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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304498

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304498

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 août et 5 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Baudet d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, ensemble l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et viole de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ensemble l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et viole de l'article 7 de l'accord franco-algérien, ensemble l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire française est entachée d'illégalité, par la voie de l'exception, en raison de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire viole l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 juin 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- et les observations orales de Me Baudet, pour M. A et celles de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 13 mars 1989, est entré régulièrement en France le 1er décembre 2019. Le 4 novembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à l'encontre de M. A une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle a été annulée par le tribunal le 30 décembre 2021. La demande d'asile formée

par M. A a été rejetée le 25 mars 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du

29 novembre 2021 au 28 novembre 2022. Par arrêté du 14 avril 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, par un arrêté du 23 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné à Mme D B, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'éloignement, les obligations de quitter le territoire avec ou sans délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué du 14 avril 2023 mentionne l'ensemble des circonstances de fait et motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de rejeter la demande de titre de séjour de M. A, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de renvoi. Le préfet y examine notamment l'ensemble des éléments produits par l'intéressé à l'appui de sa demande de titre de séjour, au regard des dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et procède à un examen de sa situation familiale et personnelle, ainsi que de son insertion professionnelle. Par ailleurs, la décision portant obligation de quitter le territoire est motivée par les circonstances de fait et de droit motivant le refus de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

5. En dernier lieu, les pièces médicales du dossier ne contredisent pas valablement l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII, puis par le préfet d'Ille-et-Vilaine, selon laquelle si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de demander au collège des médecins de l'OFII la communication du dossier médical de M. A lequel n'est pas fondé à soutenir qu'en estimant qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision relative au séjour :

6. En premier lieu, en se prévalant de ses problèmes de calculs rénaux chroniques et de la récurrence de consultations médicales à ce propos, M. A n'établit pas que c'est à tort que son état de santé a été regardé comme nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, M. A ne peut pas utilement se prévaloir de l'absence alléguée d'un traitement médical adapté à sa situation en cas de retour en Algérie. Il s'ensuit, qu'il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole les article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. M. A se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2019 ainsi que de celles de sa sœur et de son frère, de la relation amoureuse qu'il a nouée avec Mme F E, de son insertion professionnelle, de la constitution d'un cercle social et amical important et de ses problèmes de santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son parcours professionnel en France se résume essentiellement à des promesses d'embauche. Par ailleurs, les pièces produites par M. A ne témoignent pas de l'intensité des relations qu'il invoque avec sa famille présente en France. Enfin, si des attestations de proches et de connaissances louent les qualités personnelles de M. A, elles ne suffisent pas à elles seules à établir les efforts d'intégration du requérant. Alors que M. A est sans enfant, que sa relation amoureuse avec Mme E a débuté très récemment et qu'il ne démontre pas être dépourvu de famille dans son pays d'origine, compte tenu de ses conditions de séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6 paragraphes 5 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. La décision attaquée, pour les mêmes motifs n'est pas entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation.

9. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État. ".

11. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

12. Il ressort des pièces du dossier et principalement des éléments relatés au point 8

que M. A ne peut valablement se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire le préfet d'Ille-et-Vilaine à lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou de motifs exceptionnels de nature à justifier que lui soit délivrée une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". En outre, M. A n'établit pas être en mesure d'obtenir des autorités consulaires françaises à Alger un visa de long séjour en tant que salarié, en présentant à cette fin un contrat de travail visé par l'administration. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et viole les articles 7 de l'accord franco-algérien et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, M. A qui n'établit pas que la décision lui refusant un titre de séjour est illégale, ne peut valablement invoquer cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

14. En deuxième lieu, comme il a été dit aux points 5 et 6, l'absence d'une prise en charge médicale de M. A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

16. En quatrième lieu, M. A se prévaut des craintes encourues dans son pays d'origine et le sort actuellement réservé aux kabyles, la situation étant très tendues, particulièrement pour les algériens se revendiquant berbère ou kabyle. Alors que l'Ofpra, pour lui refuser l'asile, a considéré que l'intéressé n'avait apporté devant elle d'élément suffisamment tangible ou pertinent pour permettre de comprendre pour quelle raison ses seules origines ethniques auraient conduit à l'hostilité alléguée à son encontre, il ne ressort pas davantage des pièces versées au dossier que

M. A serait personnellement exposé à des menaces ou représailles. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. En dernier lieu, il résulte des points 14 à 16 que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en examinant la situation du requérant aux regards des dispositions et stipulations en cause.

Sur les conclusions d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 1500 euros sollicitée par M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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