lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304546 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELAS D'AVOCATS MEZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, Mme A B, représentée par Me Mézin, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision de la directrice de l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Dinan du 27 février 2023 portant exclusion définitive ;
2°) d'enjoindre à la directrice de l'IFSI du centre hospitalier de Dinan de la réintégrer dans la formation et de présenter son dossier au prochain jury régional d'attribution du diplôme d'État d'infirmier ;
3°) de mettre à la charge de l'IFSI du centre hospitalier de Dinan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et professionnelle, lui faisant perdre le bénéfice de trois années de formation, faisant obstacle à ce qu'elle intègre un autre institut de formation et faisant définitivement obstacle à ce qu'elle exerce l'emploi d'infirmière auquel elle aspire ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle ne mentionne pas le prénom de son signataire ;
* elle est entachée d'un détournement de procédure : conformément à l'arrêté ministériel du 21 avril 2007, seul le premier des trois motifs évoqués relevait des attributions de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, les deux autres relevant éventuellement de la section compétente pour le traitement de situations disciplinaires et de la prise en compte de ses résultats pour l'attribution du diplôme ; la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles a donc statué au-delà de sa compétence ;
* elle est entachée d'incompétence, en ce qu'elle est signée par la directrice de l'IFSI alors qu'elle relève de la compétence de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles ; elle mentionne au demeurant l'avis de cet organe collégial, quand les textes lui confèrent un pouvoir décisionnel ;
* elle a été édictée sans qu'un rapport motivé de la directrice ne lui ait été transmis ; cette omission l'a privée d'une garantie ;
* la convocation ne comportait aucun motif, pas davantage que la mesure envisagée ou susceptible d'être édictée ;
* aucun procès-verbal ne lui ayant été transmis, malgré ses demandes, il n'est pas établi que la section était irrégulièrement composée et que le quorum était respecté ;
* la décision est fondée sur des faits matériellement inexacts ; elle est fondée sur des faits isolés et qui doivent être recontextualisés ; ne lui sont reprochés que des faits ou manquements durant son dernier stage, en janvier 2023, qui ne s'expliquent que par le caractère délétère de l'encadrement de son stage ; leur caractère fautif n'est pas établi ; tous les autres stages se sont bien déroulés et ses appréciations sont toutes élogieuses ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle remplit les conditions pour se voir délivrer le diplôme d'infirmier d'État.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le centre hospitalier de Dinan, représenté par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : l'intérêt public, tenant à la sécurité des patients, justifie le maintien de l'exécution de la décision en litige ; Mme B a attendu six mois avant de saisir le juge des référés ; la décision en litige ne fait pas obstacle à ce que l'intéressée continue d'exercer la profession d'aide-soignante, de sorte qu'elle n'affecte pas significativement sa situation financière ;
- aucun des moyens soulevés n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* l'absence du prénom de son signataire ne fait pas obstacle à son identification ;
* la décision fait mention des éléments ressortant du rapport circonstancié du 1er février 2023, à savoir un cumul d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes, des lacunes théoriques et pratiques et un comportement inadapté ; la section pédagogique n'a pas dépassé le champ de sa compétence ; les lacunes théoriques et pratiques sont la cause des actes réalisés, incompatibles avec la sécurité des patients ; il en est de même du comportement inadapté relevé, qui consiste en une absence de remise en cause et de prise en considération des remarques des infirmières encadrantes ; la notion de comportement inadapté n'est au demeurant pas réservée aux hypothèses de fautes disciplinaires ;
* la décision en litige est bien celle prise par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles, notifiée par la directrice de l'IFSI ; la mention de l'avis et non de la décision de la section procède d'une erreur de plume ;
* les membres de cette section ont reçu transmission, préalablement à la réunion du 27 février 2023, d'un dossier comportant notamment le compte-rendu de l'entretien du 2 février 2023, rédigé et signé par la directrice de l'IFSI, qui a tenu lieu de rapport motivé tel qu'exigé par les dispositions de l'arrêté du 21 avril 2007 ; Mme B en a reçu communication, de sorte que sa convocation n'est entachée d'aucune irrégularité, ayant été mise en mesure de connaître les griefs reprochés et de préparer utilement sa défense ;
* aucun texte n'oblige à préciser la mesure envisagée dans la convocation, ni même les décisions susceptibles d'être prises ;
* la section compétente était régulièrement composée et le quorum était atteint ;
* les griefs reprochés sont matériellement constitués ; le rapport circonstancié établi le 25 janvier 2023 les liste exhaustivement ; ils ont été commis entre le 3 et le 25 janvier 2023 ; la circonstance éventuelle que les stages précédents se soient bien déroulés se saurait suffire pour utilement contester la matérialité des faits reprochés ; au demeurant, les précédents stages ne sont pas tous positifs ; ceci tend à démontrer que les difficultés ne procèdent pas de l'encadrement ; Mme B n'apporte aucun élément corroborant ses allégations selon lesquelles tout aurait été fait pour la pousser à l'erreur ; les différents rapports de stage confirment ses difficultés à se remettre en question ; la décision est justifiée.
Vu :
- la requête au fond n° 2304354, enregistrée le 8 août 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Mézien, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les observations de Me Gorand, représentant le centre hospitalier de Dinan, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les explications de Mme B, qui indique de nouveau travailler en qualité d'aide-soignante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a intégré l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) rattaché au centre hospitalier de Dinan en septembre 2019. Elle a été convoquée devant la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'IFSI qui s'est réunie le 27 février 2023. Par un courrier du même jour, la directrice de l'institut a notifié à Mme B une décision d'exclusion définitive. Mme B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 27 avril 2007 susvisé : " La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est présidée par le directeur de l'institut de formation ou son représentant ". Aux termes de son article 15 : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Étudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / () / Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / () ". Aux termes de son article 16 : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et / ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ".
4. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le cas d'un étudiant, qui aurait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, est soumis à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l'intéressé doit être mis à même de connaître les causes de cette saisine ainsi que les décisions susceptibles d'être prises à l'issue de la procédure, afin de pouvoir présenter utilement des observations et de se faire assister, le cas échéant, par la personne de son choix.
6. Si le courrier de convocation du 9 février 2023 adressé à Mme B se borne à indiquer que sa situation sera étudiée par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, sans évoquer les différentes mesures pouvant être adoptées à l'issue de cette réunion, il résulte de l'instruction que ces mesures lui ont été exposées lors de l'entretien qui a eu lieu le 2 février 2023, au cours duquel la directrice de l'IFSI a informé Mme B de la suspension de son stage et de la saisine de la section compétente. L'intéressée a par ailleurs reçu communication, à l'instar de tous les membres de la section compétente saisie, du rapport circonstancié établi par le cadre de santé du service de médecine gériatrique du centre hospitalier de Saint-Malo ainsi que du compte-rendu d'entretien du 2 février 2023. Eu égard à leur teneur et à leur précision, ces deux documents peuvent être regardés comme tenant lieu de rapport motivé du directeur de l'IFSI visé à l'article 15 de l'arrêté précité. Dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, le moyen tiré du vice de procédure n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige en aucune de ses deux branches.
7. Pour regrettable que soit la formulation du courrier du 27 février 2023 de la directrice de l'IFSI, celui-ci doit être regardé comme portant simple notification de la décision d'exclusion définitive votée par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants le même jour. Dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
8. Les manquements reprochés à Mme B, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée par l'intéressée qui se borne à les imputer à une carence managériale, alors même qu'ils apparaissent procéder de la réitération des manquements déjà constatés dans de précédents stages, ainsi que cela ressort de l'ensemble des rapports de stages produits, consistent en des erreurs techniques de prise en charge de patients, en un refus ou une réticence à répondre aux questions des IDE encadrants, en une omission à respecter certaines règles sanitaires et en une absence de remise en question. De tels manquements, qui caractérisent ou favorisent la survenance d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, relèvent de ceux dont la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants pouvait connaître sans excéder sa compétence matérielle et, notamment, empiéter sur celle de la section disciplinaire. Eu égard à leur nature et leur caractère réitéré, les moyens tirés de l'inexacte qualification des faits reprochés, de l'erreur d'appréciation et du caractère disproportionné de la mesure prononcée n'apparaissent pas non plus propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. Aucun des autres moyens invoqués par Mme B et analysés ci-dessus n'est davantage propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision de l'IFSI du centre hospitalier de Dinan l'excluant de manière définitive de la formation ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Dinan qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que le centre hospitalier de Dinan demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Dinan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier de Dinan.
Fait à Rennes, le 18 septembre 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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01/06/2026