.
16. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.
17. Il n'en va pas différemment lorsqu'il a été fait usage de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme permettant que la demande de permis de construire porte à la fois sur la construction et sur la démolition d'une construction existante, lorsque cette démolition est nécessaire à cette opération. Dans un tel cas, il appartient à l'administration d'apprécier l'impact, sur le site, non de la seule démolition de la construction existante mais de son remplacement par la construction autorisée.
18. En l'espèce, le terrain d'assiette est bordé au sud et à l'est par des voies de grande circulation, tandis qu'un important carrefour giratoire se trouve au sud-est du terrain. La parcelle litigieuse s'insère dans un secteur constitué, à l'ouest et au nord, par une zone pavillonnaire, constituée de maisons d'habitation sans harmonie architecturale particulière, et au sud et à l'est par une zone d'activités où se trouvent des bâtiments commerciaux de taille, de forme et de coloris très hétérogènes. La parcelle supporte actuellement un bâtiment construit en 1998, ayant accueilli une caisse d'allocations familiales jusqu'à son récent départ des locaux, entouré par un espace végétalisé. Le bâtiment, érigé grâce à des matériaux locaux dans le cadre d'une démarche de recherche de qualité architecturale, présente des formes atypiques, est revêtu d'enduit blanc, de parements de schiste et de bardage en bois, couvert d'un toit d'ardoise et laisse apparaître des éléments de charpente en bois à l'intérieur et à l'extérieur. Ce bâtiment ne fait toutefois l'objet d'aucune protection au titre du code du patrimoine ou des éléments d'intérêt patrimonial dans le plan local d'urbanisme. Pour leur part, les deux bâtiments commerciaux dont la construction est projetée présentent des volumes simples, cohérents avec ceux des bâtiments commerciaux se trouvant à proximité. Leurs revêtements extérieurs sont de teinte sombre, facilitant ainsi leur insertion visuelle parmi les arbres conservés ou plantés en bordure du terrain d'assiette. Dans ces conditions, au regard du faible intérêt des lieux avoisinants, dont le bâtiment existant ne peut être regardé comme un jalon architectural particulièrement marquant, la décision attaquée ne méconnaît ni l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ni l'article Ue 11 du règlement du plan local d'urbanisme.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article Ue 12 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Le stationnement des véhicules automobiles et des deux roues, correspondant aux besoins des constructions et installations, doit être assuré en dehors des voies publiques () ". L'annexe 1 de ce règlement, relative à l'application de l'article 12 traitant de la réalisation des aires de stationnement, prévoit des règles relatives aux surfaces d'emprise au sol des aires de stationnement de manière générale, mais ne comporte aucune disposition spécifique au nombre ou à la surface des espaces dédiés au stationnement des deux roues.
20. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que l'espace dédié au stationnement sur le terrain d'assiette serait insuffisant pour accueillir les deux roues des clients et employés des commerces implantés dans les bâtiments litigieux. La seule circonstance que l'espace prévu pour les deux roues ne soit pas matérialisé sur ce plan et qu'il ne soit pas précisé dans les autres pièces du dossier de demande n'est pas, en l'absence de règles du plan local d'urbanisme l'imposant, de nature à caractériser une méconnaissance de l'article Ue 12 précité. Le moyen soulevé à cet égard doit par suite être écarté.
21. En sixième lieu, aux termes de l'article Ue 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le long des voies du domaine public très fréquentées (ou appelées à le devenir) les constructions nouvelles doivent respecter la marge de recul minimale précisée au plan de zonage. Les constructions doivent être implantées à au moins 5 mètres de la limite de l'emprise des autres voies () ".
22. Il ressort du plan de masse du projet que la construction projetée sera implantée à plus de 5 mètres de chacune des voies bordant les limites est, sud et nord-ouest du terrain d'assiette. La circonstance que les bâtiments soient implantés à l'intérieur du terrain d'assiette au droit de la voirie interne du projet ou à une distance inférieure à 5 mètres est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ne visent que les voies publiques, et non les voies de desserte interne à une zone commerciale. Par suite, le projet ne méconnaît pas l'article Ue 6 de ce règlement.
23. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
24. Il appartient aux auteurs du plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que dans le cas où elle se révèle entachée d'une erreur manifeste ou s'appuie sur des faits matériellement inexacts.
25. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section ZK n° 502, déjà classée sur ses bordures est et sud en zone Ue, a été classée dans cette zone en intégralité par une délibération du conseil municipal de Ploërmel du 27 octobre 2016 portant modification du plan local d'urbanisme. Le règlement du plan local d'urbanisme prévoit que la zone Ue est destinée " à recevoir des activités commerciales de grandes et moyennes surfaces et toute activité commerciale ".
26. La parcelle en cause se situe, ainsi qu'il a été dit, en continuité d'une zone d'activités économiques où sont implantés des bâtiments abritant des espaces commerciaux d'une surface importante et des entreprises artisanales. La seule circonstance que la parcelle ZK n° 502 en soit séparée par des voies de circulation ne suffit pas, à cet égard, à la regarder comme appartenant à un compartiment d'urbanisation distinct de cette zone d'activités. Il résulte du rapport de présentation accompagnant la modification du plan local d'urbanisme adoptée le 27 octobre 2016 que le classement litigieux a été retenu afin de permettre l'implantation d'une nouvelle activité sur le terrain, après le départ des services de la caisse d'allocations familiales, en cohérence avec la vocation des espaces avoisinants, déjà dédiés à l'activité commerciale, et du fait que les fortes nuisances sonores dues aux voies de circulation bordant le terrain limitent les usages de la parcelle. Par ailleurs, si le projet d'aménagement et de développement durables contient des orientations relatives à un développement équilibré du tissu commercial, au maintien d'une offre d'équipements publics et à la protection du patrimoine, sans apporter davantage de précision, il prévoit également un objectif de " développement des activités économiques dans le potentiel résiduel des zones économiques existantes " afin de maîtriser la consommation de terres agricoles. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est illégal en conséquence de l'illégalité du classement du terrain d'assiette en zone UEc doit être écarté.
En ce qui concerne la décision du 26 mai 2023 portant refus d'abroger le règlement du plan local d'urbanisme :
27. En premier lieu, il résulte des motifs retenus au point précédent que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'abrogation du règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
28. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou par le conseil municipal après enquête publique menée dans les formes prévues par le chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement. / Le dossier soumis à l'enquête publique comprend un rapport exposant les motifs et les conséquences juridiques de l'abrogation projetée ". Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, relatif à la convocation du conseil municipal : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour () ". Il résulte de ces dispositions combinées que, si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme d'une commune, c'est au maire de cette commune qu'il revient d'inscrire ou de décider de ne pas inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.
29. Il résulte des motifs retenus au point précédent que le moyen tiré de ce que le maire de Ploërmel n'était pas compétent pour opposer un refus à la demande de l'association requérante tendant à ce que soit inscrite à l'ordre du jour du conseil municipal l'abrogation du plan local d'urbanisme communal, en ce qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc, doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le maire de la commune de Ploërmel a délivré un permis de construire à la société Ocean Invest, de la décision rejetant le recours gracieux de l'association requérante contre cet arrêté et de la décision du maire de la commune de Ploërmel refusant d'abroger le règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle cadastrée section ZK n° 502 en zone UEc, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
31. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Ploërmel et de la société Ocean Invest présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Ploërmel, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'association RBH56a est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Ploërmel et de la société Ocean Invest présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association RBH56a, à la commune de Ploërmel et à la société Ocean Invest.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. Blanchard
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2304057
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026