vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, Mme G E, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait obligation de pointage ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est illégal du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour en date du 27 février 2023 sur lequel le juge administratif n'a pas encore statué ;
- il est entaché d'incompétence de son auteur ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été consulté avant l'intervention du refus de titre de séjour ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Le Bourhis, représentant Mme E, assistée d'une interprète, qui reprend ses écritures en indiquant qu'elle a contesté le refus de séjour qui lui est opposé et qu'il n'a pas été statué sur ce dossier et fait état de la présence en situation régulière des membres de sa famille, son mari ayant demandé le renouvellement de son titre de séjour pour raison médicale, et soutient que l'obligation de pointage est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation médicale.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, présentée par le préfet d'Ille-et-Vilaine, a été enregistrée le 18 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté :
2. Mme E, de nationalité géorgienne, pays d'origine sûr ainsi qu'il résulte de la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides adoptée le 9 octobre 2015 dans les conditions prévues par l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dont la légalité a été validée par le Conseil d'État, est entrée en France en octobre 2017 selon sa déclaration et a demandé l'asile. Par décision du 27 février 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par décision du 24 janvier 2019, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Constatant que la demande d'asile de l'intéressée avait été rejetée, qu'elle n'avait plus droit au maintien et qu'elle n'était pas titulaire d'un titre de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait légalement prendre, par décision du 4 septembre 2023 et sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de Mme E.
3. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 19 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme D A, chef du bureau du séjour et signataire de l'arrêté portant refus de titre de séjour, aux fins de signer, notamment, les refus de titre de séjour sans mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du refus de titre de séjour du 27 février 2023 doit être écarté. Par ailleurs, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme F B, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, référente régionale, et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".
5. Il ressort de l'avis émis le 21 octobre 2022 que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme E nécessitait une prise en charge médicale et que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressée pourrait bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié dans son pays d'origine. Si la rubrique relative à la durée des soins n'est pas renseignée, cette circonstance est sans effet sur la régularité de cet avis, dès lors que les critères qu'elles renseignent sont cumulatifs et que cette mention n'avait plus, en l'espèce, de pertinence. Enfin, le préfet d'Ille-et-Vilaine justifie, par les pièces qu'il produit, que le médecin ayant établi le rapport médical destiné au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas siégé dans cette instance. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
6. Par ailleurs, en se bornant à présenter la fiche Vidal d'un ensemble de médicaments contre le cholestérol, la tension artérielle, l'asthme ou l'acidité gastrique ainsi que les caractéristiques de la vitamine D et du potassium, et à produire une étude du système de santé géorgien faisant état, de manière générale, du coût des médicaments, Mme E n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 27 février 2023 portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que l'arrêté du 4 septembre 2023 devrait être annulé par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour du 27 février 2023 doit, en tout état de cause s'agissant d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux retenus ci-dessus, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué du 4 septembre 2023 serait contraire à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
11. Le droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne saurait s'interpréter comme comportant l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur domicile commun et d'accepter l'installation de conjoints non nationaux en France. Mme E, qui est entrée en France en fin 2017 avec son époux, ne fait valoir aucune attache en dehors du cercle familial et n'établit pas ne plus en avoir dans son pays d'origine où le couple, qui ne fait état d'aucune difficulté pour la poursuite de sa vie privée et familiale en dehors de la France, a résidé l'essentiel de sa vie. Si le mari de Mme E a pu bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé, ce titre de séjour expire et la requérante n'établit pas qu'il sera renouvelé. Par ailleurs, même si les enfants de Mme E résident régulièrement en France, ils sont majeurs et l'intéressée n'établit pas l'intensité des relations avec eux alors qu'elle change régulièrement de résidence et que son mari dort dans leur voiture. Mme E n'établit pas ne plus avoir d'attaches en Géorgie où elle a toujours résidé. Dans ces conditions et alors que le moyen est inopérant à l'encontre de l'arrêté de refus de titre de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E doit également être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme E à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme E présentées sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
O. CLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026