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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304709

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304709

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, sous le n° 2304709, l'association Capacité Autonomie Protection (ASCAP) de Lorient, agissant en qualité de tutrice de M. G B, majeur protégé, représenté par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même entachée d'illégalité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

28 septembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 27 juillet 2023.

II- Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, sous le n° 2304710, M. C B, représenté par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, sous astreinte de

50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet a, à tort, pris en compte la présence en France de son père ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à la nature des liens avec ses parents ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même entachée d'illégalité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 septembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Zaegel substituant Me Le Verger, représentant l'association Capacité Autonomie Protection (ASCAP) de Lorient, agissant en qualité de tutrice de M. G B, M. C B et en présence de M. D, employeur de

M. B ;

- et les observations de M. F, représentant la préfecture du Morbihan.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien né le 1er août 2004, est entré en France le

17 mars 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 8 février au 6 août 2019 en qualité d'étudiant stagiaire. Son frère, M. G B, ressortissant tunisien né le 1er juin 2003, est entré en France le même jour sous couvert d'un visa de court séjour valable du 12 février au 12 avril 2019. Le 1er février 2021, M. G B a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 30 août 2021, le préfet du Morbihan a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par deux décisions du président du conseil départemental du Morbihan du 17 novembre 2021, M. G B et M. C B ont été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance au titre du recueil provisoire à compter du 17 novembre 2021. Par deux ordonnances du 29 novembre 2021, le juge des affaires familiales du tribunal judiciaire de Vannes a ordonné l'ouverture d'une tutelle d'Etat au bénéfice des deux intéressés. Par une ordonnance de sauvegarde de justice du 12 mai 2022 et une ordonnance rectificative du

23 juin suivant, le juge des contentieux de la protection, statuant en qualité de juge des tutelles, a placé M. G B sous le régime de la sauvegarde de justice pour la durée de l'instance et a désigné l'association Capacité Autonomie Protection (ASCAP) de Lorient en qualité de mandataire spécial pour notamment représenter l'intéressé pour toute démarche relative à sa situation sur le territoire français.

2. Le 3 juillet 2022, M. C B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 1er août 2022, M. C B a été pris en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur jusqu'au 12 octobre 2022, renouvelé à deux reprises jusqu'au 30 juin 2023. Par un arrêté du 20 avril 2023, dont M. C B demande l'annulation par une requête, enregistrée sous le n° 2304710, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

3. Le 30 août 2022, M. G B a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une ordonnance du 28 mars 2023, le juge des contentieux de la protection de Lorient, statuant en qualité du juge des tutelles, a placé M. B sous le régime de la tutelle, fixé la durée des mesures de protection à 120 mois et désigné l'ASCAP 56 en qualité de tutrice pour représenter M. B et administrer ses biens et sa personne. Par un arrêté du 20 avril 2023, dont M. G B demande l'annulation par une requête enregistrée sous le n° 2304709, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

4. Les requêtes n° 2304709 et 2304710 concernent la situation de deux frères, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne M. C B :

5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Pour refuser de délivrer à M. C B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Morbihan a estimé que l'intéressé avait conservé des attaches familiales en Tunisie avec sa mère, son père et son frère, ces deux derniers ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 30 août 2021.

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, alors âgé de 14 ans, est entré en France en 2019 avec son père, et son frère, M. G B, né le 1er juin 2003, alors âgé de 15 ans. Le signalement du 27 octobre 2021 effectué par le Service intégré d'accueil et l'orientation du Morbihan (SIAO 56) indique que le père de M. C B a résidé avec ses enfants dans un hôtel entre le 25 novembre 2020 jusqu'à la mi-octobre 2021 et que la demande du père du requérant, en novembre 2020, tendant au placement de ses deux enfants a échoué. Il précise que le père A. B est parti en laissant ses deux enfants. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, par une décision du président du conseil départemental du Morbihan du 17 novembre 2021, a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance au titre du recueil provisoire à compter de cette date, qu'il a été placé sous tutelle d'Etat par une ordonnance du juge des affaires familiales du tribunal judiciaire de Vannes du 29 novembre 2021 et qu'à sa majorité, il a été pris en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur jusqu'au 30 juin 2021, renouvelé jusqu'en juin 2023. En outre, l'intégralité des démarches tendant à la prise en charge du handicap dont est atteint le frère du requérant a été réalisée par l'association Capacité Autonomie Protection (ASCAP) de Lorient en qualité de mandataire spécial puis en qualité de tutrice. Ces éléments corroborent l'absence de contacts entre M. C B et son père. La circonstance que le père du requérant soit inconnu des autorités italiennes, alors que M. C B a déclaré que son père était parti en Italie, ne permet pas d'établir que ce dernier a conservé des liens avec ses enfants, qu'il serait encore en France ou serait retourné en Tunisie. Aucun autre élément du dossier ne permet d'établir le maintien de liens entre M. C B et son père. Il ressort également des pièces du dossier qu'alors même que sa mère vit en Tunisie, M. C B n'a plus de liens avec elle depuis de nombreuses années. Par ailleurs, l'arrêté attaqué relève que M. C B remplit les conditions relatives à l'âge de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, au caractère réel et sérieux du suivi de sa formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et indique également que la structure d'accueil a émis un avis favorable sur sa capacité d'insertion dans la société française. Dans ces conditions,

M. C B est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet du Morbihan du 20 avril 2023 portant refus de délivrer un séjour à M. C B doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

En ce qui concerne M. G B :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. G B ne dispose plus de liens avec son père et sa mère. Il ressort des pièces du dossier et notamment du signalement du

27 octobre 2021 précité, du courrier de l'ASCAP 56 du 9 mars 2023 adressé à la maison départementale de l'autonomie (MDA) du Morbihan et de la décision de la MDA du

8 février 2023, que l'absence d'autonomie de M. G B dans les actes de la vie quotidienne rend indispensable la présence à ses côtés de son frère, M. C B. Dans ces conditions, le préfet a entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'une erreur d'appréciation quant à la nature des liens de M. G B avec sa famille restée en Tunisie et quant à ceux entretenus avec son frère en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. G B est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet du Morbihan du 20 avril 2023 doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 8, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à M. C B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

14. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 11, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à M. G B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

15. Dans l'attente de la délivrance de ces cartes de séjour temporaire, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à MM. B une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés aux litiges :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Verger, avocate de M. C B et de M. G B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à chacun des requérants sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet du Morbihan du 20 avril 2023 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. C B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article

L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. G B une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera, pour chacune des requêtes n°s 2304709 et 2304710, la somme de

1 000 euros à Me Le Verger, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Le Verger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'association Capacité Autonomie Protection (ASCAP) de Lorient, agissant en qualité de tutrice de M. G B, majeur protégé, au préfet du Morbihan et à Me Le Verger.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Marie Thalabard, première conseillère,

Mme Caroline Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. ELa présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2304709,2304710

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