vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LE FOYER DE COSTIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me le Foyer de Costil, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le jury de l'université de Bretagne occidentale de la troisième année de licence de droit a prononcé son ajournement, ainsi que de la décision du 18 juillet 2023 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'université de Bretagne occidentale de provoquer une nouvelle délibération du jury afin de statuer sur l'obtention de sa troisième année de licence ;
3°) de mettre à la charge de l'université de Bretagne occidentale le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : la rentrée universitaire est imminente, elle a été acceptée en master et elle a été recrutée par une entreprise afin de poursuivre son cursus en alternance ; l'incertitude de la situation actuelle a des répercussions sur son état de santé ; la perte de salaire liée à l'impossibilité d'honorer la promesse d'embauche fragilise sa situation financière ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :
- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard des articles 14 et 15 de l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence : l'unité d'enseignement " droit international " lui est définitivement acquise dès lors qu'elle a obtenu la moyenne et elle ne pouvait légalement y renoncer ; même à considérer qu'elle était en mesure de repasser les épreuves de cette unité d'enseignement afin d'obtenir une note supérieure, elle en conservait le bénéfice ;
- elle a utilement demandé en février 2023 le bénéfice de cette unité d'enseignement avant la publication de tout résultat et elle avait un droit à l'erreur en vertu de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- aucune mesure n'a été mise en place par l'université afin de garantir l'impartialité du jury dans la correction des épreuves de droit du travail pour l'année universitaire 2022-2023 alors qu'elle avait des relations conflictuelles avec la responsable de la matière " droit du travail relations individuelles ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, l'université de Bretagne occidentale, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : la rentrée dans le master administration économique et sociale, parcours direction des structures médico-sociales et des services aux personnes a eu lieu le 1er septembre 2023 et c'est la requérante qui a tardé à introduire le présent référé ; au demeurant, la requérante a bien débuté une nouvelle licence 3 ; la justification médicale apportée est insuffisante pour caractériser une situation d'urgence ; la requérante ne justifie pas de sa situation financière ni d'une promesse d'embauche ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :
- la délibération du jury n'est pas entachée d'erreur de droit : c'est la requérante qui a expressément renoncé de sa propre initiative au bénéfice de la note de 10 sur 20 obtenue en droit international au cours de l'année universitaire 2021-2022, renonciation irrévocable et encadrée par les modalités de contrôle de connaissances et de compétences (MCCC) ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant, l'attribution d'équivalences en termes de reprises de crédits (ECTS) et l'obtention du diplôme de licence ne relevant ni de la catégorie des sanctions, ni de celle des prestations dues ;
- le moyen tiré de l'impartialité du jury n'est pas assorti des précisions permettant de caractériser les relations prétendument conflictuelles invoquées et les rapports avec l'enseignante mis en cause ne relèvent ni de liens personnels ni de liens professionnels de sorte que l'enseignante n'avait aucune raison de s'abstenir de participer au jury.
Vu :
- la requête au fond n° 2305046 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Fouret, représentant Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'urgence dès lors que la requérante est acceptée en master 1 et a jusqu'au mois d'octobre pour valider définitivement son inscription, soulève le moyen tiré de l'exception d'illégalité des MCCC en tant qu'elles prévoient, en cas de redoublement, la possibilité pour un étudiant de renoncer à une unité d'enseignement capitalisée lors d'une année précédente ;
- les observations de Me Roquet, représentant l'université de Bretagne occidentale, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que la rentrée en master a débuté le 1er septembre 2023 et que Mme B n'a saisi que tardivement le juge des référés, insiste sur le fait que la requérante a exercé le droit d'option qui lui était offert par les MCCC, indique que l'université ne conteste pas qu'avec une moyenne de 10 sur 20 à l'unité d'enseignement " droit international ", Mme B obtient son diplôme de licence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B était inscrite pour l'année universitaire 2022-2023 en troisième année de licence de droit au sein de l'université de Bretagne Occidentale. Par une première délibération du 6 juillet 2023, le jury a prononcé son ajournement. Par une nouvelle délibération du 12 juillet 2023, prise à la suite d'un défaut de correction sur sa copie de droit international privé, se substituant à la précédente, elle a de nouveau été ajournée. Elle a présenté, le 13 juillet 2023, un recours gracieux qui a été rejeté le 18 juillet 2023. Elle demande la suspension de l'exécution de la décision du jury du 12 juillet 2023 prononçant son ajournement ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ()".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Il résulte de l'instruction que les décisions litigieuses font obstacle à ce que Mme B, faute d'avoir obtenu sa licence, puisse intégrer, au titre de l'année universitaire 2023-2024, le master mention " administration économique et sociale : direction des structures médico-sociales et de services aux personnes " de l'université de Bretagne occidentale dans lequel elle a été acceptée. Il résulte en outre des débats à l'audience que si la rentrée de ce master a eu lieu le 1er septembre 2023, Mme B conserve le bénéfice de son admission jusqu'à la mi-octobre 2023. Dans ces conditions, les décisions en litige préjudicient de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que soit regardée, en l'espèce, comme remplie la condition d'urgence énoncée par les dispositions précitées de l'article L.521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article 14 l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence : " Au sein d'un parcours de formation, les unités d'enseignement sont définitivement acquises et capitalisables dès lors que l'étudiant y a obtenu la moyenne. L'acquisition de l'unité d'enseignement emporte l'acquisition des crédits européens correspondants. De même, sont capitalisables les éléments constitutifs des unités d'enseignement, lorsque leur valeur en crédits européens est également fixée. / Lorsqu'un étudiant change d'établissement pour poursuivre son cursus dans une formation conduisant à la même mention de licence, les crédits européens délivrés dans l'établissement d'origine lui sont définitivement acquis et sont transférables. Il valide seulement les crédits européens qui lui manquent pour l'obtention de son diplôme () ". Il résulte de ces dispositions qu'une unité d'enseignement est définitivement acquise et capitalisée lorsque la note obtenue, composée des différentes matières qui la composent, est supérieure ou égale à 10 sur 20.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'illégalité des MCCC applicable à la licence au regard des dispositions précitées en tant qu'elles prévoient une possibilité de renonciation d'un étudiant au bénéfice d'une unité d'enseignement validée en cas de redoublement est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution des décisions prononçant l'ajournement de Mme B à la troisième année de licence de droit et rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction:
8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le jury de la troisième année de licence de droit de l'université de Bretagne occidentale délibère de nouveau sur la situation de Mme B, en tenant compte des motifs de la présente ordonnance. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par l'université de Bretagne occidentale doivent, dès lors, être rejetées.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le jury de l'université de Bretagne occidentale de la troisième année de licence de droit a prononcé l'ajournement de Mme B, ainsi que de la décision du 18 juillet 2023 de rejet de son recours gracieux est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au jury d'examen mentionné à l'article 1er ci-dessus de délibérer de nouveau sur la situation de Mme B dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de l'université de Bretagne occidentale présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'université de Bretagne occidentale.
Fait à Rennes, le 29 septembre 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026