mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, sous le n° 2305286, M. C G, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, et a fixé la Géorgie comme pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités de cette mesure ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement, ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Le Strat au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations orales ou écrites en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen ;
S'agissant de la décision lui interdisant le retour en France pendant une année :
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation, d'une méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa situation et sa vie privée et familiale en France constituent des circonstances humanitaires ;
S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :
- cet arrêté doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'éloignement ;
- la mesure d'assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont disproportionnées au regard de sa situation personnelle et ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
II. - Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, sous le n° 2305287, Mme B H, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, et a fixé la Géorgie comme pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités de cette mesure ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement, ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Le Strat au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations orales ou écrites en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen ;
S'agissant de la décision lui interdisant le retour en France pendant une année :
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation, d'une méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa situation et sa vie privée et familiale en France constituent des circonstances humanitaires ;
S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :
- cet arrêté doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'éloignement ;
- la mesure d'assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont disproportionnées au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. G et Mme H, absents.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. G et son épouse Mme H, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1983 et 1988, sont entrés en France irrégulièrement le 8 octobre 2020, accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Ils ont sollicité l'asile le 30 octobre 2020, mais leurs demandes ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 novembre 2020. Leurs recours contre ces décisions devant la Cour nationale du droit d'asile ont été rejetés le 30 avril 2021. Par deux arrêtés du 17 décembre 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine tirant les conséquences de cette situation, a décidé de les obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination. Les recours formés par les intéressés contre ces arrêtés ont été rejetés par un jugement du tribunal du 23 janvier 2021 (nos 2100102 et 2100103). M. G et Mme H s'étant cependant maintenus sur le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris le 13 décembre 2021 deux nouveaux arrêtés les obligeant à quitter le territoire français, mais ne leur accordant pas de délai de départ volontaire et a décidé également de les assigner à résidence. Les deux recours formés contre ces nouvelles décisions ont été rejetés par un jugement du tribunal du 22 décembre 2021 (nos 2106454 et 2106455). M. G et Mme H n'ayant pas quitté le territoire français postérieurement à ce jugement, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par deux arrêtés du 27 septembre 2023, décidé, une nouvelle fois, de les obliger à quitter le territoire français sans leur accorder de délai de départ volontaire, a assorti ces mesures d'interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé la Géorgie comme pays de renvoi. Il a également décidé, par deux arrêtés du même jour, de les assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. La requête n° 2305286 de M. G et la requête n° 2305287 de Mme H sont dirigées contre les arrêtés du 27 septembre 2023 les concernant respectivement, sont ainsi relatives à la situation administrative des membres d'un couple de ressortissants étrangers et posent des questions identiques ou similaires. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. G et Mme H justifiant avoir déposé, chacun, une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation des arrêtés portant notamment obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".
4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme I E, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, référente régionale et signataire des arrêtés attaqués, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'arrêt Mukarubega (C-166/13) du 5 novembre 2014 de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et non pas également à ses États membres, ne peut être utilement invoqué dans une procédure relative à une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière. Si M. G et Mme H peuvent être regardés comme ayant plus largement invoqué l'atteinte portée au respect des droits de la défense résultant du fait qu'ils n'auraient pas été entendus par l'autorité administrative préalablement à l'édiction des décisions portant obligation de quitter le territoire en litige, il ressort des pièces des dossiers qu'ils ont chacun fait l'objet, le 27 septembre 2023, d'une audition par un officier de police judiciaire relative à leur situation administrative, à leur vie privée et familiale et à l'éventualité de l'édiction de nouvelles mesures d'éloignement. À cette occasion, ils ont pu présenter des observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe des droits de la défense manque en fait et ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, les deux arrêtés attaqués mentionnent l'ensemble des circonstances de fait et motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. G et Mme H à quitter le territoire français. La circonstance que les deux arrêtés attaqués examinent la vie privée et familiale des requérants et l'éventualité que leur éloignement méconnaisse l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales après avoir exposé les motifs du refus de délai de départ volontaire, ne prive pas les décisions portant obligation de quitter le territoire d'une motivation suffisante et ne révèle pas davantage un défaut d'examen complet de la situation des requérants.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. G et Mme H ne séjournent en France que depuis le 8 octobre 2020. Ils s'y sont maintenus irrégulièrement malgré le rejet définitif de leurs demandes d'asile et des arrêtés les obligeant à deux reprises à quitter le territoire français. Ils n'établissent pas que leurs deux enfants D et F, nés respectivement en 2007 et 2008 ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Géorgie, qu'ils ont quittée aux âges de 12 et 13 ans et où, dès lors, ils ont déjà été scolarisés. S'ils font valoir que leur troisième enfant, né le 3 mars 2020, décédé le 4 novembre 2020 est enterré à Rennes, cette seule circonstance, bien que douloureuse, ne saurait suffire à établir que le centre de leurs intérêts se situe désormais sur le territoire français, où leur présence est encore récente. Par ailleurs, ils ne font état d'aucune insertion particulière dans la société française. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu décider de les obliger à quitter le territoire français sans porter une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ainsi sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage de ces circonstances que le préfet aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur de leurs deux enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être également écarté.
9. Il résulte des points 3 à 8 que les conclusions des requêtes de M. G et Mme H tendant à l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire doivent être rejetées.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
10. Si chacun des requérants invoque par la voie de l'exception l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il résulte du point 9 que ni l'un ni l'autre n'établit l'illégalité dont il se prévaut.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Si M. G et Mme H soutiennent qu'ils se trouveraient exposés à des risques de mauvais traitements en cas de retour en Géorgie à raison du comportement violent du père alcoolique de M. G et de l'insuffisance des mesures de protection dont ils pourraient bénéficier de la part des autorités géorgiennes, ils n'apportent aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'ils allèguent ainsi courir, alors que les faits allégués, exposés de façon plus détaillée devant les instances de l'asile, n'ont pas été regardés par celles-ci comme établis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. G et Mme H ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions fixant la Géorgie comme pays de renvoi.
En ce qui concerne les décisions refusant aux requérants un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
15. Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
16. En premier lieu, la circonstance que le préfet a examiné, dans les deux arrêtés attaqués, s'il y avait lieu d'accorder à M. G et Mme H un délai de départ volontaire, au regard des dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de vérifier si la mesure d'éloignement pouvant être prise à leur encontre ne porterait pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, ne révèle pas un défaut d'examen complet de la situation des requérants.
17. En second lieu, si M. G et Mme H font valoir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait dû leur accorder un délai de départ volontaire afin de leur permettre de prendre leurs précautions pour retourner en Géorgie, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en leur refusant un tel délai au motif qu'ils entrent dans les prévisions des articles cités aux points 14 et 15.
En ce qui concerne les décisions d'interdiction de retour :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
19. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 511-1, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
20. Si les circonstances caractérisant la vie privée et familiale de M. G et Mme H, rappelées au point 8, ne révèlent pas l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au principe des interdictions de retour sur le territoire français édictées, qui procèdent de l'absence de délai de départ volontaire, la durée d'une année de ces interdictions porte une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale, dès lors que leur fils, A, qui était âgé de quelques mois lors de leur arrivée en France, est décédé le 4 novembre 2020 et est enterré à Rennes, et que ces décisions les empêchent ainsi de revenir en France pour se recueillir sur la tombe de leur enfant ou pour organiser éventuellement le transfert de sa sépulture en Géorgie, pour une durée disproportionnée par rapport aux objectifs poursuivis par cette interdiction. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que cette décision méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à obtenir l'annulation des arrêtés du 27 septembre 2023 uniquement en tant qu'ils portent interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions en annulation des arrêtés d'assignation à résidence :
21. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
22. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
23. En premier lieu, si chacun des requérants invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté par lequel le préfet l'a assigné à résidence, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il résulte du point 9 que ni l'un ni l'autre n'établit l'illégalité dont il se prévaut.
24. En deuxième lieu, M. G et Mme H font l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire ne leur accordant pas de délai de départ volontaire, pris le même jour que les arrêtés d'assignation à résidence en litige. Leur éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le préfet a pu légalement décider sur le fondement des dispositions citées au point 21 de les assigner à résidence.
25. En troisième lieu, ni l'obligation qui leur est faite de se présenter les mardi et jeudi non fériés et non chômés à 17 h à la brigade de gendarmerie de Montauban de Bretagne, ni l'interdiction qu'il leur est faite de sortir de la commune de Montauban de Bretagne sans autorisation, sauf pour se rendre sur la commune de Rennes pour aller chercher leurs enfants ou pour consulter leur avocat et se rendre à toute convocation de justice ou des services de police et de gendarmerie, ni enfin l'obligation qui leur est faite de demeurer à l'adresse de leur assignation à résidence entre 12 heures et 15 heures, chaque jour y compris les samedis, dimanches, et jours fériés, sauf à justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle au respect de cette sujétion, n'apparaissent disproportionnées aux objectifs poursuivis par la mesure d'assignation à résidence, ou injustifiées. Le préfet a, au contraire, tenu compte des observations formulées par les requérants lors de leurs auditions du 27 septembre 2023, au cours desquelles ils ont tous deux indiqué qu'en cas d'assignation à résidence il y avait lieu de tenir compte de ce qu'ils vont tous les jours entre 18 h et 20 h récupérer leurs enfants à l'école à Rennes et que certains matins ils doivent les y amener.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes de M. G et Mme H en annulation des arrêtés d'assignation à résidence du 27 septembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :
27. Le présent jugement, qui annule les arrêtés du 27 septembre 2023 portant notamment obligation de quitter le territoire seulement en tant qu'ils interdisent à M. G et Mme H le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite il y a lieu de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction.
Sur les frais d'instance :
28. Il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par M. G et Mme H sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, l'État ne pouvant être regardé comme étant la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : M. G et Mme H sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 27 septembre 2023 obligeant M. G à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire est annulé en tant uniquement qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 3 : L'arrêté du 27 septembre 2023 obligeant Mme H à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire est annulé en tant uniquement qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2305286 de M. G est rejeté.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2305287 de Mme H est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à Mme B H et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
E. AlbouyLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2305286, 2305287
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026