jeudi 24 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304520 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, M. A B, représenté par Me Berthaut, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a déterminé le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) d'annuler les décisions portant modalités d'exécution de l'assignation résidence prévues dans l'arrêté préfectoral du 18 août 2023 ou, à défaut, d'annuler l'obligation de pointage édictée à l'article 2 de cet arrêté et/ou l'obligation de demeurer à son domicile et/ou l'interdiction de sortir de la commune de Guingamp ;
5°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui accorder un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision l'assignant à résidence :
- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux modalités de cette assignation ;
S'agissant des modalités de l'assignation à résidence :
- ces modalités sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- et les observations de Me Berthaut représentant M. B, absent, qui excuse le requérant qui a dû rester auprès de sa compagne puis développe les moyens de sa requête et qui ajoute que l'obligation de quitter le territoire français a méconnu le droit de l'intéressé d'être entendu au sens de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; le requérant ayant déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en juin 2023, qui est parfaitement exécutoire, si le préfet des Côtes-d'Armor a souhaité en prendre une nouvelle, c'est sans doute qu'il existait des éléments nouveaux, or M. B n'a pas été entendu sur ce point ; le préfet analyse explicitement le droit au séjour de M. B dans l'obligation de quitter le territoire français attaquée or il ne l'a pas entendu sur les éléments qui auraient pu le guider dans l'appréciation de son droit au séjour, tels que ses perspectives d'emploi ; le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'il analyse dans la décision attaquée le droit au séjour de M. B mais ne refuse pas un titre de séjour dans le dispositif ; s'agissant de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet persiste à nier à tort l'intensité de la relation que M. B entretient avec sa compagne française alors que le tribunal a reconnu l'intensité de ces liens et a annulé l'interdiction de retour pour ce motif ; il s'interroge sur le sens de la décision attaquée, sa pertinence et la réelle volonté du préfet qui indique qu'il est loisible à M. B d'obtenir un visa en Algérie pour revenir légalement sur le territoire lorsque l'enfant sera né ; la notification de l'assignation à résidence a eu lieu à 9h15, soit 5 minutes avant celle de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est pourtant fondée, ce qui devrait entraîner l'annulation de l'assignation à résidence.
Le préfet des Côtes-d'Armor n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1999, est selon ses déclarations entré en France en novembre 2021. Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B s'est toutefois maintenu de manière irrégulière en France. Par un arrêté du 20 juin 2023, le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. L'interdiction de retour a été annulée par jugement du tribunal administratif de Rennes du 27 juin 2023. Par deux arrêtés du 18 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose de manière précise la situation administrative de M. B depuis son entrée sur le territoire français, les conditions dans lesquelles il a été interpellé et auditionné par les services de police, les obligations de quitter le territoire français dont il a déjà fait l'objet les 7 avril 2022 et 20 juin 2023, et les éléments déclarés par le requérant concernant sa relation avec une ressortissante française, en relevant notamment qu'il a déclaré être le père de l'enfant à naître issu de cette relation et qu'il ne démontre ni l'ancienneté de cette relation, ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. La décision attaquée n'avait pas à faire état, à peine d'irrégularité, de l'ensemble des circonstances ou éléments de la situation de M. B invoqués par celui-ci. Si l'intéressé soutient également que l'arrêté attaqué se fonde sur une unique audition à la suite de son interpellation et qu'il n'a pas été mis en mesure d'apporter des éléments pour justifier de sa situation, aucune disposition n'imposait à l'autorité préfectorale d'accorder à l'intéressé un délai supplémentaire pour ce faire. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire français. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé par rapport aux titres de séjour délivrés de plein droit. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet des Côtes-d'Armor ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. B préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet des Côtes-d'Armor a commis une erreur de droit dès lors qu'il a analysé explicitement son droit au séjour sans lui avoir, pour autant, refusé la délivrance d'un titre de séjour dans le dispositif de la décision attaquée. Il est constant que l'intéressé n'a pas déposé de demande de titre de séjour. Le préfet a effectivement estimé que M. B n'entrait dans aucun cas de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence algérien, dès lors qu'il était tenu de vérifier que ce n'était pas le cas avant de prendre une décision d'obligation de quitter le territoire français à son encontre, un étranger ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, les moyens tirés de leur violation par une autorité d'un État membre sont inopérants.
7. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision attaquée, alors qu'il a fait l'objet d'une audition le 20 juin 2023, avant l'édiction de l'arrêté en litige, en langue française qu'il a déclaré comprendre et parler, au cours de laquelle il a pu présenter ses observations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposait d'informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, notamment dans le cadre de cette audition ou avant que ne soit prise la décision en litige, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être préalablement entendu doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est entré sur le territoire français qu'en novembre 2021, à l'âge de 22 ans, et qu'il s'y est maintenu depuis lors irrégulièrement, le requérant n'ayant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et n'ayant pas déféré à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 7 avril 2022 par le préfet de la Sarthe ni à celle édictée le 20 juin 2023 par le préfet des Côtes-d'Armor et devenue définitive. S'il fait état de sa relation de concubinage avec Mme C, ressortissante française, et de la grossesse de cette dernière, M. B ayant procédé à la reconnaissance anticipée de l'enfant à naître le 23 juin 2023, les seules pièces produites par le requérant consistent en des attestations d'hébergement établies par Mme C et sa mère, une attestation de sa compagne indiquant qu'ils sont en couple depuis décembre 2022 et qu'ils ont vécu ensemble chez sa mère de fin février à juin 2023 avant de prendre un logement ensemble, et un contrat de location du 16 juin 2023 au seul nom de Mme C. Ainsi, à la date de la décision attaquée, la relation entretenue avec Mme C était relativement récente. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où vivent ses parents. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. B, en dépit de la réalité de sa relation avec Mme C et de la grossesse de celle-ci, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet des Côtes-d'Armor aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
11. En sixième lieu, si M. B s'interroge sur le sens de la décision attaquée, sa pertinence et la réelle volonté du préfet qui indique dans l'arrêté qu'il lui est loisible d'obtenir un visa en Algérie pour revenir légalement sur le territoire lorsque l'enfant sera né, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité, soulevé par exception, de cette décision, doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
14. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que, pour décider de ne pas accorder à M. B de délai de départ volontaire, le préfet des Côtes-d'Armor a estimé qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, l'intéressé n'ayant entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative en France et n'ayant pas exécuté les deux précédentes mesures d'éloignement prises par le préfet de la Sarthe le 7 avril 2022 et par le préfet des Côtes-d'Armor le 20 juin 2023. Si M. B soutient que le préfet aurait dû tenir compte de sa situation personnelle et familiale, il ne démontre pas que cette situation serait de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur le risque qu'il se soustraie à la présente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-2 et L. 612 -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il n'est pas davantage établi que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Ainsi qu'il vient d'être exposé, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué au soutien des conclusions en annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
16. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception, doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ( ) ".
18. La décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 731-1 précité, et relève que M. B fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, et qu'il présente des garanties de représentation effectives. Elle comporte, de manière suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Côtes-d'Armor s'est fondé. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse serait insuffisamment motivée et serait entachée d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent être écartés.
19. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé. Dans ces conditions, alors que l'éloignement de l'intéressé demeure une perspective raisonnable, le préfet des Côtes-d'Armor a pu légalement prononcer à son encontre une assignation à résidence. La circonstance que M. B présente des garanties de représentation suffisantes est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence contestée. Si le requérant soutient qu'il ne présente aucun risque de fuite, l'assignation à résidence n'est pas subordonnée à l'existence d'un tel risque. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Aux termes de l'article L. 733-4 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
21. Par ailleurs, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
22. Par l'arrêté attaqué, le préfet des Côtes-d'Armor a contraint M. B à se présenter tous les jours de la semaine à dix-sept heures à la gendarmerie de Guingamp, à demeurer à son domicile entre dix-neuf et vingt-et-une heures chaque jour y compris les samedis, dimanches et jours fériés et lui a interdit de quitter la commune de Guingamp sauf à justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle au respect de cette sujétion.
23. M. B soutient que ces modalités d'assignation à résidence sont disproportionnées au regard de sa situation familiale et personnelle dès lors que sa compagne a régulièrement besoin de son assistance pour des tâches de la vie quotidienne en raison de sa grossesse et que les restrictions imposées à sa liberté d'aller et venir l'empêchent de l'aider à certaines heures ou lorsqu'elle se situe en dehors de la commune de Guingamp. Toutefois, M. B n'établit ni que la grossesse de sa compagne l'empêcherait de se présenter chaque jour à dix-sept heures à la gendarmerie de Guingamp, ni que sa compagne nécessiterait son aide en dehors de la commune de Guingamp ou en dehors de son domicile entre dix-neuf et vingt-et-une heures alors que les seules pièces médicales produites sont des comptes rendus d'échographies qui ne mentionnent pas de difficultés ou pathologies, le calendrier des consultations mensuelles pour le suivi de grossesse et la prescription d'un vaccin pour le requérant. Dans ces conditions, eu égard à sa durée et aux obligations imposées à M. B, les modalités de la mesure d'assignation à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention, ne peuvent être regardées comme disproportionnées par rapport au but poursuivi au regard de sa situation personnelle et familiale. M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur d'appréciation.
24. En cinquième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, la circonstance que l'arrêté assignant M. B à résidence lui a été notifié cinq minutes avant l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, qui constitue pourtant son fondement légal, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 18 août 2023 par lesquels le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination et l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
27. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.
La magistrate désignée,
signé
L. Tourre La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026