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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304612

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304612

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2023, Mme G B, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir un récépissé de demande de délivrance de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet devra justifier de la compétence du signataire ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet devra justifier que la procédure de consultation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a bien été respectée et notamment, que le médecin qui a établi le rapport n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis ;

- le préfet devra également justifier qu'un délai de trois mois a bien été respecté entre la transmission par la requérante des éléments médicaux et la date à laquelle l'avis a été rendu ;

- le préfet devra justifier que les médecins du collège de l'OFII ont délibéré conformément aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R.313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale et le défaut de soins sera susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourra pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ;

- le préfet a en conséquence méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L 611-3 du même code ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a pris sa décision en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Après levée par Mme B du secret médical, le dossier médical a été produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 25 octobre 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Le Bihan, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante ivoirienne née en 1988. Entrée en France le 20 août 2019, selon ses déclarations, elle a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 14 décembre 2020 et le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 juin 2021. Entre-temps, Mme B a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 27 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande, a obligé Mme B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme C A à l'effet de signer les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé, de manière suffisamment précise, des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser à Mme B le titre de séjour qu'elle a sollicité ainsi que les raisons pour lesquelles il a décidé de l'éloigner à destination de la Côte d'Ivoire. L'arrêté attaqué satisfait dès lors aux exigences de motivation.

4. En troisième lieu, si Mme B reproche au préfet de ne pas faire état dans son arrêté de son concubinage avec un ressortissant français, elle n'apporte cependant pas la preuve, comme le relève le préfet, de la transmission en mars 2022, comme elle le soutient, aux services de la préfecture, d'une attestation de vie commune remplie par son concubin et de la carte nationale d'identité de ce dernier. La critique manque donc en fait et le moyen tiré de ce que le préfet aurait, en conséquence, entaché ses décisions d'un défaut d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

6. Aux termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Le préfet a produit à l'instance une copie de l'avis émis le 29 juin 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Ce document révèle que le médecin-rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège et que celui-ci a bien délibéré. Enfin, la requérante s'abstient de préciser à quelle date elle a transmis ses éléments médicaux, ce qui ne permet pas d'établir que le collège de médecins n'aurait pas émis son avis dans le délai de trois mois qui lui était imparti.

8. En cinquième lieu, pour l'application des dispositions citées au point 5, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité, pour autant, celle-ci pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. Le préfet se prévaut à cet égard de l'avis émis en ce sens par l'OFII.

10. A l'appui de sa requête, Mme B se borne, pour justifier du contraire, à produire un certificat non daté établi par le docteur D ainsi qu'un certificat établi le 22 juillet 2020 par Mme F, psychologue clinicienne, qui ne comportent aucun élément sur l'absence d'un traitement approprié à l'état de santé de l'intéressée en Côte d'Ivoire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a procédé à une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, Mme B n'est pas, pour les mêmes motifs, fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français, qui lui est faite, a été prise en violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En septième lieu, Mme B se prévaut de ce qu'elle est en France depuis trois ans, de sa relation amoureuse avec un ressortissant français, M. E, avec lequel elle s'est pacsée et de ses activités bénévoles.

13. Toutefois, la déclaration de pacs entre Mme B et M. E est datée du 2 février 2023. Si la requérante verse au dossier plusieurs attestations faisant état d'une relation amoureuse entre les intéressés depuis plus de deux ans, ces témoignages émanent tous de membres de la famille de M. E et sont dès lors d'une force probante insuffisante. Ne sont pas davantage suffisamment probantes les photocopies de clichés photographiques au demeurant non datés. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas de ce que sa relation avec M. E était, à la date de l'arrêté attaqué, d'une ancienneté suffisante pour la regarder comme suffisamment stable. Il suit de là que, compte-tenu de l'entrée récente en France de Mme B et de ses conditions de séjour, le préfet n'a pas porté, en prenant les décisions attaquées, une atteinte disproportionnée au droit de celle-ci au respect de sa vie privée et familiale.

14. En huitième et dernier lieu, Mme B soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, pays qu'elle a fui en raison des violences dont elle a été victime de la part de membres de sa famille qui voulaient l'exciser.

15. Toutefois, Mme B, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, ne produit aucun élément permettant de justifier de la réalité des violences qu'elle déclare avoir subies, sans autres précisions, en Côte d'Ivoire, et par suite des craintes qu'elle déclare éprouver en cas de retour en Côte d'Ivoire. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Copie en sera adressée pour information à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière d'audience,

signé

I. Loury

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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