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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305201

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305201

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTREMOUILLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre et 11 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Trémouilles, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Finistère du 2 février 2023 portant rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée et satisfaite ; la décision fait obstacle à ce qu'elle travaille et puisse obtenir un logement social ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est pacsée avec un ressortissant français depuis le 3 septembre 2021, de sorte qu'elle était dispensée de l'obligation d'obtenir l'autorisation spéciale prévue par ces dispositions, ainsi que l'ont au demeurant considéré les services instructeurs, lors de son arrivée en métropole, en mai 2022 ; le préfet du Finistère admet au demeurant cette erreur de droit, aux termes de la nouvelle décision de refus de renouvellement de son titre de séjour du 5 octobre 2023, qui n'emporte pas retrait de la première décision, en litige, et qu'elle se réserve le droit de contester ultérieurement ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : elle justifie de ce que le père de son enfant contribue à son entretien et son éducation ; la reconnaissance de paternité et le lien de filiation ne sont pas contestés ;

* elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant ; elle réside en France depuis plus de trois ans, régulièrement, et y a travaillé ; elle est pacsée avec un ressortissant français et elle justifie tant de sa vie commune avec lui à Mayotte que des raisons pour lesquelles il ne réside pas encore en Métropole, à la date de la décision en litige ; celui-ci est arrivé en Métropole en août 2023, et y recherche actuellement un emploi ;

* elle procède d'un défaut d'examen complet de sa situation ; le service instructeur a refusé d'ajouter à son dossier les justificatifs de travail ; elle justifie de ce que la prise en charge par le centre communal d'action sociale de Brest se limite à la réception du courrier et la réalisation des démarches administratives et d'insertion ;

* à titre subsidiaire, elle est entachée d'incompétence et d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : Mme B n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour valable en Métropole, de sorte qu'elle n'est pas en situation de renouvellement de son titre de séjour ; elle n'a bénéficié que d'une autorisation provisoire de séjour, précaire et révocable, le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour ; elle ne travaille pas, et ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière ; elle ne dispose pas de son propre logement et vit des seules allocations familiales ; son arrivée en Métropole est récente ;

- Mme B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :

* Mme B ne justifie pas d'une communauté de vie avec son partenaire de pacs, de sorte qu'elle n'est pas dispensée de l'obligation d'obtenir l'autorisation spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le père de son enfant ne contribue pas à son entretien ni à son éducation ; la décision ne porte pas atteinte à son intérêt supérieur, qui est de résider avec sa mère, mais également ses proches, restés à Mayotte ; Mme B ne justifie pas de liens particuliers en Métropole ;

* la décision procède d'un examen complet de sa situation ;

* le signataire de la décision justifie d'une délégation de signature régulière ;

* la décision est motivée en fait et en droit ;

* en tout état de cause, après examen des pièces produites dans le cadre contentieux, la situation de Mme B a été réexaminée et un nouveau refus d'admission au séjour a été pris, le 5 octobre 2023, qui lui est actuellement notifié.

Vu :

- la requête au fond n° 2304013, enregistrée le 25 juillet 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Berthaut, substituant Me Trémouilles, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que les écritures, par les mêmes moyens qu'il développe.

Le préfet du Finistère n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née le 2 février 1986, a obtenu le 29 juillet 2019, à Mayotte, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, renouvelé jusqu'au 2 décembre 2021. Elle est entrée sur le territoire métropolitain le 11 avril 2022, accompagnée de son fils né le 16 décembre 2017, et s'est vu délivrer par le préfet du Finistère un titre de séjour valable du 2 décembre 2021 au 1er décembre 2022. Elle en a sollicité le renouvellement, refusé par décision du préfet du Finistère du 2 février 2023. Mme B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait un ressortissant étranger. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas été seulement titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de Mayotte, valable sur ce seul territoire ultra-marin, mais s'est vu délivrer par le préfet du Finistère, à son arrivée en Métropole, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", valable du 2 décembre 2021 au 1er décembre 2022, de sorte que la décision en litige porte refus de renouvellement d'un titre de séjour. La condition tenant à l'urgence est, par suite, en principe satisfaite.

7. Pour autant, il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, le préfet du Finistère a pris une nouvelle décision de refus d'admission de Mme B au séjour, le 5 octobre 2023, pour les mêmes motifs que la décision contestée dans le présent litige, à l'exclusion du motif tiré de l'absence de l'autorisation spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle seconde décision n'est, ainsi que cela ressort explicitement des écritures en réplique de la requérante, par contestée dans la présente instance. Dans ces circonstances, et dès lors que la suspension de l'exécution de la décision du 2 février 2023 n'aurait aucune incidence sur la situation juridique actuelle de Mme B, la condition tenant à l'urgence ne peut plus être regardée comme satisfaite.

8. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du préfet du Finistère du 2 février 2023 ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 12 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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