vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 3 octobre 2023, M. E C, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer à destination des autorités croates ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de condamner l'État au versement d'une somme de 2 000 euros à Me Béguin au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire des deux arrêtés attaqués n'est pas établie ;
- il n'est pas établi que les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 lui ont été remises dans une langue qu'il comprend, dès le début de la procédure d'examen de sa demande d'asile ;
- il n'est pas établi qu'il a été assisté d'un interprète en langue kurde lors de l'entretien individuel et que cet entretien a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit français et dans des conditions assurant le respect du principe de confidentialité ;
- il n'est pas établi qu'il a franchi irrégulièrement la frontière croate en venant d'un état tiers moins de douze mois avant le dépôt de sa demande d'asile en France, par suite la mesure de transfert méconnaît l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que la requête aux fins de prise en charge a été adressée aux autorités croates dans le délai de deux mois à compter de la réception du résultat issue de la consultation du fichier Eurodac et dans le délai de trois mois à compter de l'introduction de sa demande d'asile en France, conformément à l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- son transfert en Croatie aura nécessairement pour conséquence une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il y fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire qui n'a pas été précédée d'un examen préalable de sa demande d'asile ; il appartenait dès lors au préfet de faire application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il excipe de l'illégalité de l'arrêté de transfert à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les observations de Me Béguin, avocate commise d'office, représentant M. C,
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,
- les explications de M. C, assisté d'un interprète en langue kurde.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est un ressortissant turc né en juin 2022. Il est entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 avril 2023 et a sollicité l'asile le 5 mai 2023. La consultation du fichier Eurodac a toutefois fait ressortir qu'il avait franchi irrégulièrement la frontière croate en provenance d'un État tiers, le 9 janvier 2023, soit moins de douze mois avant sa demande d'asile en France. Les autorités françaises ont alors saisi, le 9 juin 2023, leurs homologues croates d'une requête aux fins de prise en charge de M. C sur le fondement du 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013. Le 9 août 2023, les autorités croates ont accepté cette requête sur le fondement du même texte. Par les deux arrêtés attaqués du 2 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. C à destination de la Croatie et de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté () ".
3. Aux termes de l'article 36 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " à l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudicie de l'application des articles L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. ". Aux termes de l'article 39 de ce même décret : " Lorsque l'avocat est commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat, il saisit le bureau d'aide juridictionnelle au nom de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée et formule la demande d'aide selon les modalités prévues à l'article 37. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".
4. Dès lors que M. C bénéficie de l'assistance d'une avocate commise d'office, cette dernière est dispensée de déposer une demande d'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées. Ainsi la demande tendant à ce que le requérant soit admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle est dépourvue d'objet et ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert :
5. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".
6. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au registre des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. A D, chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, et signataire des deux arrêtés attaqués, pour signer les décisions relevant de la procédure Dublin III et notamment les arrêtés de transfert. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté de transfert attaqué ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () / Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu remettre, le 5 mai 2023, jour du dépôt de sa demande d'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et au plus tard lors de l'entretien individuel, les brochures A et B " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " contenant l'ensemble les informations prescrites par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/201, lesquelles, imprimées en langue française, lui ont été traduites par un interprète en langue kurde, que le requérant comprend. M. C a ainsi été destinataire de l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 de ce règlement, en temps utile pour lui permettre de faire valoir des observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2012 du 26 juin 2013 doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié, le 5 mai 2023, d'un entretien individuel mené par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine assisté, par voie téléphonique, d'un interprète en langue kurde, au terme duquel il a reconnu avoir été informé que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien n'a pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, assistée d'un interprète lui-même qualifié, et dans des conditions en assurant la confidentialité. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. / () / 3. La Commission établit et revoit périodiquement, par voie d'actes d'exécution, deux listes indiquant les éléments de preuve et les indices pertinents conformément aux critères figurant aux points a) et b) du présent paragraphe. () / Éléments de preuve / il s'agit de la preuve formelle qui détermine la responsabilité en vertu du présent règlement, aussi longtemps qu'elle n'est pas réfutée par une preuve contraire. / () ". Au nombre des preuves d'une entrée illégale sur le territoire par une frontière extérieure, figure à la liste A de l'annexe II au règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, le résultat positif fourni par Eurodac par suite de la comparaison des empreintes du demandeur avec les empreintes collectées au titre de l'article 14 du règlement " Eurodac ".
12. Il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier européen Eurodac a permis de constater que M. C avait été enregistré, le 9 janvier 2023, par les autorités croates sous un numéro l'identifiant comme ayant franchi depuis un état tiers la frontière croate. Le requérant ne fait état d'aucun élément de preuve réfutant les informations issues de cette consultation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge / 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier aliéna, en cas de résultat positif (" hit ") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéas, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. / () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que la requête aux fins de prise en charge de M. C a été adressée et reçue par les autorités croates le 9 juin 2023 soit moins de deux mois après le résultat positif de la consultation du fichiers Eurodac et moins de trois mois après l'introduction de sa demande d'asile, ces deux derniers évènements étant intervenus le 5 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de la tardiveté de cette requête et de la méconnaissance qui en résulterait des dispositions de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
15. En sixième lieu, M. C soutient que le préfet aurait dû mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'une décision de transfert à destination de la Croatie l'expose à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en raison de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dans ce pays, dont l'exécution aboutirait à son renvoi en Turquie sans que sa demande d'asile ait été préalablement examinée. M. C a produit à l'audience un document émanant des autorités croates, qu'il présente comme valant obligation de quitter le territoire croate, ainsi que sa traduction uniquement en langue kurde. Toutefois, ces documents identifient de façon évidente et uniquement une personne dont l'identité est différente de celle du requérant et qui est de nationalité non pas turque, mais irakienne. Par suite, même si M. C a soutenu que ces documents lui ont été remis alors qu'il faisait partie d'un groupe comprenant des kurdes d'Irak, sans que leurs identités aient été vérifiées, il n'établit pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement en Croatie. Par ailleurs, il ne justifie pas davantage avoir sollicité en vain l'asile dans cet État membre de l'Union européenne et ne démontre pas que la demande qu'il a présentée en France ne sera pas prise en compte et régulièrement instruite par les autorités croates. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C en annulation de l'arrêté du 2 octobre 2023, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer à destination de la Croatie, doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :
17. En premier lieu, par l'arrêté du 21 août 2023, dont il est fait état au point 6, le préfet d'Ille-et-Vilaine a également donné délégation à M. A D, chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, et signataire des deux arrêtés attaqués, pour signer les arrêtés d'assignation à résidence pris dans le cadre de la procédure " Dublin III ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté d'assignation à résidence attaqué ne peut qu'être écarté.
18. En second lieu, il résulte du point 16 que M. C n'établit pas l'illégalité de l'arrêté de transfert dont il fait l'objet. Par suite, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence.
Sur les frais d'instance :
19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. C.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet d'Ille-et-Vilaine
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
E. AlbouyLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026