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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304089

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304089

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, sous le n° 2304089, l'association La Nature en Ville, M. D C et Mme E A, représentés par Me Blanquet, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'avenant n° 2 du 22 décembre 2022 à la convention d'occupation du domaine public conclue avec l'association Centre de Production des Paroles Contemporaines (CPPC), ensemble la décision de l'adjoint délégué à la biodiversité du 6 janvier 2023 confirmant la signature de l'avenant et le rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les requérants justifient d'un intérêt à agir ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que : la prolongation de la convention d'occupation entraîne un maintien des nuisances sonores que subissent M. C et Mme A ; l'activité autorisée par la convention en cause porte atteinte au milieu naturel et à l'environnement ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que : les signataires de l'avenant et de la décision confirmant sa signature sont incompétents ; la convention méconnaît les dispositions des articles L. 2121-1, L. 2122-1, L. 2122-1-1 et L. 2122-1-2 du code général de la propriété des personnes publiques ; elle méconnaît les dispositions de l'article 12 de la directive n° 2006/123/CE du 12 décembre 2006 ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2122-2 du code général de la propriété des personnes publiques ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 2125-1 et L. 2125-3 du même code ; elle méconnaît les dispositions de l'article R. 571-27 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la commune de Rennes, représentée par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, l'association CPPC, représentée par la SELARL Avoxa Rennes, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués sont infondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet et le 18 août 2023, sous le n° 2304090, l'association La Nature en Ville, M. D C et Mme E A, représentés par Me Blanquet, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 21 décembre 2022 accordant un permis de construire à titre précaire à l'association Centre de Production de Paroles Contemporaines (CPPC), ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors que l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme est inopposable ;

- ils justifient d'un intérêt à agir au regard de la proximité immédiate de leur habitation et de l'objet statutaire de l'association ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors qu'ils subissent des nuisances sonores, que le permis porte atteinte à la tranquillité publique, au milieu et à la biodiversité ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que : le signataire de l'acte est incompétent ; l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ; il méconnaît les dispositions des articles L. 422-4 et L. 433-1 du même code ; il méconnaît les dispositions du PLUi de manière excessive et disproportionnée ; il méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'urbanisme ; il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du même code ; il méconnaît les dispositions de l'article L. 433-3 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la commune de Rennes, représentée par la SELARL Valadou-Josselin et Associés, demande au tribunal :

1°) de constater le non-lieu à statuer ;

2°) de rejeter la requête ;

3°) de mettre à la charge des requérants une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le litige a perdu son objet dès lors qu'une décision sur le fond est intervenue et que le permis de construire est entièrement exécuté ;

- la requête est irrecevable dès lors que l'association ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, l'association CPPC, représentée par la SELARL Avoxa Rennes, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'une décision a été rendue au fond ;

- la décision a été entièrement exécutée ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués sont infondés.

Vu :

- les requêtes au fond nos 2303196 et 2303369, enregistrées les 15 et 23 juin 2023 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 août 2023 :

- le rapport de M. Dayon,

- les observations de Me Blanquet, représentant les requérants :

o sur la requête n° 2304089 :

* en ce qui concerne la recevabilité : la requête n'est pas tardive dès lors que le recours gracieux est signé par les trois requérants, ce qui doit être regardé comme ayant interrompu les délais ; il considère que l'association requérante justifie d'un intérêt à agir compte tenu de l'élargissement de son champ de compétence à l'ensemble du département, au maintien de son siège social à Rennes et de son objet social visant à défendre les zones urbaines et périurbaines des nuisances à la faune et la flore telles que celles constatées en l'espèce ; il considère également que M. C et Mme A ont un intérêt à agir en qualité de voisins immédiats de l'installation subissant des nuisances sonores, que la décision d'arrêter les concerts à venir à 22 h n'a aucune incidence sur leur intérêt à agir, qu'ils sont également contribuables locaux et avaient intérêt à ce que l'avenant soit conclu dans des conditions plus favorables pour la commune ;

* en ce qui concerne l'urgence : il renvoie aux observations faites sur l'intérêt à agir et mentionne l'intérêt public ; il explique qu'en cas d'attente du règlement au fond du litige, le contrat sera exécuté d'ici là, ce qui fera perdre son intérêt au recours, que l'exécution de l'avenant en l'absence de suspension fera persister les nuisances constatées, que l'absence de nuisances diurnes s'explique par la circonstance que les concerts sont jusqu'à présent nocturnes et que leur décalage à 20 h sera à l'origine de nuisances diurnes ;

* en ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à faire naître un doute sérieux : il rappelle que la logique applicable est issue de la jurisprudence du Conseil d'Etat Département Tarn-et-Garonne (Ass 4 avril 2014, n° 358994), que le constat de l'infraction à la règlementation relative aux nuisances sonores a été effectué par la mairie de Rennes en avril 2023, que la prorogation pour 2 ans du contrat cause un préjudice aux requérants au regard des atteintes sonores et environnementales ; il considère que les dispositions de l'article R. 571-27 du code de l'environnement imposait la réalisation d'une étude d'impact avant conclusion de l'avenant n° 2 ; il reprend les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code général de la propriété des personnes publiques :

* S'agissant de l'article L. 2121-1 du code général de la propriété des personnes publiques : l'affectation à l'utilité publique n'est pas conforme compte tenu des nuisances sonores générées par l'activité et constatées par la commune le 25 avril 2023 ;

* S'agissant de l'article L. 2122-2 du même code : il rappelle que les conditions permettant de déroger aux mesures de publicité et de mise en concurrence ne sont pas réunies en l'absence d'un document établi par un cabinet d'expert-comptable attestant de la situation financière, que le tableau produit en défense indique une forte augmentation de la masse salariale en 2022 et 2023, et est en tout état de cause illisible, que l'avenant n° 2 intègre un nouveau bénéficiaire dont la sélection nécessitait une mise en concurrence, que l'objet réel de la prolongation est de permettre à l'installation d'être maintenue sur la parcelle jusqu'en 2024, date à laquelle l'association CPPC a indiqué vouloir se déplacer sur un nouveau site ;

* il considère que le caractère modeste de la redevance méconnaît les dispositions des articles L. 2125-1 et L. 2125-3 du même code ;

o sur la requête n° 2304090 : il explique que la notion de temporalité est déterminante dans les permis de construire précaires, de sorte que la réalisation de la construction n'a pas pour effet d'exécuter entièrement la décision, le délai temporaire impliquant l'enlèvement de l'installation ; il renvoie aux observations sur la requête n° 2304089 pour l'existence d'un intérêt à agir des requérants et d'une urgence, et rappelle que les requérants vont subir des nuisances pendant 18 mois supplémentaires ; il considère que l'on ne peut proroger un permis de construire précaire au motif que cela va à l'encontre du principe de précarité inhérent à cette autorisation, que la condition tenant à la nécessite n'est pas satisfaite ;

- les explications de M. B, représentant l'association La Nature en Ville : il explique que l'ensemble des installations repose sur des remblais, ce qui soulève des problèmes de sécurité ;

- les observations de Me Le Com, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant la commune de Rennes dans l'instance n° 2304089 :

o sur l'intérêt à agir : elle conteste l'intérêt à agir des requérants au motif que la proximité des riverains est insuffisante et ne saurait démontrer un intérêt à agir dans le cadre d'un recours relatif à la passation d'un contrat et que la qualité de contribuable n'est pas suffisante dès lors qu'elle implique de démontrer un intérêt significatif pour les finances de la collectivité ;

o sur l'urgence : elle rappelle que cette condition n'est pas satisfaite au regard des nuisances sonores limitées et pour lesquelles des mesures de contrôle supplémentaires ont été mises en œuvre, notamment le changement d'horaire des concerts, que les études sonores ont permis de constater l'absence de nuisances diurnes ; elle considère que les requérants ont manqué de diligence dans l'engagement des procédures ;

o sur l'existence d'un moyen de nature à faire naître un doute sérieux : elle rappelle l'office de contestation de la validité d'un contrat et la nécessité de contrôler l'existence des intérêts lésés dont les requérants se prévalent, qui ne sont pas démontrés en l'espèce au regard de l'absence d'impact sur le milieu naturel, de l'absence de lien entre les nuisances invoquées et la passation du contrat ; elle fait valoir que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code général de la propriété des personnes publiques sont inopérants au regard de l'absence d'intérêts lésés et infondés ; elle indique notamment s'agissant du moyen relatif à la redevance que le rapport de la chambre régionale des comptes relevant son montant faible s'appuie sur le montant fixé dans la convention initiale, qui a été augmenté par la conclusion d'un avenant n° 1 ; elle sollicite que soit écarté le moyen relatif à l'absence d'étude d'impact dès lors qu'elle a été réalisée pour la conclusion de la convention initiale ;

- les observations de Me Nadan, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant la commune de Rennes dans l'instance n° 2304090 : il rappelle que le tribunal a, par ordonnance n° 2303369 du 3 août 2023, rejeté la requête au fond des requérants de sorte que la requête en référé-suspension a perdu son objet et que le permis est entièrement exécuté en raison de l'installation de la structure autorisée ; il fait valoir que la situation de nécessité est caractérisée compte tenu notamment du contexte de crise sanitaire de la covid-19, qu'il existe une volonté politique d'aménager la zone, qu'il n'existe pas d'écart disproportionné avec les règles d'urbanisme ;

- les observations de Me Bonnat, de la SELARL Avoxa Rennes, représentant l'association Centre de Production des Paroles Contemporaines (CPPC) :

o sur la requête n° 2304089 :

* en ce qui concerne l'intérêt à agir des requérants, il considère qu'il n'est pas démontré, que les conditions financières de la convention initiale avaient été modifiées par l'avenant n° 1 de sorte que l'avenant n° 2 n'a pas d'incidence sur les finances de la collectivité ; il rappelle que la convention participe à une mission d'intérêt général et au service public culturel et qu'en tout état de cause la commune aurait pu conclure la convention à titre gratuit sur le volet culturel ; il fait valoir que l'intérêt de l'association n'est pas démontré par des allégations générales et non concrètes ;

* en ce qui concerne l'urgence : il distingue les émergences sonores constatées en avril 2023 et les mesures prises postérieurement et en vigueur à la date de l'audience, qui ont pour objet de réduire celles-ci, et mentionne la réalisation de devis de travaux complémentaires pour réduire les émergences sonores émises lors des concerts ; il écarte l'existence d'une urgence à l'encontre des licences d'exploitation, qui relèvent d'une législation distincte ; il reprend l'argumentation relative à l'absence d'intérêt à agir en qualité de contribuable local pour justifier de l'absence d'urgence ;

* en ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à faire naître un doute sérieux : il explique que l'affectation est conforme au regard de la convention et des engagements à venir, que l'avenant a été motivé par le contexte de crise sanitaire de la covid-19, que l'augmentation de la masse salariale en 2022 est justifiée par la reprise du personnel jusque-là affecté au théâtre de l'air libre situé à Saint-Jacques-de-la-Lande, que le moyen tiré de l'absence d'étude d'impact manque en fait, et qu'aucun des moyens ne porte atteinte à un intérêt lésé conformément à la jurisprudence du Conseil d'Etat Département Tarn-et-Garonne ;

o sur la requête n° 2304090 : il considère qu'au regard de l'ordonnance rendue par le président de la 5ème chambre du tribunal le 3 août 2023, la requête a perdu son objet ; il fait valoir que le permis de construire a été entièrement exécuté comme en attestent les photographies comparatives entre 2019 et 2023 produites le 21 août 2023 à 16 h 09 ; il observe que le MeM est un projet culturel et social, écoresponsable, que le permis de construire délivré à titre précaire a une durée courte et qu'il s'agit d'une situation exceptionnelle dans un contexte de crise sanitaire de la covid-19 qui a affecté les lieux de spectacles.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Centre de Production des Paroles Contemporaines (CPPC) a conclu avec la commune de Rennes une convention d'occupation du domaine public les 27 mars et 4 avril 2019 jusqu'au 31 décembre 2022 aux fins d'exploiter un " équipement principalement destiné aux répétitions et présentations de spectacles, un espace de bar-restauration avec licence et différentes aménités qui en dépendent ". Par un avenant n° 2, conclu le 22 décembre 2022, la commune de Rennes a prolongé la convention jusqu'au 31 décembre 2024. Par une décision du 6 janvier 2023, la signature de l'avenant n° 2 a été confirmée par décision de la maire de la commune de Rennes. Par un courrier du 15 février 2023, l'association La Nature en Ville a présenté un recours gracieux contre l'avenant n° 2, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. En outre, par un arrêté du 21 décembre 2022, le maire de la commune de Rennes a délivré à l'association CPPC un permis de construire à titre précaire. Par un courrier du 21 février 2023, l'association la nature en ville a présenté un recours gracieux contre cet arrêté qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. L'association la nature en ville, M. C et Mme A ont saisi le tribunal de recours en annulation contre l'arrêté du 2 décembre 2022, l'avenant n° 2 du 22 décembre 2022, la décision du 6 janvier 2023 et les rejets implicites de leur recours gracieux. Dans l'attente des jugements au fond, ils demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté et de l'avenant par les présentes requêtes qui ont le même objet et qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la requête n° 2304089 :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Lorsque le juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative, recherche si la condition d'urgence est remplie, il lui appartient de rapprocher d'une part, les motifs invoqués par les requérants pour soutenir qu'il est satisfait à cette condition et, d'autre part, la diligence avec laquelle ils ont, par ailleurs, introduit ces conclusions.

4. Pour établir l'urgence de suspendre l'exécution de l'avenant n° 2 du 22 décembre 2022, les requérants font valoir que la prorogation de la convention portant autorisation d'occupation temporaire aura pour conséquences une persistance dans le temps des nuisances sonores qu'ils subissent, ainsi que des atteintes à la faune et à la flore locale. Il résulte de l'instruction que M. C et Mme A, qui résident à 200 mètres environ de la parcelle sur laquelle l'association CPPC exploite une salle de spectacle (le MeM) en application de la convention précitée, font état de nuisances sonores en lien avec cette exploitation. A ce titre, les requérants produisent un constat d'huissier établi le 14 avril 2022 et deux rapports de la ville de Rennes du 13 février et du 12 avril 2023 faisant état de dépassement des émergences maximales autorisées par les articles R. 571-25 à R. 571-28 du code de l'environnement. Ils produisent également un procès-verbal du 25 avril 2023 par lequel la commune de Rennes a constaté dans la nuit du 18 au 19 mars 2023, à l'occasion d'un concert, une absence de dépassement des émergences maximales autorisées pour la période diurne (21 h-22 h) et une infraction à la règlementation, prévue aux dispositions précitées, en raison de multiples dépassements des valeurs maximales d'émergence autorisées pour la période nocturne jusqu'à la fin du concert (22h-23h17) sur les fréquences 125Hz, 250Hz, 500Hz et 1 000Hz.

5. Si l'association CPPC ne conteste pas les nuisances constatées, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que le relève la commune de Rennes, que des mesures ont été prises afin de réduire les émergences sonores et d'autres sont envisagées concrètement. A ce titre, la commune de Rennes produit un rapport de visite du 8 juin 2023 qui demande à l'association CPPC de lui

transmettre dans un délai de 15 jours, d'une part, pour les soirées privées un engagement conclu par les deux parties (CPPC et l'organisateur de la soirée) du respect de limitation du volume sonore et d'arrêt de sonorisation à 01 h 00 au plus tard et, d'autre part, les modalités précises et concrète de limitation des émergences sonores, notamment l'état d'avancement des travaux. Il résulte également de l'instruction que conformément aux préconisation d'un précédent rapport, établi au mois de mars 2022, l'association CPPC a déjà procédé à l'installation de sacs de sable sous les caissons de fréquences basses dont elle produit des photographies. En outre, l'association CPPC a modifié l'heure de début des concerts, désormais fixée à 20 h 00, et qui doivent se terminer au plus tard à 22 h 00, soit à l'issue de la période diurne au cours de laquelle le procès-verbal du 25 avril 2023 n'avait constaté aucune infraction à la règlementation. A ce titre, l'association, qui produit une copie des contrats pour les prochains concerts, programmés les 29 et 30 septembre 2023 et qui tiennent compte de ces nouveaux horaires, s'est engagée lors de l'audience publique à respecter cette nouvelle grille horaire pour les concerts à venir. Enfin, par-delà les actions déjà mises en œuvre, un devis a été réalisé auprès de la société décibel France afin de procéder à un diagnostic acoustique et à une étude d'insonorisation et de faisabilité du chapiteau.

6. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction, notamment des observations réalisées au cours de l'audience publique que si l'exploitation du MeM, dans le cadre de la convention d'occupation du domaine public faisant l'objet de l'avenant n° 2 contesté, est à l'origine de nuisances sonores qui ont fait l'objet de constats répétés, d'un procès-verbal d'infraction au mois d'avril 2023 et d'un rapport du 8 juin 2023, des mesures ont été prises postérieurement afin de limiter les nuisances sonores et de mettre en conformité l'exploitation du MeM avec la règlementation diurne et nocturne des émergences sonores. Si les requérants soutiennent que les nuisances sonores vont persister en dépit de ces mesures, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer la réalité de cette allégation, aucun concert n'ayant eu lieu dans le MeM depuis la fin du mois de juin 2023 et aucune mesure du bruit n'ayant été réalisée depuis, tant sur l'initiative des requérants que de la commune de Rennes. Au demeurant, à supposer que les nuisances sonores se soient poursuivies postérieurement au 8 juin 2023, les requérants n'apportent aucun élément de nature à justifier le délai entre le dépôt de leur requête en annulation le 15 juin 2023 et de leur requête en référé-suspension le 27 juillet 2023.

7. Par ailleurs, si les requérants produisent des rapports et articles faisant état des conséquences néfastes pour l'environnement du bruit, de la pollution sonore et visuelle, ces documents, généraux, ne sont pas de nature à établir que la prolongation de l'activité permise par l'avenant n° 2 jusqu'au 31 décembre 2024 porte atteinte de manière effective à l'environnement ou présente un risque d'atteinte de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Enfin, à supposer que les requérants invoquent au soutien de la condition d'urgence l'argument tiré de l'incidence du montant de la redevance sur les finances locales de la commune de Rennes, il résulte de l'instruction que le montant de la redevance fixé par l'avenant n° 2 contesté, d'un montant total de 34 941,20 euros, est identique au montant fixé par l'avenant n° 1, conclu le 22 décembre 2021, et applicable à compter du 1er janvier 2021, de sorte que les requérants ne démontrent pas l'existence d'une urgence sur ce point. Aucune des circonstances avancées par les requérants n'est ainsi de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de l'association La Nature en Ville et autres tendant à cette fin ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la requête n° 2304090 :

9. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le juge des référés ne peut ordonner la suspension de l'exécution d'une décision en application de cette disposition lorsqu'il apparaît, en l'état de l'instruction, que la requête au fond contre cette décision n'est pas recevable.

10. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du () recours. () ". Il résulte de ces dispositions, qui ont notamment pour finalité d'assurer une meilleure sécurité juridique des bénéficiaires d'autorisations d'urbanisme, que le délai de recours contre un permis de construire, qui, selon les dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, est de deux mois à compter du premier jour d'affichage du permis de construire sur le terrain, n'est prolongé par un recours gracieux adressé à l'autorité administrative qui l'a délivré que si le bénéficiaire du permis de construire est informé de ce recours, dans un délai maximal de quinze jours à compter de la saisine de l'administration.

11. Par une ordonnance n° 2303369 du 3 août 2023, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Rennes a rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association La Nature en Ville et autres contre l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel la maire de Rennes a délivré un permis de construire à titre précaire à l'association CPPC pour l'implantation d'une salle de spectacle au motif que l'absence de production de la preuve de la notification de leur recours gracieux au titulaire de l'autorisation n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux, de sorte que la requête était tardive et manifestement irrecevable. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'association La Nature en Ville et autres tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté ne peut, en conséquence, qu'être rejetée, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur les exceptions de non-lieu, les fins de non-recevoir, l'urgence et les moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association la nature en ville et autres les sommes que demandent la commune de Rennes et l'association CPPC dans les instances n° 2304089 et n° 2304090 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de l'association La Nature en Ville et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association La Nature en Ville, désignée représentante unique, pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à l'association Centre de Production des Paroles Contemporaines et à la commune de Rennes.

Fait à Rennes, le 24 août 2023.

Le juge des référés,

signé

C. DayonLe greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Nos 2304089, 2304090

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