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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305269

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305269

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. D A, représenté par Me Thébault, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 26 septembre 2023 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence.

Il soutient que :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- le préfet n'a pas suffisamment motivé en droit et en fait ses décisions et n'a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- le préfet méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- le préfet méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, notamment son article 19-1 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Roux, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- les observations de Me Thébault, avocate commise d'office, représentant M. A, qui reprend les écritures de la requête et insiste sur le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison du parcours de M. A qui est titulaire d'un CAP en boulangerie et qui n'a pas trouvé d'emploi, et qui n'a pas d'attaches en Guinée alors qu'il une sœur présente en France ; Me Thébault ajoute que l'interdiction de retour de deux ans est sévère et indique demander 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- et les explications de M. A.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. C B, directeur adjoint des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine lequel bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 21 août 2023, publiée le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département d'Ille-et-Vilaine, à l'effet de signer le type d'actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions doit être écarté.

2. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi et pour l'interdire de retour pour une durée de deux ans ainsi que pour l'assigner à résidence et en fixer les modalités. Dès lors, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et de l'arrêté portant assignation à résidence ainsi que du défaut d'examen complet de la situation du requérant ne peuvent qu'être écartés.

3. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur de droit ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens.

4. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A explique qu'il ne souffre plus d'une pathologie alcoolique étant désormais abstinent et qu'il souhaite pouvoir trouver un emploi dans une boulangerie. Si M. A, qui est entré en France en 2015 alors qu'il était mineur et a été placé à l'aide sociale à l'enfance, a obtenu en 2020 un CAP Boulangerie et a ensuite travaillé de manière régulière en intérim de mars à septembre 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est défavorablement connus des services de police pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique commis le 13 juillet 2020, d'usage illicite de stupéfiants commis le 4 septembre 2020, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis du 22 au 23 août 2021, et de vol à l'étalage commis le 3 décembre 2021. Par ailleurs, M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et de vol en récidive par un jugement du Tribunal correctionnel de Vienne rendu le 3 mai 2022. En dépit de son intégration scolaire et professionnelle, le préfet a pu valablement estimer que M. A constitue une menace pour l'ordre public. Si le requérant se prévaut de la présence d'une sœur sur le territoire français et de l'absence d'attaches dans son pays d'origine, ces affirmations ne sont pas établies par les pièces du dossier. Aussi, alors que M. A est célibataire et sans enfant, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu, sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, l'obliger à quitter le territoire français au vu de la menace pour l'ordre public qu'il représente.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

7. M. A se plaint de la sévérité de l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points précédents que le requérant ne démontre pas l'existence d'une circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle aux dispositions rappelées au point 7. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. Le RouxLa greffière,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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