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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304714

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304714

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, Mme C A, représentée par

Me Gaëlle Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été régulièrement émis, en ce qu'il comporte l'ensemble des informations prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et permet l'identification de ses trois signataires ;

- l'arrêté préfectoral contesté est insuffisamment motivé et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur de droit, en se bornant à reprendre l'avis du collège des médecins de l'OFII sans exercer sa propre compétence d'appréciation sur sa situation ;

- les décisions litigieuses ont été prises sur le fondement de dispositions qui méconnaissent l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des principes généraux du droit de l'Union européenne tenant au droit à une bonne administration et au droit à un procès équitable ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que du 9° de l'article L. 611-3 de ce code, dès lors qu'elle justifie d'un suivi médical pour un cancer du sein ainsi que pour une ostéoporose sévère ;

- elle entend obtenir la communication de l'entier dossier médical dont l'OFII a disposé ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'elle vit en France avec son fils majeur qui souffre de pathologies psychiatriques graves ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français étant illégales, la décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office se trouve en conséquence privée de base légale ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'eu égard à la gravité des pathologies dont elle souffre, une absence de prise en charge peut être regardée comme un traitement inhumain ou dégradant et que la mesure d'éloignement litigieuse emporte un risque de rupture dans la continuité de ses soins.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,

- et les observations de Me Semino, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante géorgienne née le 22 octobre 1976 à Mestia (URSS), est entrée en France le 1er octobre 2019, accompagnée de son fils, alors mineur. Les démarches qu'elle a engagées pour obtenir la reconnaissance de la qualité de réfugiée se sont révélées vaines, ainsi que l'a confirmé, en dernier lieu, la Cour nationale du droit d'asile le

24 novembre 2020. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé, en conséquence, par un arrêté du

3 septembre 2020, de l'obliger à quitter le territoire français. Mme A s'est toutefois maintenue sur le territoire français et a sollicité, le 5 octobre 2022, son admission au séjour en tant qu'étranger malade. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français, qui citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutient la requérante, d'éléments de fait propres à sa situation, en mentionnant notamment son état de santé ainsi que la présence sur le territoire français de son fils, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A au regard de son droit au séjour avant de prendre cette décision.

4. En troisième lieu, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la régularité de la procédure implique, pour respecter les prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment que, préalablement à l'avis rendu par le collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger malade et établi par un médecin de l'OFII, lui soit remis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne siège pas au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

6. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a produit, dans le cadre de la présente instance, l'avis émis le 29 novembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII concernant l'état de santé de Mme A, dont il ressort qu'il est intervenu au vu du rapport médical établi par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège, les médecins ainsi désignés étant, contrairement à ce qui est soutenu, parfaitement identifiables. Le collège des médecins s'est, par ailleurs, prononcé sur l'état de santé de Mme A au regard de l'ensemble des critères, pertinents la concernant, prévus par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions litigieuses seraient intervenues au terme d'une procédure irrégulière.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est principalement fondé sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, dont il s'est approprié les termes, selon lequel l'état de santé de l'intéressée, d'une part, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et d'autre part, lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si Mme A soutient avoir levé le secret médical et avoir joint à son dossier administratif des éléments médicaux dans le cadre d'une précédente procédure en 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui indique avoir pris sa décision notamment " au vu des éléments soumis par l'intéressée aux services préfectoraux ", n'en aurait pas tenu compte. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait senti lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII et n'aurait pas usé de son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En cinquième lieu, Mme A soutient que l'avis du collège des médecins de l'OFII n'étant pas motivé, elle n'a pas été mise en mesure de discuter utilement les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII s'est fondé sur le rapport médical rédigé préalablement par le Dr B, qui a pris connaissance des pièces médicales transmises par la requérante et a convoqué celle-ci pour un examen. Il était ainsi loisible à Mme A de transmettre au médecin rapporteur toute pièce utile pour lui permettre de se prononcer sur son état de santé ainsi que sur les difficultés éventuelles rencontrées pour l'accès aux soins dans son pays d'origine. De surcroît, Mme A ne soutient pas avoir sollicité vainement la communication du rapport rédigé par le Dr B. Mme A n'établit pas davantage ne pas avoir été en mesure de transmettre des éléments complémentaires au préfet d'Ille-et-Vilaine, notamment sur le système de santé géorgien, avant que celui-ci ne se prononce sur sa demande de titre de séjour pour raisons médicales. La procédure ainsi suivie, permettant à l'autorité administrative de se prononcer sur l'opportunité de délivrer un titre de séjour pour raison de santé, assure la conciliation entre le droit des intéressés à accéder aux pièces de leur dossier administratif et le respect de la nécessaire confidentialité concernant leur état de santé qui fait l'objet d'une appréciation qui en est faite, partiellement couverte par le secret médical, par une formation experte et collégiale. Il s'ensuit que la requérante ne saurait utilement soutenir que le principe d'égalité des armes n'aurait pas été respecté et que son droit à un recours effectif aurait été méconnu. Mme A n'est, dès lors, pas fondée à soutenir, par la voie de l'exception, que les décisions en litige sont fondées sur des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui méconnaissent les stipulations de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les principes généraux du droit de l'Union européenne, ou encore les dispositions de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui fait partie du Préambule de la Constitution.

10. En sixième lieu, Mme A expose faire l'objet, depuis son arrivée en France, d'un suivi médical pour un cancer du sein et souffrir également d'une ostéoporose sévère du rachis. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment du certificat médical rédigé par un médecin généraliste le 19 février 2020, que le cancer du sein de la requérante a été diagnostiqué en 2013 et qu'elle a subi, dans son pays d'origine, une mastectomie, une chimiothérapie et une radiothérapie, qu'elle a reçu une hormonothérapie puis a subi une hystérectomie de prévention. Le compte-rendu rédigé le 31 mars 2023 par un médecin rhumatologue fait état du traitement médicamenteux prescrit compte tenu du diagnostic d'ostéoporose et mentionne qu'une réévaluation densitométrique est indiquée dans trois ans. Ces documents sont conformes à l'appréciation qui a été portée par les médecins de l'OFII sur l'état de santé de Mme A et sur la nécessité pour elle de bénéficier d'une prise en charge médicale. En revanche, par la seule production d'une documentation à caractère général sur le système de soins géorgien et sur le coût des traitements, la requérante n'établit pas qu'elle ne sera pas en mesure de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine. Si Mme A sollicite la communication de l'entier dossier médical constitué auprès de l'OFII, il ne ressort pas des écritures et pièces de la présente instance qu'une telle communication serait utile. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles du 9° de l'article L. 611-3 de ce code. Elle n'établit pas davantage que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions à sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne

de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une

société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au

bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions

pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Si Mme A fait valoir qu'elle réside sur le territoire français avec son fils, né en 2003 et désormais majeur, qui souffre de pathologies psychiatriques graves nécessitant un accompagnement quotidien, elle ne justifie pas, par la seule production d'un récépissé de demande de titre de séjour, remis postérieurement à l'arrêté préfectoral litigieux et valable du

24 août au 23 novembre 2023, que celui-ci a vocation à séjourner durablement sur le territoire français. Elle n'établit pas, en outre, la réalité des démarches qu'elle soutient avoir entrepris pour s'intégrer dans la société française. Elle ne conteste pas davantage qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où demeurent toujours ses parents ainsi que son frère et sa sœur. Au regard de ces éléments, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts

en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation des décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, et ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Ainsi qu'il a été précédemment développé, Mme A n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il existerait, en conséquence de ce retour, des craintes sérieuses pour la continuité des soins. En se bornant à critiquer la décision du préfet, en faisant valoir que celui-ci n'aurait pas cherché à s'assurer de la possibilité pour elle de bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, la requérante, qui n'apporte aucune précision sur la réalité de sa situation, sur ses ressources personnelles et celles de sa famille, ne fait état d'aucun élément probant ou pièce justificative permettant de tenir pour établie la réalité des menaces pour sa santé dont elle entend se prévaloir. Dans ces conditions, les moyens tirés tant du défaut d'examen de sa situation personnelle que de la violation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine fixe le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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