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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304613

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304613

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2023, M. D, représenté par Me Maral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- le préfet doit justifier de la compétence du signataire ;

- la décision n'est pas motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière ;

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet a méconnu l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision n'est pas motivée et souffre d'un défaut d'examen.

- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- les observations de Me Maral, pour M. C,

- et les explications de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérien né le 1er octobre 1984, est entré régulièrement en France le 18 août 2004. Par arrêté du 21 juillet 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, cette décision a été signée par M. B A, directeur adjoint des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et signataire de l'arrêté attaqué, lequel bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 18 juillet 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département d'Ille-et-Vilaine, à l'effet de signer le type d'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne l'ensemble des circonstances de fait et motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de rejeter la demande de titre de séjour de M. C. Le préfet y examine notamment l'ensemble des éléments produits par l'intéressé à l'appui de sa demande de titre de séjour, au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et procède à un examen de sa situation familiale et personnelle, ainsi que de son insertion professionnelle. Par ailleurs, la décision portant obligation de quitter le territoire est motivée par les circonstances de fait et de droit motivant le refus de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a versé au dossier l'avis du 21 novembre 2022 de la commission du titre de séjour en date, l'arrêté du 6 août 2021 portant nomination des membres de cette commission régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture ainsi que la fiche de synthèse de la situation du requérant remise à ses membres. En outre, il ressort des termes du courrier du 8 mars 2023 de M. C qu'il a été destinataire de l'avis de la commission. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

6. M. C se prévaut de sa présence en France depuis dix-neuf ans, d'une insertion tant professionnelle que personnelle sur le territoire français et de la signature et du respect des termes de son contrat d'accueil et d'intégration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée de présence en France de l'intéressé s'explique, d'une part, par le suivi d'études de septembre 2004 à septembre 2009, d'autre part, par le fait qu'il s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire d'août 2009 à janvier 2013 et d'août 2019 à juillet 2022. En outre, en dépit de quelques attestations qui louent ses qualités personnelles, M. C ne démontre pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France et ne produit aucun élément de nature à établir qu'il est dépourvu de toute attache familiale ou personnelle au Niger, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Par ailleurs, la commission du titre de séjour, qui a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour, s'est interrogée sur comportement de M. C relevant qu'il semblait " règle[r] ses problèmes par lui-même plutôt que de faire les choses dans les règles pour obtenir réparation ". Il ressort également des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de condamnations rappelées par la décision attaquée et qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise précédemment à son encontre 14 octobre 2009 par le préfet du Tarn. Enfin, M. C a tenu des propos véhéments envers les agents de l'administration et des membres du gouvernement comme en attestent les courriers versés au dossier par le préfet. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance de titre de séjour méconnaîtrait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la Cour d'appel de Douai a condamné M. C le 5 janvier 2021 à une peine de 4 mois d'emprisonnement assorti d'un sursis probatoire pendant un an et demi pour des faits encore récents, datant de 2018, de violences avec arme n'ayant pas entraîné une interruption temporaire de travail. Eu égard, à la gravité de ces faits qui n'étaient pas isolés ainsi que l'a relevé la commission du titre de séjour le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en faisant application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, outre les éléments rappelés au point3, le préfet d'Ille-et-Vilaine a relevé que le requérant déclarait être célibataire et sans enfants à charge, ne justifiait pas des liens familiaux et personnels d'une particulière intensité sur le territoire français, ni d'une insertion profonde dans la société française et ne démontrait pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. Le préfet a ainsi estimé que la mesure d'éloignement prise à son encontre ne portait pas une atteinte grave ou disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'entrait pas dans les catégories d'étrangers définies à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision n'est pas motivée et souffre d'un défaut d'examen.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public 5 () ".

11. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2004, où il a construit le centre de ses intérêts tant personnel que professionnel, s'étant installé en tant qu'auto-entrepreneur dans le domaine de l'achat, la vente et la location de véhicules depuis le 19 août 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné récemment pour des faits de violence avec armes comme il a été rappelé au point 8, qu'il est célibataire et sans enfant. En outre, la circonstance que le requérant ait lancé son entreprise durant l'instruction de son dossier devant la préfecture n'est pas de nature à caractériser une intégration professionnelle pérenne. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu M. C n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, si le préfet a indiqué que M. C " [pourrait] être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité, la Guinée, ou tout autre pays où il est légalement admissible ", cette référence à la Guinée, alors que le préfet avait relevé dans le même arrêté que le requérant était de nationalité nigérienne, constitue une simple de plume qui ne saurait, en l'espèce, caractériser un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé ou une insuffisance de motivation.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. M. C se prévaut de ce que la situation au Niger est très précaire depuis le coup d'état du 26 juillet dernier, toutefois, il n'est pas établi par les pièces versées au dossier que le requérant ferait l'objet dans ces circonstances particulières de menaces le visant personnellement ou du risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 1500 euros sollicitée par M. C au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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