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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2304998

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2304998

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2304998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2313435 du 15 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal administratif de Rennes la requête enregistrée le 13 septembre 2023 par M. D C, représenté par Me Laplane.

Par cette requête, M. D C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'annuler la décision du 11 septembre 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus de délai :

- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'arrêté du 11 septembre 2023 portant assignation à résidence :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'une insuffisante motivation ;

- est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est disproportionné et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance de renvoi n°2313435 du 15 septembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi,

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

Le requérant n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais est entré régulièrement en France le 18 avril 2016. M. C a sollicité et obtenu une admission exceptionnelle au séjour, mention " étudiant ", dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté en date du 11 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Par un second arrêté en date du 11 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande l'annulation des décisions du 11 mai 2023 et du 11 septembre 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle le 13 septembre 2023, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de destination et de la décision portant assignation à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction à la délivrance ou au réexamen, qui sont l'accessoire d'une demande d'annulation de la décision de refus de titre de séjour, devant être regardée comme étant également sollicitée en l'espèce, ainsi que les conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent en tout état de cause être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 11 mai 2023 :

5. Le préfet de la Loire-Atlantique oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que la requête de M. C à l'encontre de l'arrêté du 11 mai 2023 serait tardive.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

7. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ()".

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 11 mai 2023, qui a été pris en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été notifié, avec la mention des voies et délais de recours, à M. C par lettre recommandée avec accusé de réception produite à l'instance, à l'adresse que ce dernier avait indiqué à la préfecture de la Loire-Atlantique et a été retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Cette notification doit être regardée comme étant intervenue le 19 mai 2023, date à laquelle l'intéressé a été avisé du dépôt de ce pli. La demande d'aide juridictionnelle de M. C, qui a été présentée le 13 septembre 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours qui commençait à courir le 19 mai 2023, n'a donc pas eu pour effet de proroger ce délai parvenu à son terme. Dès lors, la demande de M. C, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes, le 13 septembre 2023, postérieurement à l'expiration du délai de recours, est tardive et ne peut qu'être rejetée comme irrecevable et tant qu'elle tend à l'annulation des décisions du préfet de la Loire-Atlantique du 11 mai 2023 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 septembre 2023 portant assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Enfin, aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

10. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a régulièrement donné délégation, selon arrêté du 21 août 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A, directrice des étrangers en France, tous les actes relevant des attributions de la direction au nombre desquels les décisions d'éloignement et les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée précise les considérations de droit et de fait déterminantes au vu desquelles elle a été prise et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions précitées. Sur ce point, notamment, la décision litigieuse, qui n'avait pas au demeurant à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation administrative du requérant, mentionne notamment que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire en date du 11 mai 2023.

12. En troisième lieu, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

13. En l'espèce, M. C est assigné à résidence sur la commune de l'Hermitage et astreint à une obligation de pointage tous les jours de la semaine, à 17h00 à la brigade de gendarmerie de Pacé située 21 bis avenue Charles Le Goffic, à une interdiction de sortir de la commune de l'Hermitage sans autorisation.

14. Compte tenu de l'absence d'exécution des précédentes mesures d'éloignement et de la volonté exprimée par l'intéressé de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire, les modalités d'assignation ne présentent pas de caractère disproportionné, d'autant plus que M. C, qui n'a pas d'enfant et ne fait état d'aucune activité professionnelle, n'apporte pas la preuve d'une contrainte particulière qui l'empêcherait de satisfaire à ces obligations de présentation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation, ni des décisions du préfet de la Loire-Atlantique du 11 mai 2023 l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine, ni de celle du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 septembre 2023 l'assignant à résidence. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de M. C dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 11 mai 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Loire-Atlantique et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Bozzi

La greffière,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne aux préfets de la Loire-Atlantique et d'Ille-et-Vilaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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