vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'annuler les décisions portant modalités d'exécution de l'assignation à résidence prévues dans l'arrêté préfectoral du 18 septembre 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
5°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment au regard de son état de santé ;
La décision portant refus de délai :
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
L'arrêté du 18 septembre 2023 portant assignation à résidence :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est disproportionné et entaché d'une erreur d'appréciation.
Par des pièces enregistrées le 21 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Vu :
- le jugement nos 2001264-2001265 du 10 juin 2020 ;
- l'ordonnance n°20NT02461 de la cour administrative d'appel de Nantes du 24 février 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New York relative aux droits de l'enfant
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi,
- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. C, qui s'en remet à ses écritures et ajoute que le requérant n'est pas présent car il est très affecté par cette audience, qu'il n'existe pas de traitement disponible et accessible en Géorgie pour assurer son suivi médical, que le préfet aurait dû solliciter des éléments complémentaires sur son état de santé, qu'il habite en France depuis six ans et que ses enfants sont parfaitement intégrés, en particulier sa fille aînée qui doit passer dans les prochains mois les épreuves du baccalauréat et que la décision d'éloignement en litige la priverait de diplôme et que pour les mêmes raisons, les décisions refusant un délai de départ et lui interdisant le retour sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien, est entré irrégulièrement en France le 24 juin 2017. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et par une décision du 30 mars 2018, l'Office français de protection des réfugiés et aparides (OFPRA) a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 décembre 2018. Le 24 décembre 2021, M. C a présenté une demande de titre de séjour pour raisons de santé qui a fait l'objet d'un refus du préfet d'Ille-et-Vilaine le 19 mai 2022. Par deux arrêtés en date du 18 septembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour en France pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Ce sont les décisions contestées.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle le 19 septembre 2023, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision du 18 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine oblige l'intéressé à quitter sans délai le territoire français cite les textes applicables, et fait état, contrairement à ce que soutient le requérant, d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à son parcours individuel et à son état de santé, étant mentionné qu'il souffrirait d'une hépatite, et énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. C n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier, au regard de l'ensemble des éléments qu'il aurait fait valoir concernant sa situation personnelle alors qu'il appartenait à l'intéressé de produire les documents médicaux justifiant de sa pathologie et du traitement éventuellement suivi. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle doivent être écartés.
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
6. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il est constant que le 24 décembre 2021, M. C a déposé auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine une première demande de titre de séjour pour raison de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a fait l'objet d'un refus en date du 19 mai 2022 que l'intéressé n'a pas contesté. Il n'établit pas avoir, depuis cette date, engagé des démarches pour solliciter à nouveau un titre de séjour pour raisons de santé qui aurait été motivé par l'aggravation de sa situation médicale. À cet égard, le requérant produit une attestation de suivi médical du centre hospitalier Guillaume Régnier et un certificat médical rédigé par un médecin généraliste faisant état d'une hépatite guérie et de troubles psychiatriques, dont les dates sont antérieures au refus du 19 mai 2022 et pouvaient donc être portés à la connaissance du préfet. Le caractère peu circonstancié des deux certificats médicaux ultérieures établis par un médecin généraliste remplaçant, le 27 juillet puis le 21 septembre 2023, soit postérieurement à la décision en litige du 18 septembre 2023, ne sont pas non plus de nature à démontrer une évolution significative de son état de santé. De même, le certificat établi par le ministère de la santé géorgien du 25 mai 2017 produit à l'instance, compte tenu de sa date, ne constitue pas un élément nouveau attestant d'un changement de son état de santé, que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait dû prendre en compte préalablement à sa décision d'éloignement attaquée.
9. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne lui aurait pas laissé la possibilité de faire valoir des circonstances nouvelles relatives à son état de santé dès lors qu'il a disposé de plus d'une année entre le précédent refus de titre de séjour du 19 mai 2022 et la décision contestée du 18 septembre 2023 pour apporter des éléments permettant de constituer une demande d'admission au séjour. Ainsi, le préfet était en droit de prendre à son encontre une décision d'éloignement en l'absence de justificatifs probants et actualisés démontrant notamment que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
10. Si le requérant soutient qu'il est entré en France il y a plus de six ans et qu'il a " refait toute sa vie " depuis lors dans ce pays avec ses trois enfants âgés de dix-sept ans, quinze ans et neuf ans, il ne justifient toutefois, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France ni de l'intensité des liens affectifs et sociaux qu'il aurait noué sur le territoire français, en dehors du seul cercle familial, ni qu'il serait dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale en Géorgie où il ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences qu'elles comportent sur leur situation personnelle ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. La circonstance que les enfants du requérant soient scolarisés au lycée et collège, ne suffit pas à établir que leur intérêt supérieur n'a pas été pris en compte. Eu égard à l'âge des enfants et alors que la mesure d'éloignement contestée n'a ni pour but ni pour effet de les séparer de leur père et qu'il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Géorgie. En particulier, s'il ressort des pièces du dossier que la fille ainée du requérant s'est parfaitement adaptée au système scolaire français, obtient de bons résultats, il n'en résulte toutefois pas qu'elle serait effectivement empêchée de poursuivre ses études à un niveau comparable dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".
13. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire le 25 février 2020 et qu'il n'a pas exécutée alors que cette décision contestée par l'intéressé avait été jugée légale par un jugement susvisé du 10 juin 2020 puis par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 24 février 2021. En outre, ainsi qu'il a été dit, M. C n'a pas non plus exécuté une seconde mesure d'éloignement intervenue le 19 mai 2022.
14. M. C ne se prévaut, par ailleurs, d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé, le seul suivi médicamenteux n'étant pas de nature à justifier la nécessité de lui octroyer un délai de départ. Dans ces conditions, au regard de la récurrence de son refus de se conformer aux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre, M. C entrait dans les cas où, en application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, la seule circonstance que sa fille devrait passer les épreuves du baccalauréat au cours de l'année 2024 n'est pas de nature à justifier d'accorder, à titre exceptionnel, un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours prévu par la loi pour organiser le départ. Le requérant n'est dès lors, pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. M. C n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire.
16. En second lieu, le requérant soutient qu'il aurait été menacé en Géorgie du fait de son appartenance au Mouvement national uni (MNU). Toutefois, de la même manière que lors des précédentes instances, le requérant n'établit pas qu'il aurait été personnellement menacé, la Cour nationale du droit d'asile ayant constaté précédemment à cet égard le caractère peu circonstancié de ses déclarations. Les documents versés aux débats par l'intéressé, sur la situation politique et le système de santé en Géorgie n'apportent aucun élément probant sur les menaces qui pèseraient sur M. C ou sur l'inaccessibilité en Géorgie du traitement adapté à la pathologie dont souffrirait le requérant. Par suite, à défaut d'établir l'existence de craintes auxquelles il serait personnellement confronté, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visé dans la décision attaquée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
18. En l'espèce, le refus d'accorder un délai de départ à l'intéressé et l'absence de liens en France justifiaient à eux seuls que le préfet prononce une interdiction de retour à l'encontre de M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 9 à 10, la situation sociale et familiale de l'intéressé et de ses enfants ne justifie pas de circonstances humanitaires susceptibles de s'opposer à l'interdiction de retour prononcée par le préfet. Par suite, le préfet n'a commis ni erreur de droit au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées ou encore des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
19. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, adjointe du chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui, par arrêté du 21 août 2023 a reçu délégation du préfet aux fins, notamment, de signer les décisions prises dans le cadre des attributions du bureau des étrangers ce qui vise les mesures d'assignation à résidence prises à l'encontre des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
21. En l'espèce, M. C est astreint à une obligation de pointage les mardi et jeudi, hors les jours fériés et chômés, à 17h00 à la direction zonale de la police aux frontières, rue Jules Vallès à Saint-Jacques-de-La-Lande, à une interdiction de sortir de la commune de Rennes et à rester à domicile entre 18h et 21h chaque jour, y compris les week-ends et jours fériés.
22. Compte tenu de l'absence d'exécution des précédentes mesures d'éloignement, les modalités d'assignation ne présentent pas de caractère disproportionné, d'autant plus que le requérant n'apporte pas la preuve d'une contrainte particulière qui l'empêcherait de satisfaire à ces obligations de présentation. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés attaqués du 18 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
25. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Bozzi
La greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026