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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305419

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305419

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023, la société civile immobilière (SCI) du manoir de Coat-Trédrez, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la région Bretagne a prescrit un diagnostic archéologique sur la parcelle cadastrée section B n° 139 située sur le territoire de la commune de Trédrez-Locquemeau, ainsi que de la décision du 11 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête au fond est recevable : elle a intérêt à agir et son recours a été formé dans les délais de recours contentieux ;

- la condition d'urgence est satisfaite : la prescription en cause d'une part retarde l'exécution des travaux, alors que leur réalisation est urgente, la cour pavée du château s'étant fortement dégradée ces derniers mois, d'autre part est particulièrement coûteuse, les opérations devant être réalisées sur l'intégralité de l'unité foncière alors que le projet ne porte que sur une portion minime de cette unité foncière ; en outre, aucun vestige archéologique ne se trouve dans le secteur et ne peut s'y trouver du fait que la cour du château présente un sol rocheux ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est entachée d'incompétence à défaut pour le préfet de région de justifier que son signataire disposait d'une délégation régulière ;

- elle méconnaît l'article R. 523-23 du code du patrimoine : l'emprise du diagnostic archéologique n'est pas limitée à celle des travaux mais concerne l'intégralité de la parcelle cadastrée section B n° 139 d'une superficie de 3 320 m², soit près du double de l'emprise des travaux projetés ; les travaux ne portent aucunement sur le sous-sol ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : le relevé et les prélèvements réduits à visée de datation de la tour Est du château ne relèvent pas de l'archéologie préventive ; le secteur ne présente aucun vestige archéologique ; elle a réalisé une étude historique sur le château en novembre 2022 et la localisation de la motte castrale ou motte féodale ne se situe pas à l'emplacement actuel du château ; le diagnostic archéologique aurait dû se limiter à la partie ancienne de la cour.

Le préfet de la région Bretagne, informé de la procédure, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la requête au fond n° 2304262 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Haauy, représentant la SCI du manoir de Coat-Trédrez, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que les travaux de la cour du château sont urgents pour assurer la sécurité des usagers de cette cour et préserver le bâti, que les travaux prévus ne sont pas impactants sur le sous-sol, que le sol est granitique et qu'il est certain qu'il n'existe aucun vestige archéologique, qu'il existe une contradiction entre les prescriptions de l'arrêté et la réponse de la direction régionale des affaires culturelles au recours gracieux de la société requérante.

Le préfet de la région Bretagne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière du manoir de Coat-Trédrez est propriétaire sur le territoire de la commune de Trédrez-Locquemeau d'un ensemble de bâtiments comprenant, autour d'une cour, un château ainsi que des dépendances, parcelle cadastrée section B n° 139. Elle a déposé, le 11 mai 2023, une demande de permis de construire en vue de la restauration de la cour et de la tour Est du château. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, le préfet de la région Bretagne a, par arrêté du 6 juin 2023, prescrit un diagnostic archéologique sur le terrain d'assiette du projet. La SCI requérante a formé, par un courrier du 23 juin reçu le 29 juin suivant, un recours gracieux, qui a été rejeté par décision du préfet de la région Bretagne du 11 juillet 2023. Par un arrêté du 8 septembre 2023, le maire de la commune de Tredrez-Locquemeau a délivré le permis de construire sollicité assorti d'une prescription imposant la réalisation du diagnostic archéologique préalablement à la réalisation des travaux. La SCI du Manoir de Coat-Tredrez demande la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 juin 2023 du préfet de la région Bretagne, ainsi que de la décision du 11 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. La société requérante soutient sans être contredite, le préfet de région n'ayant pas répliqué aux conclusions de la requête, que le montant des travaux à réaliser pour réaliser le diagnostic archéologique demandé sur l'ensemble de la parcelle cadastrée section B n° 139, est particulièrement coûteux. Il n'est en outre pas établi ni allégué, en l'absence de toute défense du préfet de la région Bretagne, qu'un intérêt public s'attacherait à la réalisation d'un diagnostic archéologique sur l'ensemble de l'unité foncière, alors que la société requérante fait valoir que la cour présente un socle granitique et qu'elle a précédemment fait réaliser en 2020 des travaux d'assainissement et d'extension du réseau électrique qui ont nécessité des tranchées du Nord au Sud et dans la partie Ouest de la cour nouvelle sans qu'aucun vestige archéologique ne soit découvert. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite en ce qui concerne l'exploration du terrain, qui nécessitera, selon le cahier des charges annexé à l'arrêté litigieux, la réalisation de plusieurs tranchées à la mini-pelle mécanique. En revanche, la société requérante ne justifie d'aucune urgence particulière s'agissant du relevé et de l'analyse du bâti de la tour Est, qui ne nécessiteront que des investigations très limitées.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article R. 523-1 du code du patrimoine : " Les opérations d'aménagement, de construction d'ouvrages ou de travaux qui, en raison de leur localisation, de leur nature ou de leur importance, affectent ou sont susceptibles d'affecter des éléments du patrimoine archéologique ne peuvent être entreprises que dans le respect des mesures de détection et, le cas échéant, de conservation et de sauvegarde par l'étude scientifique ainsi que des demandes de modification de la consistance des opérations d'aménagement ". Aux termes de l'article R. 523-15 du même code : " Les prescriptions archéologiques peuvent comporter : / 1° La réalisation d'un diagnostic qui vise, par des études, prospections ou travaux de terrain, à mettre en évidence et à caractériser les éléments du patrimoine archéologique éventuellement présents sur le site et à présenter les résultats dans un rapport () ". Aux termes de son article R. 523-23 : " Lorsqu'il prescrit un diagnostic prévu au 1° de l'article R. 523-15, le préfet de région définit : / 1° Les objectifs poursuivis ; / 2° L'emprise de l'opération ; / 3° Les principes méthodologiques à suivre ; / 4° La qualification du responsable scientifique ".

6. La demande de permis de construire déposée par la SCI du Manoir de Coat-Tredrez a pour objet la restauration de la cour et de la tour Est du château. L'emprise de ces travaux est d'environ 1 600 m² et ne couvre qu'une partie de la parcelle cadastrée section B n° 139. Il est constant que le plan de l'emprise du diagnostic annexé à l'arrêté litigieux fait figurer l'intégralité de la parcelle cadastrale d'une superficie totale de 3 320 m² et que le cahier des charges, s'il ne mentionne que les espaces concernés par le projet de travaux de la société requérante, vise toutefois également une emprise de 3 320 m² pour la réalisation du diagnostic archéologique. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la surface de l'emprise du diagnostic archéologique est disproportionnée eu égard aux travaux projetés est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 6 juin 2023.

7. Il résulte de ce qui précède, aucun autre moyen n'étant de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux, que la SCI du manoir de Coat-Trédrez est fondée à en demander la suspension en tant seulement que l'emprise du diagnostic archéologique excède l'emprise des travaux qu'elle projette.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la SCI du manoir de Coat-Trédrez tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la région Bretagne a prescrit un diagnostic archéologique sur la parcelle cadastrée section B n° 139 située sur le territoire de la commune de Trédrez-Locquemeau est suspendue en tant que le périmètre du diagnostic excède l'emprise des travaux projetés par la SCI du Manoir de Coat-Trédrez.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI du manoir de Coat-Trédrez et à la ministre de la culture.

Copie en sera adressée au préfet de la région Bretagne.

Fait à Rennes, le 20 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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