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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304563

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304563

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2023, et un mémoire, enregistré le

28 septembre 2023 et non communiqué, M. E B, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des stipulations du

5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation familiale en France et en Algérie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des stipulations du

b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors que sa promesse d'embauche pour un poste de mécanicien n'a pas été examinée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968, dès lors qu'il justifie détenir une promesse d'embauche sérieuse ;

- elle est entachée d'une erreur manifestation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

28 septembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Baudet représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant algérien né le 7 mai 1988, est entré en France le 19 mars 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 31 mars 2019. Le 3 février 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant, soit la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, soit la mention " salarié " sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 du même accord. Par un arrêté du 14 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions portant aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine qui a reçu, par un arrêté préfectoral du

23 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, délégation pour signer les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. La décision portant refus de titre de séjour vise les stipulations du b) de l'article 7 et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui en constituent le fondement. Elle fait également état de la date d'entrée en France du requérant, de sa situation familiale sur le territoire français en indiquant notamment que l'intéressé n'a donné que des informations partielles sur la situation administrative de ses frères et sœurs résidant en France, qu'il ne justifie pas d'un lien d'interdépendance avec ses cinq frères et sœurs et que ses parents résident en Algérie. Elle indique enfin qu'il ne justifie pas d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi. La décision attaquée, qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle fait état de l'absence d'un lien d'interdépendance du requérant avec sa fratrie résidant en France. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a examiné la nature des liens personnels et familiaux de M. B en France. A cet égard, le requérant ne peut utilement reprocher au préfet de n'avoir pas examiné son insertion dans la société française et la nature des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, ces éléments ne constituant pas des conditions de délivrance du certificat de résidence en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

7. M. B fait état de son entrée en France en 2019, de son hébergement par l'un de ses frères et de son intégration dans la société française. Toutefois, l'intéressé, dont la présence en France est récente, ne conteste pas que sa mère réside en Algérie et n'établit pas que trois des membres de sa fratrie ont vocation à rester en France, de sorte qu'il ne sera pas isolé en cas de retour en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. S'il fait valoir que l'une de ses sœurs, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, et un demi-frère, ressortissant français, résident en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence à leurs côtés serait indispensable, alors qu'il ne les a rejoints en France que récemment. En outre, la seule production d'une promesse d'embauche du 20 septembre 2021 ne saurait suffire à établir la réalité de l'intégration de l'intéressé dans la société française eu égard notamment au caractère déjà ancien de cette promesse d'embauche. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé, célibataire et sans enfant, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () / b ) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. () ".

9. Pour refuser de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention

" salarié ", le préfet s'est fondé sur l'absence de justification par l'intéressé d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Si le requérant reproche au préfet de n'avoir pas examiné le contrat de travail, il n'établit pas avoir adressé ce document aux services de la préfecture et non la seule promesse d'embauche. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de son contrat de travail doit être écarté.

10. Il résulte des stipulations citées au point 8 que la délivrance à un ressortissant algérien d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. B ne justifie pas avoir présenté ce dernier document. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

11. En dernier lieu, l'accord du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète et exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de la validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord du 27 décembre 1968. Cependant, le préfet d'Ille-et-Vilaine, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10, n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En second lieu, le requérant soutient que la mesure d'éloignement aura pour effet de le séparer définitivement de sa famille et notamment de son frère qui réside en France compte tenu de l'impossibilité d'obtenir un visa pour voyager vers la France. Toutefois, M. B n'assortit cette allégation d'aucune pièce justificative. Par suite, et compte tenu des motifs exposés au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Christine Grenier, présidente,

- Mme Marie Thalabard, première conseillère,

- Mme Caroline Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

C. D

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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