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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305273

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305273

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 septembre 2023, enregistrée au greffe du tribunal le 28 septembre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête de M. A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rouen, le 21 septembre 2023, M. B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2023, notifiée le 21 septembre 2023, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé de l'obliger à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime de conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que l'arrêté attaqué est légalement fondé.

Vu l'ordonnance du 28 septembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Rennes a prolongé le maintien en rétention administrative de M. B d'une durée maximum de 28 jours à compter du 29 septembre 2023 à 8 h 25.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Thébault, représentant M. B, qui a soulevé à l'audience le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les explications de M. B, assisté d'une interprète en allemand, qui a soutenu ne pas savoir pourquoi ses parents ont quitté la Mongolie et craindre, pour ce motif, un retour dans ce pays.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant mongol, né en 1988, arrivé en France en 2006 afin d'y rejoindre ses parents, après un séjour en Allemagne de neuf ans. Ses parents ayant le statut de réfugié en France, M. B a été admis à l'asile, en vertu du principe d'unité familiale, à compter du 16 juin 2006. Cette protection internationale lui a toutefois été retirée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 avril 2021, motivée par l'existence de raisons sérieuses de considérer que sa présence en France constituait une menace grave et actuelle pour la société française, qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 février 2022. M. B a fait l'objet, en 2022, de deux arrêtés du préfet de l'Orne, le premier, du 9 septembre 2022, portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans, le second, du 10 septembre 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le 28 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de prolonger l'interdiction de retour de deux années supplémentaires, puis a assigné à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours, avant qu'il ne soit écroué au centre pénitentiaire du Havre le 4 novembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 14 septembre 2023, notifié le 21 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de l'obliger à quitter le territoire, sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé la Mongolie ou tout pays dans lequel il serait légalement admissible comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Le 26 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de placer M. B en rétention administrative à compter du 27 septembre 2023, date de la levée d'écrou, pour une durée de 48 heures, qui a été prolongée par l'ordonnance visée ci-dessus du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B, qui est célibataire et sans enfant, séjourne en France depuis 2006, année au cours de laquelle il s'est vu reconnaître le statut de réfugié en vertu du principe d'unité familiale. S'il soutient y avoir ses parents, sa sœur qu'il présente comme étant de nationalité française, des oncles et des tantes, seule la présence en France de ses parents est établie. Le requérant, qui a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de violence sur ascendant et qui n'a reçu aucune visite lors de sa dernière incarcération, ne justifie pas de la nature et l'intensité des contacts qu'il a pu conserver avec ses parents, alors que le rapport d'historique des appels téléphoniques qu'il a passés durant sa dernière détention fait apparaître, sur la période du 1er décembre 2022 au 4 septembre 2023, de très nombreux appels à destination de sa mère, très souvent restés sans réponse, des conversations de très courtes durées, souvent inférieures à une minute, et quelques conversations plus longues. Il n'établit pas ne pas avoir de membres de sa famille en Mongolie. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de quinze condamnations prononcées entre le 21 septembre 2009 et le 18 novembre 2022 pour, outre les actes de violences sur ascendant dont il vient d'être fait état, vols en réunion en état de récidive, vol et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, détention d'armes, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer. Sa présence sur le territoire français a été regardée en 2021 par l'OFPRA et en 2022 par la Cour nationale du droit d'asile, comme constituant une menace grave et actuelle pour la société française justifiant qu'il soit mis fin à son statut de réfugié. M. B ne peut, ainsi, malgré la durée de sa présence sur le territoire, les quelques emplois de courte durée occupés durant cette période et l'obtention en prison en 2023, des diplômes d'études en langue française A1 puis A2, se prévaloir d'une insertion réussie dans la société française. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime a pu décider d'obliger M. B à quitter le territoire français sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En second lieu, si M. B peut être regardé comme soutenant que la décision fixant la Mongolie comme pays de renvoi l'expose à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit pas, en se bornant à faire état de ce qu'il ne connait pas la raison pour laquelle ses parents ont quitté la Mongolie, qu'il court un risque personnel et actuel d'y être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradant. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 2 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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