lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août et 12 septembre 2023, M. C B, représenté par Me A, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet du Morbihan du 5 juillet 2023 portant refus d'admission au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en toutes hypothèses dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : la décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation familiale, professionnelle et financière ; il ne peut plus travailler au sein de l'entreprise qui l'a recruté en tant que plaquiste peintre, alors même qu'il a la possibilité de signer un contrat à durée indéterminée ; il ne peut plus, par suite, assumer les de son foyer, alors qu'il est père de deux petites filles de nationalité française et que son épouse ne travaille pas ; la décision les place dans une grande précarité ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation ; la seule mention d'infractions antérieures ne saurait suffire à motiver, en fait, l'existence d'une menace à l'ordre public ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; le préfet n'a pas examiné préalablement l'ensemble des éléments relatifs à son comportement et ne caractérise notamment pas l'actualité de la menace alléguée à l'ordre public ;
* elle est entachée d'erreur de droit : les stipulations de l'accord franco-tunisien ne comportent pas de réserve tenant à l'ordre public ; les dispositions des articles L. 314-2 et L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les faits reprochés sont anciens et doivent être recontextualisés ; il était très jeune, isolé, et a fait de mauvaises rencontres ; les condamnations datent de janvier 2019 à février 2020 ; il ne représente pas une menace actuelle et réelle pour l'ordre public, ce qui a conduit la commission du titre de séjour à émettre un avis favorable sur sa situation ; il a entamé des démarches pour obtenir le relèvement des mentions portées à son bulletin n° 2 ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dans la mesure où, au regard de son casier judiciaire chargé de huit condamnations et de son comportement lors de l'enquête de communauté de vie, sa décision ne peut sérieusement être regardée comme portant atteinte au processus de réinsertion de M. B ;
- M. B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* son signataire bénéficie d'une délégation de signature régulière et publiée ;
* elle est motivée et procède d'un examen complet de la situation de l'intéressé ;
* la réserve tenant à l'ordre public est opposable à toute demande d'admission au séjour ;
* eu égard aux faits reprochés à M. B, réitérés, graves et récents, et à la présence en Tunisie de membres de sa famille, la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu :
- la requête au fond n° 2304695, enregistrée le 30 août 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Thielen,
- les observations de Me Delagne, substituant M. A, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens qu'il développe.
Le préfet du Morbihan n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 5 juillet 2000, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du c) de l'article 10-1 de l'accord franco-tunisien, en qualité de parent d'enfant français, refusée par arrêté du préfet du Morbihan du 5 juillet 2023. M. B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cet arrêté et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait un ressortissant étranger. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. La décision en litige fait obstacle à ce que M. B, qui a travaillé depuis qu'il a été mis en possession d'un récépissé l'autorisant à le faire, conserve son emploi de plaquiste et donne suite à la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée dont il bénéficie. Elle fait ainsi obstacle à ce qu'il puisse contribuer aux charges de son foyer, alors qu'il est père de deux jeunes filles de moins de trois ans de nationalité française et que son épouse ne travaille actuellement pas.
5. La décision en litige préjudicie par suite de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité puisse être regardée comme remplie, ce que ne conteste pas utilement le préfet du Morbihan en se bornant à faire valoir que l'intéressé a été condamné à huit reprises.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Morbihan a opposé la circonstance que son comportement constituait une menace à l'ordre public.
7. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () / c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ; () ".
8. Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant tunisien si sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. À cet égard, lorsque l'administration fait valoir un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande d'admission au séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque sont de nature à justifier légalement sa décision.
9. Il résulte à cet égard de l'instruction que M. B a été condamné à six reprises entre le 10 janvier et le 16 avril 2019 et une septième fois le 12 février 2020 par jugements du tribunal correctionnel de Lorient, pour des faits de violence, vol, usage illicite de stupéfiants, menace de mort, outrage à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et escroquerie, à des peines n'excédant pas six mois d'emprisonnement.
10. La matérialité et la gravité des faits en cause ne sont pas contestées par M. B. Pour autant, il résulte de l'instruction, ainsi que l'a au demeurant relevé la commission du titre de séjour dans son avis favorable à son admission au séjour, d'une part, que la commission de ces infractions, circonscrite à une temporalité réduite et relativement ancienne, ne peut être dissociée d'un contexte particulier d'arrivée sur le territoire français en tant que jeune majeur et, d'autre part, que le comportement de M. B est, depuis février 2020, irréprochable, celui-ci ayant entrepris de véritables efforts d'insertion, professionnelle notamment. Dans ces circonstances, nonobstant la nature, la gravité et le caractère réitéré des faits commis par M. B, le moyen tiré de ce que le préfet du Morbihan a commis une erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France caractérisait une menace actuelle à l'ordre public suffisante pour justifier un refus d'admission au séjour apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 juillet 2023.
11. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté par le préfet du Morbihan, que M. B remplit les conditions posées par les stipulations précitées de l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien pour se voir délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, en qualité de parent d'enfant français.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet du Morbihan du 5 juillet 2023 portant refus d'admission de M. B au séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
13. La présente ordonnance implique nécessairement mais seulement d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond par le tribunal, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet du Morbihan du 5 juillet 2023 portant refus d'admission de M. B au séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, dans l'attente du jugement au fond.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Morbihan.
Fait à Rennes, le 18 septembre 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026