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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304712

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304712

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCOSNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, M. A D, alors placé en détention au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixé le pays de destination et décidé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- il méconnaît le droit d'être entendu ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et/ou méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il nécessite de rester en France pour poursuivre son traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- les observations de Me Cosnard, avocate commise d'office, représentant M. D qui a développé les éléments exposés dans les écritures,

- les explications de M. D, assisté d'une interprète par téléphone,

- et les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né en novembre 1977, de nationalité géorgienne, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 30 juin 2023, notifiée le 6 juillet 2023. Dès lors qu'il est originaire de la Géorgie, pays considéré comme d'origine sure en application de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin-le-Coquet depuis le 11 mai 2023 pour avoir été condamné à six mois d'emprisonnement par un jugement rendu par le tribunal correctionnel de Rennes le 11 mai 2023 pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours, le préfet d'Ille-et-Vilaine a alors pris à son encontre, le 25 août 2023, un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté du 25 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E B, adjointe du chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui, par arrêté du 18 juillet 2023 a reçu délégation du préfet aux fins, notamment, de signer les décisions prises dans le cadre des attributions du bureau des étrangers ce qui vise les mesures d'éloignement prises à l'encontre des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'ensemble des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Le préfet a examiné l'ensemble des éléments de droit et de fait se rapportant à la situation de M. D dont il avait connaissance et en particulier concernant sa situation administrative, personnelle, familiale de nature à fonder l'obligation de quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, de fixer le pays d'éloignement et de décider une interdiction de retour sur le territoire. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

4. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision. Si M. D soutient que le préfet d'Ille-et-Vilaine a méconnu le principe du respect des droits de la défense, il a été entendu par les services la police aux frontières le 16 août 2023 au centre pénitentiaire de Vezin sur son droit au séjour avant la fin de son incarcération. Il a notamment indiqué qu'il avait des problèmes de santé et qu'il était venu en France pour se soigner. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait eu des éléments nouveaux à faire valoir qui auraient conduit le préfet à prendre une décision différente à son égard. Par suite, le moyen tiré de la violation du doit d'être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ".

6. Si M. D fait valoir qu'il a un cousin qui vit en France, il ne démontre pas entretenir avec lui des liens d'une particulière intensité et n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où vivent toujours ses parents et sa sœur. Par ailleurs, comme exposé au point 1, il a été condamné à six mois d'emprisonnement par un jugement rendu par le tribunal correctionnel de Rennes le 11 mai 2023 pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Ainsi, sa présence sur le territoire a été de nature à troubler l'ordre public. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de séjour de M. D, et alors qu'il est célibataire et sans enfant et a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans, la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. En outre, étant sans enfant le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'intérêt supérieur de l'enfant est inopérant. Par suite ces moyens doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. En se bornant à produire, d'une part, un certificat médical géorgien traduit dont il ressort qu'il a subi une intervention chirurgicale en 2021 au sein de la première clinique universitaire de l'université médicale d'Etat de Tbilissi dans la région cervicale de la colonne vertébrale et qu'il y a reçu des soins adaptés après l'opération dans le service de neurologie et, qu'à la sortie il lui a été simplement prescrit une surveillance pendant un mois auprès d'un médecin de famille et d'un neurologue ainsi que le port de bandage souple pendant deux semaines, un traitement de la plaie et un traitement médicamenteux, d'autre part, un rendez-vous pour une consultation dans le service de neurologie de l'hôpital Pontchaillou le 18 septembre 2023 et un compte rendu de consultation du 16 mars 2023 auprès d'un médecin dont la spécialité n'est pas précisé qui conclut notamment " j'informe le patient que devant la présentation rassurante [de son état] nous n'allons pas faire d'examen d'urgence en l'absence de nouveau symptôme ou aggravation ", et enfin un courriel du médecin coordinateur de la Zone Ouest qui indique que si l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été saisi par M. D le 15 mars 2023, d'une demande de vulnérabilité du demandeur d'asile, dont le seul but est d'étudier le dossier médical dans une démarche de priorisation des hébergements disponibles du dispositif national d'accueil, sa demande n'a pas été retenue prioritaire après examen des pièces médicales transmises, le requérant n'établit aucunement que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 août 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. DescombesLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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