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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305288

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305288

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, M. E D, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur le territoire français pensant une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'assigne à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 900 euros à Me Moulin, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivé, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il invoque par la voie de l'exception l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Moulin, représentant M. D,

- les explications de M. D assisté d'une interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est un ressortissant géorgien, né en 1982. Il est entré en France le 22 décembre 2021, accompagné de son épouse, Mme C également de nationalité géorgienne et de leurs deux fils. Ils ont sollicité l'asile le 4 janvier 2022. Leurs demandes ont toutefois été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 février 2022. Le 19 avril 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à leur encontre deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'ils n'ont pas exécutés. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté leurs recours contre les décisions de l'OFPRA le 8 juin 2022. M. D a été interpellé à l'occasion du contrôle d'un abattoir sur la commune de Saint-Brice en Cogles. Lors de son audition par un officier de police judiciaire, il a admis travailler grâce à un faux document d'identité polonais. Par le premier arrêté attaqué du 27 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination. Par le second arrêté attaqué, le préfet d'Ille-et-Vilaine a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. : () ".

4. l'arrêté attaqué énonce clairement les circonstances de fait et les motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. D à quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cette motivation ne comporte pas de lacune. Par suite, le moyen tiré de son caractère insuffisant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D séjourne en France, avec sa famille, depuis moins de deux ans. Il s'y est maintenu irrégulièrement malgré le rejet définitif de sa demande d'asile et un précédent arrêté préfectoral, du 19 avril 2022 l'obligeant à quitter le territoire français. Son épouse, qui a également fait l'objet, à cette même date, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire, est en situation irrégulière et n'a donc pas vocation à demeurer sur le territoire français, alors même qu'elle est, depuis le mois de mars 2022, bénévole dans une boutique gérée par le Secours populaire français, au moins une demie journée par semaine. Si le requérant fait valoir qu'il travaille depuis plus de dix mois, dans le secteur agricole ou agro-alimentaire, il est constant qu'il a obtenu ces emplois par fraude en produisant un document d'identité polonais falsifié. Par suite, il ne peut valablement se prévaloir d'une quelconque insertion professionnelle. M. D relève également que ces deux enfants, B et A, âgés de quinze ans, sont scolarisés en France, l'un en classe de 4ème, l'autre en classe de certificat d'aptitude professionnelle agricole, toutefois il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Géorgie, qu'ils ont quittée il y a moins de deux ans. Aucun élément ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale de M. D se reconstitue en Géorgie, alors qu'il n'établit pas avoir d'autres membres de sa famille en France. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu décider d'obliger le requérant à quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire et lui interdire le retour sur ce territoire pendant une durée d'un an, sans porter d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation à l'appui duquel le requérant ne développe pas d'argumentation propre.

7. Il résulte des points 2 à 6 que les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation l'arrêté portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

9. Si M. D invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il résulte du point 7 qu'il n'établit l'illégalité dont il se prévaut.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu, en tout état de cause, de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. D.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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